‹ DantonChapitre 129 sur 208 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

On a prétendu, on a écrit et Ton écrit même encore aujourd'hui que ces ournées ont été tramées à Charenton entre Marat, Robespierre et Danton, ^quelques agents de la Commune et les chefs de la force armée, et que dans ce conciliabule secret, il avait même été question de placer sur le trône le fils de Louis XVI ; on a prétendu que cette insurrection était dirigée par la Montagne contre tous les députés qui n'avaient pas voté la mort du roi ; enfin Ton prétend que ces journées avaient au contraire pour but d'exterminer tous les membres de la Convention, à l'exception seulement de quelques individus. Assurément voilà des versions bien différentes ; chacun adopte la sienne qui paraît contredire celle des autres, et cependant, si Ton veut y réfléchir sérieusement, on verra que tout en se heurtant, toutes ces conspirations ont pu avoir lieu à la fois et dans le même moment. L'envie de dominer a fait naître tant de partis... Ces trois hommes avaient chacun leur chimère, et cette chimère était d'avoir chacun beaucoup de puissance. . . On sait que l'idée favorite de Danton a été longtemps d'être principal ministre; qu'il aurait bien désiré allier cette place à celle de conventionnel.... Danton, l'âme du parti cordelier, Danton l'alfidé de Dumouriez, voyant les espérances de ce dernier ruinées et d'Orléans dans les fers a pu, ainsi que Marat, songer à ne travailler que pour lui, quand il n'a plus eu de chef à servir efficacement. {Histoire de la Révolution de France, par deux amis delà liberté, tome X, 3' partie, 2* époque.)

Qu'on nous permette d'insister : ceux qui connaissent dans son ensemble l'histoire de ces funestes débats ont dû remarquer que dans cette déplorable lutte de personnalités, Danton est le seul qui n'ait pris a partie aucun de ses ennemis, quand tous au contraire l'interpelaienl individuellement. Il combat pour le triomphe du principe tandis que les autres n'écoutent que leur haine personnelle; et s'il se résoud à leur porter le coup mortel, c'est qu'ils n'ont rien voulu entendre, c'est qu'aucun n'a consenti à faire de concessions d'amour-propre ; vingt fois, tout ce qui précède le prouve, il avait conjuré les partis de se pardonner mutuellement un zèle mal entendu, des erreurs involontaires, des excès de patriotisme; et, sous ce rapport, l'interpellation du 27 n'est que le résumé véridique de toute sa conduite antérieure, et le disculpe devant la postérité. Son dernier mot est celui-ci, et nous défions qu'on puisse en nier la vérité : « La nature m'a fait impétueux, mais exempt de haine. » Or, ne nous lassons pas de le répéter, c'est sa justification : l'affaire du 31 mai a porté à la République un coup mortel, mais vingt fois Danton a voulu le détourner.

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