‹ DantonChapitre 142 sur 208 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Fausse lettre.

Le 21 août Barrère monte à la tribune et dit :

Le comité de salut public a pensé qu'il était nécessaire de faire connaître à la Convention les moyens dont ses ennemis particuliers se servent contre elle; il vient de recevoir un imprimé placardé à Lyon pour égarer le peuple contre ses représentants. C'est une lettre attribuée à Danton , mais écrite d'un style si extraordinaire qu'on peut le comparer à la caricature qu'on aurait faite d'un tableau. La voici :

Cette pièce porte pour titre :

Copie textuelle et littérale d'une lettre écrite à Dubois-Crancé et trouvée à Grenoble dans un portefeuille qu'il a perdu en quittant cette ville. — Paris, le 21 juillet 93 :

« Mon cher collègue,

« La fameuse journée du 10 août approche. 11 est temps de frapper le grand coup. Il faut enfin que la sainte Montagne triomphe. Je sais que Lyon, cette cité riche et superbe, entre pour beaucoup dans le projet. Emploie toutes les forces dont tu disposes, pour soumettre les rebelles de Lyon. Il faut abandonner le Mont Blanc, qu'importe ; dut-on voir les Savoisiens enchaînés deux à deux : point de considérations particulières, point de demi-mesures ; il est temps que nous régnions ; il faut absolument soumettre cette ville superbe ; alors toutes les autres tomberont à nos pieds ; si Ton ne peut la forcer par les armes, il faut la réduire en cendres.

« Si les cultivateurs crient et demandent à qui ils vendront leurs denrées, dis leur qu'ils aillent à Constantinople : surtout répands les assignats ; ne les compte pas ; ils se retrouveront à la fin.

« Signé Danton. »

Danton. — Je crois parfaitement superflu de dire que je suis un peu plus malin que cette lettre. {Applaudissements.) Je ne me sers point du style de Messieurs de Lyon, et je n'ai point de correspondance. Si j'avais écrit relativement aux conspirateurs de celte cité, j'aurais conseillé des mesures non moins vigoureuses contre les aristocrates, mais plus politiques. Je prie la Convention de faire mention dans son procès-verbal de ma déclaration ; car il est bon de détromper tous les citoyens de la République. Au surplus, s'il restait quelques doutes sur cette prétendue lettre, l'Assemblée peut se faire rendre compte par Dubois-Crancé, si je lui ai jamais écrit.

Plusieurs membres. — C'est inutile, nous vous croyons.

Danton.— Si j'écris jamais je pourrai avouer ce qui sera sorti de ma plume*

DANTON (l79ô).

comme j'avouerai toujours ce que je professe parmi vous. (Applaudissements. )

(Moniteur du 22 août 93.)

L'Assemblée sentait encore tout le besoin qu'elle avait de ce puissant levier; son intérêt la maintenait équitable. Mais attendons que le momeut du danger soit passé.

Du droit des époux.

Danton.— Je demande qu'avant tout le comité nous dise ce qu'il entend par son article.

Cambacérès. — Le comité a v oulu dire que le mari ne pourra disposer des biens de la communauté sans le consentement de la femme. Danton. — Eh bien, rien n'est plus naturel!

{Moniteur du 26 août 93.)

Remarquons qu'il était jurisconsulte de profession, et que pourtant il n'appuie pas son adhésion sur la science, mais sur le vœu de la nature. Elle était son code; et c'est parce qu'il ne consultait que ce livre éternel , qu'il se faisait comprendre de tous, qu'il entraînait, qu'il dominait.

Club dés Jacobins.

Un citoyen dénonce sommairement les commissaires de la Convention près des armées.

Danton engage le préopinant à citer des faits et à les communiquer à Robespierre, qui en fera justice au comité de salut public; il ajoute que de leur côté les représentants l'appuieront à la Convention nationale.

11 s'adresse ensuite à la société et lui expose que quand elle se présente à la Convention, ce ne doit être que pour y proclamer des vérités grandes et neuves, qui entraînent des discussions utiles, et provoquent des décrets salutaires.

Il déclare au peuple que la Convention fera avec lui une troisième révolution, s'il le faut, pour terminer enfin cette régénération de laquelle il attend son bonheur retardé jusqu'à présent par les crimes des monstres qui l'ont trahi. Il fait sentir qu'il est de l'intérêt des hommes qui se sont enrichis aux dépens du peuple, de venir à son secours et d'aider la République de leurs ressources; s'il ne les offrent pas, la République a le droit de leur demander. (Journal de la Montagne, n° 91 .)

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