CHAPITRE VIII
Je demande enfin qu'il soit fait un rapport sur le mode d'augmenter de plus en plus l'action du tribunal révolutionnaire. Que le peuple voie tomber ses ennemis, qu'il voie que la Convention s'occupe de ses besoins. Le peuple est grand, et il vous en donne en cet instant même une preuve remarquable, c'est que, quoiqu'il ait souffert de la disette factice machinée pour le mener à la contre-révolution, il a senti qu'il souffrait pour sa propre cause ; et, sous le despotisme, il aurait exterminé tous les gouvernements. (On applaudit.)
Tel est le caractère du Français éclairé par quatre années de révolutions.
Hommage vous soit rendu, peuple sublime! A la grandeur vous joignez la persévérance; vous voulez la liberté avec obstination ; vous jeûnez pour la liberté, vous devez l'acquérir. Nous marcherons avez vous, vos ennemis seront confondus, vous serez libres !
{Des applaudissements universels éclatent à la fois dans tontes les parties de Ui salle; des cris de vive la République ! se font entendre à plusieurs reprises. - Tous les citoyens qui remplissent la salle et les tribunes se lèvent par une même imjmlsion; les uns lèvent leurs mains en l'air; d'autres agitent leurs chapeaux; l'enthousiasme paraît universel.)
Les trois propositions de Danton sont décrétées.
(De nouvelles acclamations se font entendre. — La salle retentit des cris de vive la République.)
(Moniteur du 7 septembre 93.)
Barrère annonce que l'insurrection des contre-révolutionnaires se soutient à Lyon, que d'autres soulèvements se sont opérés ailleurs.
Danton. — Les revers que nous éprouvons, nous prouvent qu'aux moyens révolutionnaires, nous devons joindre les moyens politiques. Je dis qu'avec 3 ou 4 millions nous eussions déjà reconquis Toulon a la France, et fait pendre les traîtres qui l'ont livrée aux Anglais. Vos décrets n'y parvenaient pas. Eh bien! l'or corrupteur de vos ennemis n'y est-il pas entré? Vous avez mis 50 millions à la disposition du comité du salut public. Mais cette somme ne suffit pas. Sans doute 20, 30, 100 millions seront bien employés, quand ils serviront à reconquérir la liberté. Si à Lyon ont eut récompensé le patriotisme des sociétés populaires, cette ville ne serait pas dans l'état où elle se trouve. Certes, il n'est personne qui ne sache qu'il faut des dépenses secrètes pour sauver la patrie. Je demande donc que le comité de salut public nous fasse un rapport sur les moyens nécessaires pour ranimer l'esprit dans les départements, et faire disparaître les aristocrates qui les infestent. Je ne suis d'aucun comité, je ne veux être d'aucun ; mais pour le comité de salut public, je sens combien il est intéressant pour le salut de la patrie, et quiconque l'attaque irraisonnablement est un mauvais citoyen Adaptez une manivelle à la grande roue, et donnez ainsi un grand mouvement à la machine politique. Pour cela, employez les grands moyens que la patrie suggère, sinon vous n'êtes pas dignes des fonctions qui vous sont confiées.
Gaston.— Danton a la têle révolutionnaire ; il exécutera mieux qu'un autre ce qu'il propose. Je demande que , malgré lui, il soit adjoint au comité de salut public.
Cette proposition est décrétée unanimement.
(Moniteur du 8 septembre 93.)
Refus de faire partie du comité de salut public :
Danton.— Hier l'Assemblée a passé à l'ordre du jour lorsqu'on lui a annoncé que je n'acceptais point ma nomination de membre du comité de salut public. Je déclare que je n'ai point accepté et que je n'accepte point parce que, lorsque je lis la motion d'organiser le comité de salut public en comité de gouvernement, je fis le serment de n'être d'aucun comité, non que je renonce au droit d'aller dans les comités pour y être utile autant qu'il sera en moi ; mais je dois, avant tout, tenir mon serment.
La Convention accepte la démission.
(Moniteur du 10 septembre 93.)
Encore une fois, s'il eut été aussi avide d'argent qu'on l'a prétendu, l'occasion était belle d'avoir en main le maniement de fonds immenses; n'a-t-il pas fait décréter qu'on ne devait rien refuser au comité, que les millions ne sont rien quand il s'agit de sauver le pays? Et cette proposition unanime de lui en confier la disposition, ne le lave-t-elle pas de tous les soupçons dont on a essayé de le couvrir? Sans doute ; mais encore quelques mois et l'accusation sera reproduite, et personne de l'Assemblée ne se lèvera pour protester.
On accuse aux Jacobins Henriot d'avoir mangé avec les députés détenus.
Danton. — Je ne crois pas que Henriot doive s'arrêter à une dénonciation vague d'un homme qui ne remplissait pas ses devoirs. Je rappelle qu'aux journées des 2 et 3 juin, nenriot sauva la vie à 30,000 âmes. Les yeux vomissaient le salpêtre sur les conspirateurs et les aristocrates; quiconque le vit ce jour là dut reconnaître l'ami de la liberté. {Moniteur du 16 septembre 93.)
A propos de la dénonciation de Rossignol par Bourdon aux Jacobins, Danton prit encore la parole :
La tactique dont on a fait usage en ce moment est cause de nos succès dans la Vendée, département où se sont réunis tous les aristocrates qui, quoiqu'en dise Bourdon, ne sont pas des cochons, ni des hommes qui n'ont pas de figure humaine, mais des hommes qui se battent bien. La malveillance où rïmpéritie ont conduit tous les mouvements, dirigé tous les efforts.