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CHAPITRE VII

On a dit qu'il répugnerait aux cœurs des cultivateurs de faire le sacrifice de leurs enfants. Eh bien, ne les contraignez, pas, laissez leur en la faculté' seulement. Qu'il y ait des classes où il n'enverra ses enfants que le dimanche seulement, s'il le veut. 11 faut que les institutions forment les mœurs. Si vous attendiez pour l'État une régénération absolue, vous n'auriez jamais d'instruction. Il est nécessaire que chaque homme puisse développer les moyens inoraux qu'il a reçus de la nature. Vous devez avoir pour cela des maisons communes, facultatives, et ne point vous arrêtera toutes les considérations secondaires. Le riche payera, et il ne perdra rien s'il veut profiter de l'instruction pour son fils. Je demande que, sauf les modifications nécessaires, vous décrétiez qu'il y aura des établissements nationaux où les enfants seront instruits, nourris et logés gratuitement et des classes où les citoyens qui voudront garder leurs enfants chez eux, pourront les envoyer s'instruire. Les propositions de Danton sont adoptées.

[Moniteur du 15 août 93.)

Sur le payement des employés de l'ancienne liste civile.

Danton. — 11 doit paraître étonnant à tout bon républicain que Ton propose de payer les créanciers de la ci-devant liste civile, tandis que le décret qui accorde des indemnités aux femmes et enfants des citoyens qui versent leur sang pour la patrie, reste sans exécution. (On applaudit.) Aucun homme de bonne foi ne peut disconvenir que les créanciers de la liste civile ne fussent les complices du tyran dans le projet qu'ils avaient formé d'écraser le peuple français. La distinction faite par Mallarmé est nulle pour des hommes clairvoyants. On sait qu'il y avait des aristocrates qui prêtaient des sommes d'argent au tyran, duquel ils recevaient des reconnaissances portant qu'ils lui avaient fourni telle quantité de telle ou telle marchandise. Je demande que la Convention décrète que la nation ne payera aucun créancier du ci-devant roi. Je demande aussi que la liste de ses créanciers soit imprimée, afin que le peuple la connaisse.

La proposition de Danton est adoptée.

(Moniteur du 15 août 93.)

On criera peut-être à l'injustice; nous croyons, nous, qu'on ne peut servir deux maîtres à la fois, et qu'il y a toujours un traître au fond de tout homme qui compose.

Il ne se contente pas de galvaniser les sections parisiennes, il dicte aux commissaires les paroles de flamme qu'ils devront répéter aux départements; nous accusera-t-on d'exagérer, si nous disons, en ce sens, que Danton fut en 93 la voix de la France?

A propos du rapport du comité de salut public relatif aux

envoyés des assemblées primaires chargés de faire appel au peuple. Voici comment il s'exprime :

Danton. — En parlant à l'énergie nationale, en faisant appel au peuple, je crois que vous avez pris une grande mesure, et le comité de salul public a fait un rapport digne de lui, en faisant le tableau des dangers que court la patrie, et des ressources qu'elle a, en parlant des sacrifices que devaient faire les riches, mais il ne nous a pas tout dit. Si les tyrans mettaient notre liberté en danger, nous les surpasserions en audace, nous dévasterions le sol français avant qu'ils pussent le parcourir, et les riches, ces vils égoïstes, seraient les premiers la proie de la fureur populaire. (Vifs applaudissements : Oui, oui, s'écrie-t-on dans toutes les parties de la salle et dans les tribunes.) Vous qui m'entendez, répétez ce langage à ces mêmes riches de vos communes, dites leur : Qu'espérez-vous, malheureux ; voyez ce que serait la France si l'ennemi l'envahissait, prenez le système le plus favorable. Une régence conduite par un imbélice, le gouvernement d'un mineur, l'ambition des puissances étrangères, le morcellement du territoire dévoreraient vos biens; vous perdriez plus par l'esclavage que par tous les sacrifices que vous pourriez faire pour soutenir la liberté. (On applaudit.)

11 faut qu'au nom de la Convention nationale, qui a la foudre populaire entre les mains... {Applaudissements.) Il faut que les envoyés des assemblées primaires, là où l'enthousiasme ne produira pas ce qu'on a droit d'en attendre, fassent des réquisitions à la première classe. En réunissant la chaleur de l'apostolat de la liberté à la rigueur de la loi, nous obtiendrons pour résultat une grande masse de forces. Je demande que la Convention donne des pouvoirs plus positifs et plus étendus aux commissaires des assemblées primaires, et qu'ils puissent faire marcher la première classe en réquisition. [On applaudit.) Je demande qu'il soit nommé des commissaires pris dans le sein de la Convention pour se concerter avec les délégués des assemblées primaires, afin d'armer cette force nationale, de pourvoir à sa subsistance, et de la diriger vers un même but. Les tyrans, en apprenant ce mouvement sublime, seront saisis d'effroi, et la terreur que répandra la marche de cette grande masse, nous en fera justice. Je demande que mes propositions soient mises aux voix et adoptées.

Ces propositions sont décrétées au milieu des applaudissements. {Moniteur du 15 août 93.)

Pourquoi ne nous est-il pas permis de nous arrêter sur chacun de ces discours pour en faire ressortir le mérite oratoire? Parce que l'orateur semblait s'ignorer lui-même, et que nous voulons, comme lui, laisser là tous ces détails de rhétorique pour ne penser qu'à la grande idée qui les domine tous, le triomphe de la cause ; pour nous la graver si profondément que jamais elle ne s'efface.

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