CHAPITRE VII
Je ne sais si ces conseils furent applaudis par les Jacobins, mais à coup sûr ils durent être profondément blessés de lui voir mettre la Convention au dessus du club. Ils lui en tinrent rancune, on s'en convaincra bientôt.
Club des Jacobins.
Royer rappelle que Danton dit une grande vérité lorsqu'il était président de la Convention. Marat, disait-il, avait une fièvre révolutionnaire, et ee qu'il disait était excellent ; mais on ne l'écoutait pas. {Journal de la Montagne, n* 92.)
Il est regrettable que ce discours nous manque. Cette suppression ne fut sans doute pas la seule; Danton ne s'était pas, comme Robespierre, entendu sur certains points avec le directeur de la feuille officielle.
A propos d'une lettre du général Cartaux annonçant la défaite des révoltés de Marseille :
Danton . — Je demande la parole sur cette lettre. La nation vient de donner une grande leçon à l'aristocratie marchande dans la personne des Marseillais. 11 faut que cette leçon ne soit pas perdue , que ceux qui ont conquis Marseille à la liberté, soient récompensés, et que les contre-révolutionnaires soient punis; il faut que les commerçants qui ont vu avec plaisir l'abaissement des nobles et des prêtres, dans l'espérance de s'engraisser de leurs biens, et qui aujourd'hui désirent la contre-révolution avec plus de perfidie, soient abaissés ; il faut se montrer aussi terrible envers eux qu'à l'égard des premiers. Je demande que les comités de salut public et de législation s'oient chargés de présenter à la Convention les moyens de faire payer les frais de cette guerre par les contre-révolutionnaires de Marseille, et le mode d'application de la loi qui doit faire tomber la tête des scélérats. (On applaudit.)
Les propositions de Danton sont décrétées.
{Moniteur du 2 septembre 93.)
A propos de mesures prises contre les accapareurs :
Danton. — Je demande à faire une motion d'ordre. 11 faut aujourd'hui que la Convention prononce entre les intérêts des accapareurs et ceux du peuple. Thuriot a développé une opinion qu'il a appuyée de puissants motifs ; s'il y a quelqu'un qui veuille la combattre, qu'il monte à la tribune, nous le réfuterons. La nature ne nous a pas abandonnés, n'abandonnons pas le peuple, il se ferait justice lui-même; il tomberait sur les aristocrates, et leur arracherait de vive force ce que la loi aurait dû lui accorder. (On applaudit.) Prononçons aujourd'hui, demain nous exécuterons.
Î78 DANTON (i793).
Dewars. — L'uniformité du maximum va aigrir les citoyens des départements où il est porté plus bas que ne le fixera votre loi.
Danton. — Ce ne sont là que de misérables chicanes; c'est une loi générale que vous devez faire, parce que le législateur ne calcule que les intérêts généraux. Le peuple qui est toujours juste, ne fera pas attention au petit inconvénient qui aura lieu dans les départements où le maximum est moindre aujourd'hui que celui que vous établirez. Mais il applaudira à une loi qui assure les subsistances des armées et de la République entière. [Moniteur du 5 septembre 93.)
Remarquons bien les paroles qu'il vient de prononcer pour la vingtième fois peut-être : « Le peuple tomberait sur les aristocrates, et leur arracherait de vive force ce que la loi aurait dû lui accorder. » N'est-ce pas la protestation la plus formelle contre le retour d'un nouveau septembre? Ne sent-on pas que l'image de ces terribles journées est toujours vivante dans sa mémoire et que toutes les mesures révolutionnaires qu'il vient de proposer, qu'il proposera encore, n'est qu'un but d'échapper à de nouveaux massacres? Nous sommes bien obligé de revenir sans cesse, sur une accusation toujours reproduite, ou si mollement combattue qu'on semble soupçonner qu'elle est juste dans une certaine mesure.