‹ DantonChapitre 15 sur 208 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

citoyens qui refuse d'obéir aux décrets de l'Assemblée nationale, ou qui se permet des protestations contre un seul de ses décrets?

Arrêté en outre, que la présente proclamation sera imprimée, affichée, et envoyée aux 59 autres districts.

Danton, président.

(n* Î4, des Révolutions de France et de Brabant, par Desmoulins.)

Après tant de bruit, de soulèvement à propos de l'arrestation d'un homme, est-il possible de nier que Danton fut déjà une puissance ? Nous ne sommes encore qu'en avril 90, c'est avoir fait beaucoup de chemin pour un misérable avocat qui n'a pour se soutenir que des poumons.

Mais avançons toujours , et surtout ne perdons pas Danton de vue.

La fête de la Fédération avait amené à Paris un grand nombre de représentants de toute la France; après les cérémonies publiques du 14 juillet, chaque parti politique chercha à accaparer les provinciaux, pour leur persuader qu'il représentait l'opinion de la majorité... Le club des Cordeliers ne manqua pas une si belle occasion de faire connaître aux départements quels étaient ses principes politiques ; et dans un banquet qu'il offrit, et que présidait Danton, on va voir que celui-ci ne Gt que renouveler la protestation précédente.

La section des Cordeliers a donné hier une fête à ceux de nos frères d'armes des 83 départements qu'elle loge dans son étendue. C'est à ce banquet où étaient assis Danton, Camille Desmoulins et tant d'autres braves citoyens, qu'ont été réparées les fautes commises dans quelques orgies de la capitale. La table était de 200 couverts ; on n'entendait que vive la nation, vive l'Assemblée nationale. C'était un spectacle vraiment digne d'hommes libres. J'ai appris par hasard que le maire (Bailly) y était allé se faire voir, mais qu'il s'est sauvé sans qu'on s'en aperçut. On n'était pas d'humeur à brûler de l'encens pour les idoles. Cette fêle seule honore les Parisiens :

plût à Dieu que tous les fédérés en eussent été témoins Extrait de YObser-

vateur. {Le patriote français, par Brissot, n* 350.)

Nous tenons à bien faire remarquer avec quel art Danton joint toujours la prudence à l'audace : il ne veut pas effrayer la province par une sortie trop brusque, il sait comme toute opinion s'exagère en se propageant, et c'est pourquoi dans une circonstance que Camille aurait crue si propre à quelque mou-

vement oratoire révolutionnaire, lui, Danton se renferme dans une protestation de respect pour l'Assemblée nationale. C'est cette puissance qu'avait Danton sur lui-môme que les historiens n'ont pas assez constatée : c'est la preuve de la vraie force.

Dans la vie d'un homme politique aucun fait n'est sans signification ; c'est à l'historien à savoir l'interpréter.

A propos de la réélection de Bailly comme maire de Paris, Desmoulins écrit :

11 faut que Paris soit devenu bien aristocrate puisque sur 14,000 votes 12,000 ont nommé M. Bailly bien plus fait pour un fauteuil d'académie que pour la chaise curule ; tandis que le plus robuste athlète des patriotes, le seul tribun du peuple qui eut pu se faire entendre dans le Ghamp-de-Mars, et à sa voix rallier les patriotes autour de la tribune; le seul homme dont l'aristocratie eut à redouter le vélo et en qui elle eut pu trouver à la fois les Gracques et un Marius, M Danton en un mot a été proscrit par toutes les sections, et n'a pu être un des 144 municipaux. Trois sections seulement l'ont nommé et avec des acclamations, la section Mauconseil, celle du Théâtre-Français et du Luxembourg. Je regarde depuis ces trois sections, comme trois noyaux de patriotes dans Paris.

(N* 44 des Révolutions de France el de Brabant.)

Au numéro 47, il ajoute : ,

Il semble que l'on soit en ce moment embarrassé de choisir 30 juges d'une vertu antique et d'une incorruptibilité à l'épreuve. Il n'est pas à présumer que les électeurs oublient Danton.

Danton ne fut point nommé.

Ne nous étonnons pas de ce double échec qu'il n'eût point subi, à coup sûr, s'il eut été vendu à la cour ou à d'Orléans. Danton maire de Paris en 90, eut suffi, à cette époque d'hésitation, pour entraîner toute la populace ; Mirabeau n'était-il pas compromis par le vote du véto et bien d'autres? Croit-on que le roi ou le duc ne l'ait pas compris? Il se peut qu'on ait tenté de l'acheter, mais les faits ne paraissent pas prouver qu'on ait réussi ; et puisque les preuves manquent, disons que la vive opposition qu'il essuya de la part du pouvoir témoigne incontestablement et une fois de plus de son incorruptibilité aussi bien que de l'importance qu'il avait acquise.

Au reste l'autorité sentait bien ce qu'elle aurait eu à craindre des suites d'une pareille élection, du moment qu'elle ne pouvait

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