CHAPITRE VIII
Le dévouement même des patriotes, dévouement beau sans doute, mais qui heureusement ne fut pas suivi des malheurs que Ton redoutait, ne fut couronné de succès que grâces à la conduite de Nioche.
Les aristocrates l'ont calomnié, persécuté. Qu'est-ce que cela prouve, sinon son patriotisme?
11 n'a pas été blessé, dites-vous ; fallait-il qu'il fut tué pour être votre ami?
Je le répète, il a pour lui les faits et les intentions. Si quelqu'un pouvait encore douter de ces dernières; s'il était permis de balancer encore sur l'opinion qu'on doit se former de lui, il faudrait appeler d'autres représentants du peuple, former une Convention; les patriotes deviendraient tous
mais cela n'arrivera pas (Non, non, s'écrient à la fois tous les membres de la
société.)
{Moniteur du 22 décembre 93.)
Club des Jacobins.
Milhaut fait remarquer que les contre-révolutionnaires s'affublent du bonnet rouge pour tromper la bonne foi des patriotes, il demande en conséquence que le bureau de la société ne soit plus astreint à le porter. Hébert demande en outre que cette mesure soit étendue à toutes les autorités constituées.
Danton appuie la motion d'Hébert, en faisant remarquer qu'il est nécessaire que le comité de salut public établisse une correspondance immédiate avec les sociétés patriotiques, et que cette correspondance ne pourrait avoir lieu, si la liste de ces sociétés ne parvenait pas à la connaissance du comité. (Moniteur du 22 décembre 93.)
Les sociétés patriotiques constituaient une puissance contre laquelle les comités ne pouvaient rien; cette motion tendait à les remettre sous la dépendance du comité de salut public, c'est à dire du pouvoir exécutif. En toutes circonstances Danton nous semble s'être toujours proposé le même but : la plus grande concentration possible de la force gouvernementale. Personne n'a été plus gouvernementaliste que lui à cette époque, parce qu'aucun n'a eu moins de vues personnelles ; mais personne aussi n'a eu plus d'ennemis.
On demandait qu'un rapport fut fait sur le général Dampierre qu'on voulait retirer du Panthéon, parce qu'on avait cru reconnaître qu'il avait trahi la République.
Danton. — La Convention nationale ne désorganisera pas le tombeau de Dampierre sans connaissance de cause. Ce général eut le malheur de naître d'une caste justement proscrite ; mais il est de notoriété publique, qu'il a vécu dans les principes de l égalité pratiaue. Il a vécu avec ses laboureurs
DANTON (l795)
en ami, en frère; voici un trait qui le fera connaître. Un malheureux tombe dans une rivière au milieu de l'hiver, Dampierre se jette à la nage et lui sauve la vie.
Il jouissait dans son département de l'estime de tous les citoyens ; je ne veux conclure de là rien de positif; mais cela suffît au moins pour vous prouver qu'il faut examiner. Certes, si Dampierre eut voulu trahir sa patrie, il l'aurait fait lors de la défection de Dumouriez; mais vous savez qu'alors il rallia une partie de nos troupes qu'un traître voulait livrer à l'ennemi. Dampierre enfin est mort les armes à la main; ne le jugez qu'après avoir examiné froidement sa conduite. Lorsque la Convention lui décerna les honneurs du Panthéon, je m'y opposai parce que je ne voulais pas que la Convention accordât un semblable honneur sans connaître les faits qui devaient la déterminer. Je demande que la Convention charge son comité d'instruction publique de lui faire un rapport à ce sujet. La proposition est adoptée. [Moniteur du 22 décembre 93.)
Un marchand de vin avait été soupçonné d'accaparement, on reconnut qu'il n'était pas coupable ; la Convention à l'unanimité déclara qu'il fallait surseoir au décret lancé contre lui.
Danton. — On s'honore quand on sauve un innocent ; je vole signifier moimême le décret que la Convention vient de rendre. (Il sort.) La salle retentit d'applaudissements.
Plusieurs autres membres sortent avec Danton, et s'empressent d'aller arrêter l'exécution du jugement du tribunal.
[Moniteur du 23 décembre 93.)
Club des Jacobins.
Philippeaux avait fait une brochure dans laquelle il accusait le comité de salut public ; on l'accusait en conséquence dans la société; la séance était très tumultueuse.
Danton. — Je demande la parole pour une motion d'ordre. Il est du devoir de la société d'entendre dans le silence notre collègue Philippeaux. Quant à moi , je n*ai point d'opinion formée sur cette affaire ; je désire acquérir une conviction.
Un grand procès se discute; il se discutera de même à la convention. Pour être à portée de prononcer sainement dans cette affaire, nous avons besoin d'écouler attentivement, et je réclame le plus grand calme.
La société ne veut rayer personne par provision , mais peut-être cette affaire se lie à une multitude d'autres qu'il faut enfin éclaircir : je n'ai aucune opinion formée sur Philippeaux ni sur d'autres ; je lui ai dit à lui-même : il faut que tu prouves ton accusation ou que tu portes ta tête sur un échafaud.
Peut-être n'y a-t-il ici de coupables que les événements : dans tous les cas