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CHAPITRE VII

Sur un rapport qui annonçait que quelques bataillons demandaient h rentrer dans leurs foyers :

Danton. — Il est affreux, quand vous vous occupez défaire marcher la France contre vos ennemis, que des hommes qui ont des armes à la main demandent à les déposer, lorsqu'elles sont encore nécessaires. La Convention au nom du peuple, pour lequel elle porte toutes les lois, doit rendre un décret sévère, attendu les dangers qui menacent la patrie. Je demande que vous décrétiez le principe suivant :

Aucun corps armé et soldé par la République ne peut se dissoudre, sans que son remplacement ait été préalablement ordonné. Tout citoyen qui quittera ses drapeaux, sans avoir obtenu son remplacement, sera puni de mort.

La proposition de Danton est mise sur le champ aux voix et adoptée. (Moniteur du 17 août 93.J

Il ne fait pas une proposition qu'il ne l'appuie sur un principe, et la conséquence est si juste qu'elle devient toujours l'objet d'un décret.

A propos du mode de recensement des grains :

Je rappelle à la Convention une grande vérité, c'est que tout gouvernement qui ne sait pas assurer la subsistance du peuple, court risque de se briser. Je lui rappelle qu'il faut tout mettre en œuvre pour satisfaire le peuple sur ce point capital ; je lui rappelle la nécessité de faire un recensement de tous les grains de la République. (On applaudit.) Je sens bien la nécessité d'adopter une loi qui lutte contre toute espèce d'accaparement ; mais il faut lui donner des moyens accessoires et terribles, il faut que tout homme qui sera rétentionnaire de grains non déclarés, sera puni d'une peine plus forte que la confiscation, il faut qu'il soit puni de 10 années de fers. Il faut tout préparer pour finir glorieusement cette campagne, et nous mettre eo mesure d'en entreprendre une autre, s'il le faut. Le moyen qu'emploient nos ennemis pour nous en empêcher, c'est de faire écouler nos grains. Eh bien, le seul moyen d'arrêter cet écoulement, c'est de faire un recensement effectif- Tout ce qui peut sauver le peuple est sacré dans ses résultats. Mettez donc la peine alïlictive à côté de l'injonction. Prenez des mesures larges, que des commissaires soient chargés de faire le recensement, et que le conseil exécutif surveille cette opération. Je demande que la Convention nationale décrète pour premier principe en cette matière, qu'il sera fait un recensement général de tous les grains de la République ; et, qu'attendu l'urgence, elle charge le comité de lui présenter demain le mode et la manière d'exercer les réquisitions, en raison de la fertilité des divers départements. (On applaudit.)

La Convention porte immédiatement le décret.

{moniteur du 19 août 93.)

DANTON (l795)

Sur les moyens de réquisition.

Danton. — La nature de cette discussion doit vous confirmer une vérité, c'est que si c'est l'énergie qui conçoit les plus vastes plans, c'est la réflexion qui doit les diriger; il est incontestable que tous les Français en réquisition ne peuvent se porter en même temps sur un même point. Nous n'avons pas encore besoin du levier d'Archimèdc pour faire sortir nos ennemis du territoire qu'ils ont envahi. La Convention nationale qui régit les intérêts du peuple, doit consulter son enthousiasme et ensuite exécuter ; le peuple vous a confié sa force, la raison veut que vous la dirigiez avec régularité.

Le comité de salut public n'a pu tout calculer à la fois, la multiplicité de ses opérations l'empêche trop souvent de mûrir ses rapports. Il faut renvoyer à sa propre rév ision les mesures qu'il vous a présentées.

Nous sommes tous convaincus que, quelque soit le mode adopté, il aura des frottements. N'altérons pas le principe que tout Français doit mourir, s'il le faut, pour la liberté, et qu'il doit être toujours prêt à marcher contre les ennemis extérieurs et intérieurs de sa patrie; mais considérons que pour marcher, il faut des armes et du pain. Or, avez-vous assez d'armes et de pain pour faire marcher à la fois tous les Français? Non, sans doute ; il faut donc combiner leur marche progressive en raison de la quantité d'armes et de pain que vous avez à fournir.

C'est sur ces trois bases que doit reposer le projet du comité, il vous a présenté de grands cadres à remplir ; mais vous avez dû voir qu'il entrait dans sa pensée de rendre cette distribution facultative, et de faire renforcer les points menacés, aux dépens de ceux qui ne le seraient pas.

Je demande que le comité nous présente un plan pour faire marcher une masse assez forte pour écraser nos ennemis, et que demain, sans plus attendre, on décrète et on agisse; car il vaut mieux souffrir quelque mouvement que de paralyser l'énergie nationale. {On applaudit.)

(Moniteur du II août 93.)

Si Danton n'avait pas toujours le mérite exclusif d'avoir trouvé les mesures proposées, il avait plus que tout autre le secret de les faire accepter, d'en provoquer l'application immédiate. Qu'importe l'utilité d'une machine, s'il manque la force motrice qui la met en mouvement. Danton fut la force motrice de la Révolution.

Quand on connaît son importance révolutionnaire, on ne s'étonne plus que les ennemis de la chose publique tournassent leurs batteries presque uniquement contre ce roi inébranlable.

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