‹ DantonChapitre 128 sur 208 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

jours la terreur des amis de la liberté', et ses sections, dans les grands jours, lorsque le peuple s'y réunira en masse, feront toujours disparaître ces misérables Feuillants, ces lâches modérés dont le triomphe est d'un moment. {Applaudissements dans une partie de l'Assemblée et dans les tribunes.)

{Moniteur du 31 mai 93.)

Ce jour la Gironde l'emporte ; la commission est rétablie.

Danton revient sur la nécessité du rejet de la commission des douze; cette fois elle est définitivement supprimée. Plus tard on l'accusera d'avoir soutenu ce parti, Saint-Just s'écriera: « Tu vis avec horreur la révolution du 31 mai. »

Je demande la parole pour motiver la priorité en faveur de la motion de Thuriot. 11 ne sera pas difficile de prouver que cette motion est d'un ordre supérieur à celle même de mander le commandant à la barre. Il faut que Paris ail justice de la commission; elle n'existe pas comme la Convention. Vous avez créé une commission impolitique...

Plusieurs voix. — Nous ne savons pas cela.

Vous ne le savez pas, il faut donc vous le rappeler. Oui, votre commission a mérité l'indignation populaire. Rappelez-vous mon discours à ce sujet, ce discours trop modéré. Elle a jeté dans les fers des magistrats du peuple, par cela seul qu'ils avaient combattu, dans des feuilles, cet esprit de modérantisme que la France veut tuer pour sauver la République. Je ne prétends pas inculper, ni disculper la commission, il faudra la juger sur un rapport et sur leur défense. Pourquoi avez-vous ordonné l'élargissement de ces fonctionnaires publics? Vous y avez été engagés sur le rapport d'un homme que vous ne suspectez pas , un homme que la nature a créé doux, sans passion, le ministre de l'intérieur. Il s'est expliqué clairement, textuellement, avec développement sur le compte d'un des magistrats du peuple. En ordonnant de le relâcher, vous avez été convaincu que la commission avait mal agi sous le rapport politique. C'est sous ce rapport que j'en demande, non pas la cassation, car il faut un rapport, mais la suppression. Vous l'avez créée, non pas pour elle, mais pour vous. Si elle est coupable, vous en ferez un exemple terrible qui effrayera tous ceux qui ne respectent pas le peuple, même dans son exagération révolutionnaire. Le canon a tonné, mais si Paris n'a voulu donner qu'un grand signal pour vous apporter ses représentations {Les citoyens des tribunes applaudissent avec une partie de l Assemblée), si Paris, par une convocation trop solennelle, trop retentissante, n'a voulu qu'avertir tous les citoyens de vous demander un justice éclatante, Paris a encore bien mérité de la patrie. Je dis donc que si vous êtes législateurs politiques, loin de blâmer cette explosion, vous la tournerez au profit de la chose publique, d'abord en réformant vos erreurs , en cassant votre commission. {On murmure.)

Ce n'est qu'à ceux qui ont reçu quelques talents politiques que jcm adresse,

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et non à ces hommes stupides qui ne savent faire parler que leurs passions. Je leur dis : considérez la grandeur de votre but, c'est de sauver le peuple de ses ennemis, des aristocrates, de le sauver de sa propre colère. Sous le rapport politique, la commission a été assez dépourvue de sens, pour prendre de nouveaux arrêtés et les notifier au maire de Paris, qui a eu la prudence de répondre qu'il consulterait la Convention. Je demande la suppression de la commission et le jugement de la conduite particulière de ses membres. Vous les croyez irréprochables; moi, je crois qu'ils ont servi leurs ressentiments. Il faut que ce chaos s'éclaircisse ; mais il faut donner justice au peuple.

QuELgi Es voix. — Quel peuple?

Quel peuple, dites-vous? Ce peuple est immense, ce peuple est la senti, nelle avancée de la République. Tous les départements haïssent fortement la tyrannie.

I'n crani) nombre de voix. — Oui, oui.

Tous les départements exècrent ce lâche modérantisme qui ramène la tyrannie. Tous les départements en un jour de gloire pour Paris avoueront ce grand mouvement qui exterminera tous les ennemis de la liberté. Tous les départements applaudiront à votre sagesse, quand vous aurez fait disparaître une commission impolitique. Je serai le premier à rendre une justice éclatante à ces hommes courageux qui ont fait retentir les airs. {Us tribunes applaudissent.)

Je vous engage, vous, représentants du peuple à vous montrer impassibles; faites tourner au profit de la patrie cette énergie que de mauvais citoyens seuls pourraient présenter comme funeste. Et si quelques hommes, vraiment dangereux, n'importe à quel parti ils appartiennent, voulaient prolonger un mouvement devenu inutile, quand vous aurez fait justice, Paris lui-même les fera rentrer dans le néant ; je demande froidement la suppression pure et simple de la commission sous le rapport politique seul , sans rien préjuger, ni pour, ni contre; ensuite vous entendrez le commandant général, vous prendrez connaissance de ce qui est relatif à ce grand mouvement, et vous finirez par vous conduire en hommes qui ne s'effraient pas des dangers.

Salles. — Nous savons bien que ce n'est qu'un simulacre, les citoyens courent sans savoir pourquoi.

Damon. — Vous sentez que s'il est vrai que ce ne soit qu'un simulacre, quand il s'agit de la liberté de quelques magistrats, le peuple fera pour sa liberté une insurrection entière. (Applaudissements des tribunes.) Je demande que pour mettre fin à tant de débats fâcheux, que pour marcher à la Constitution qui doit comprimer toutes les passions, vous mettiez aux voix, par l'appel nominal, la révocation de la commission. {Moniteur du 2 juin 93.)

Voici ce qu'ont dit de l'affaire du 31 mai les deux amis; mais ils ne sont pas la postérité.

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