‹ DantonChapitre 14 sur 208 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

le projet qu'on a formé d'effrayer et de réduire au silence les patriotes chauds et courageux... L'affaire de M. Danton est la suite de celle du sieur Marat. (Révolution de Pans.)

N'oublions pas que Loustalot était à cette époque le véritable rédacteur des révolutions et que Prudhomme n'est jamais qu'un nom d'éditeur.

Nous avons lu dans Mercier que le motif réel de ce décret était les dettes du fougueux tribun du peuple. Cette autre calomnie est souvent répétée par les écrivains de la cour. La déclaration officielle de la commune va nous confirmer la vérité du fait; et Ton sait assez que la commune à cette époque était peu dantoniste.

Assemblée des représentants de la commune.

Sur la plainte portée à l'assemblée de la commune, relative au décret de prise de corps lancé par le Chàtelet contre M. Danton, un membre de l'assemblée ayant proposé de mettre en délibération si l'on devait mander ce tribunal pour rendre compte des motifs qui l'ont porté à cette démarche, l'assemblée a décidé qu'il n'y avait lieu à délibérer. M. l'abbé Mulot qui présidait ce jour-là, a répondu en ces termes à la députation des Cordeliers: « Votre zèle, messieurs, pour la liberté individuelle des citoyens et la conservation des droits de l'homme ne peut qu'être applaudi. L'assemblée des représentants de la commune est d'autant plus sensible à la sévérité du décret dont vous semblez vous plaindre, que ce décret frappe un de ses membres. Au moment où il a été reçu dans son sein, les causes qui paraissent avoir attiré sur lui le décret, existaient, et l'assemblée a pensé que ce membre, dont elle a toujours cru la conduite pure, se justifierait facilement, elle s'est reposée sur l'intérêt qu'il avait lui-même à se disculper; jusqu'à ce moment il paraît s'être reposé sur le témoignage de sa conscience.

Aujourd'hui l'état des choses est changé, un décret est prononcé Vous

ne nous demandez pas que nous nous élevions contre ce décret, vous avez porté vos vœux à l'assemblée nationale, et nous nous reposons avec notre confiance ordinaire sur sa haute sagesse; vous n'attendez plus de nous qu'une affiche qui publie un décret de l'assemblée nationale concernant la liberté des opinions dans les assemblées délibérantes...

Le district, messieurs, ne vous demande pas que vous arrachiez M. Danton au tribunal qui l'a décrété; au tribunal que l'accusé ne redoute pas, au tribunal que sa conscience lui assure devoir lui être favorable... M. Danton, en effet, est innocent ou il est coupable. S'il est innocent, il triomphera et vous applaudirez à son triomphe; s'il est coupable il ne doit point avoir votre protection, et, zélé défenseur de la liberté, il doit être le premier à obéir à la loi...

Si la loi doit être respectée, lorsqu'elle frappe un individu soupçonné d'avoir compromis l'ordre public, et attenté à sa sûreté, il est, et il doit y avoir des immunités pour les hommes publics, surtout pour les membres des administrations populaires, sans quoi leurs fonctions seraient annulées , leur marche suspendue, leur pourvoir détruit à l'instant peut-être où le bien de tous, l'utilité générale en réclamerait la présence et l'activité...

Au reste, pour revenir à M. Danton, je demande la liberté d'observer que peut-être il eut été convenable d'oublier des discours que V exaltation des idées, la chaleur des circonstances, l'égarement des principes, ont pu amener, sans un motif déterminé de rébellion , sans voies de fait positives, discours qui ne produisent nul effet, et n'altèrent point l'ordre public.

Il est des temps dans Tordre politique , où ce qui serait un délit intolérable dans un autre moment, peut trouver quelque excuse devant un peuple libre... »

Ces réflexions reçoivent peut-être encore un nouvel appui des circonstances individuelles. L'homme ardent, impétueux, violent qui se trouve dans des circonstances qui les contrarient, se livre à des discours, à des menaces qui sont bien plus l'effet de la confusion des idées, du choc des sentiments, que d'une improbité séditieuse et alarmante. De tels hommes me semblent plus dignes d'indulgence que de rigueur, parce qu'ils ne sont point susceptibles de ce recueillement dangereux qui assure le succès des desseins criminels, ou des entreprises hardies.

(Moniteur du 28 mars 90.)

Quelques passages de cette déclaration paraîtront inintelligibles à ceux qui ont oublié que les districts faisaient partie de radministration municipale ; c'est à eux que l'on en référait d'abord, lors de l'arrestation d'un citoyen ; c'est sur cette loi que les Gordeliers s'appuyaient en cette circonstance.

Après cette affaire qui avait soulevé tout Paris, Danton tint à rassurer les esprits en leur prouvant qu'il n'avait pas violé le droit, mais qu'il en avait usé. C'était habile, car s'il faut toujours être radical, il n'est pas toujours politique de le paraître. En conséquence, on lisait sur les murs, à quelques jours de là, la proclamation suivante :

L'assemblée générale du district des Cordeliers, calomnié dans ses principes par les ennemis de la chose publique, croit se devoir à elle-même de repousser ces attaques de la manière la plus authentique. En conséquence, fidèle au serment civique, qu'elle a prêté solennellement, et qu'elle scellerait même de son sang, elle déclare que son opinion est qu'on doit regarder comme infâme et traître à la patrie, tout citoyen ou toute assemblée de

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