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CHAPITRE VIII

Les réflexions que nous venons de faire s'appliquent surtout au discours qu'on va lire. Qu'on se replace en situation historique, et l'on avouera que Danton n'a rien dit de trop. Quand le torrent menace de tout submerger, ce n'est pas une pierre de plus qu'il faut ajouter à la digue, c'est une large issue qu'il faut ouvrir au flot qui monte.

Bazire vient d'annoncer à l'Assemblée qu'une contre-révolution sectionnaire se prépare dans Paris, que le comité de salut public délibère en ce moment sur les moyens de résistance, qu'il demande une demi heure pour prendre des mesures et venir en rendre compte; l'orateur prie la Convention de ne pas lever la séance avant d'avoir statué.

Danton paraît à la tribune. Les applaudissements de l'Assemblée et des citoyens Fy accompagnent, et l'empêchent quelques instants de parler.

Danton.— Je pense comme plusieurs membres, notamment comme Billaud- Varennes (on applaudit) , qu'il faut savoir mettre à profit l'élan sublime de ce peuple qui se presse autour de nous. Je sais que quand le peuple présente ses besoins, qu'il offre de marcher contre ses ennemis, il ne faut prendre d'autres mesures que celles qu'il présente lui-même, car c'est le génie national qui les a dictées. Je pense qu'il sera bon que le comité fasse son rapport, qu'il calcule et qu'il propose les moyens d'exécution : mais je vois aussi qu'il n'y a aucun inconvénient à décréter à l'instant même une armée révolutionnaire. (On applaudit.) Élargissons, s'il se peul, ces mesures.

Vous venez de proclamer à la face de la France qu'elle est encore en vraie

révolution, en révolution active; eh bien, il faut la consommer cette révolution. Ne vous effrayez point des mouvements que pourront tenter les contre-révolutionnaires dans Paris. Sans doute ils voudraient éteindre le feu de la liberté dans son foyer le plus ardent, mais la masse immense des vrais patriotes, des sans-culottes, qui cent fois ont terrassé leurs ennemis, existe encore ; elle est prête à s'ébranler . sachez la diriger, et elle confondra encore et déjouera toutes les manœuvres. Ce n'est pas assez d'une armée révolutionnaire, soyez révolutionnaires vous-mêmes. Songez que les hommes industrieux qui vivent du prix de leurs sueurs, ne peuvent aller dans les sections. Décrétez donc deux grandes assemblées de sections par semaine, que l'homme du peuple qui assistera à ces assemblées politiques, ait une juste rétribution pour le temps qu'elles enlèveront à son travail. [On applaudit.)

11 est bon encore que nous annoncions à tous nos ennemis que nous voulons être continuellement et complètement en mesure contre eux. Vous avez décrété 30 millions à la disposition du ministre de la guerre pour des fabrications d'armes; décrétez que ces fabrications extraordinaires ne cesseront que quand la nation aura donné à chaque citoyen un fusil. Annonçons la ferme résolution d'avoir autant de fusils et presque autant de canons que de sans-culottes. {On applaudit.) Que ce soit la République qui mette le fusil dans la main du citojen, du vrai patriote; qu'elle lui dise : la patrie te confie cette arme pour sa défense ; tu la représenteras tous les mois et quand tu en seras requis par l'autorité nationale. Qu'un fusil soit la chose la plus sacrée parmi nous ; qu'on perde plutôt la vie que son fusil. (On applaudit.) Je demande donc que vous décrétiez au moins cent millions pour faire des armes de toute nature; car si nous avions eu des armes, nous aurions tous marché. C'est le besoin d'armes qui nous enchaîne. Jamais la patrie en danger ne manquera de citoyens. (Mêmes applaudissements.)

Mais il reste à punir et l'ennemi intérieur que vous tenez, et celui que vous avez à saisir. 11 faut que le tribunal révolutionnaire sois divisé en un assez grand nombre de sections.

Plusieurs voix. — C'est fait.

Pour que tous les jours un aristocrate, un scélérat paie de sa tête ses forfaits. [Applaudissements.)

Je demande donc qu'on mette aux voix d'abord la proposition de Billaud.

2* Qu'on décrète également que les sections de Paris s'assembleront extraordinaircment les dimanches et les jeudis, et que tout citoyen faisant partie de ces assemblées, qui voudra, attendu ses besoins, réclamer une indemnité, la recevra, à raison, de 40 sols par assemblée.

3* Qu'il soit décrété par la Convention qu'elle met à la disposition du ministre de la guerre 100 millions pour des fabrications d'armes, et notamment pour des fusils ; que ces manufactures extraordinaires reçoivent Hpus les encouragements et les additions nécessaires, et qu'elles ne cessent lei\rs travaux que quand la France aura donné à chaque bon citoyen un fusil.

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