‹ DantonChapitre 155 sur 208 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

je demande que tous ceux qui ont à parler dans cette affaire soient entendus. Il n'y a qu'un malheur à redouter, c'est que nos ennemis ne profitent de nos discussions ; qu'ils en profitent le moins possible, et conservons tout le sangfroid qui nous est nécessaire.

Philippeaux accuse Lcvasseur de n'avoir tant d'acharnement contre lui , que parce que lui Philippeaux a fait rapporter un décret rendu d'enthousiasme par la convention sur la résiliation des baux; rapport de décret qui avait fait perdre à Levasseur 500 livres de rentes. (Violents murmures: point de personnalité, féerie-t on de toutes parts.)

Danton. — Les Romains discutaient publiquement les grandes affaires de l'État et la conduite des individus. Mais ils oubliaient bientôt les querelles particulières, lorsque l'ennemi était aux portes de Rome; alors ils ne combattaient plus entre eux que de courage et de générosité pour repousser les hordes qui les attaquaient. L'ennemi est aussi à nos portes, et nous nous déchirons les uns les autres. Toutes nos altercations tuent-elles un Prussien?... [Vifs applaudissements.) Je demande, pour terminer ce procès, qu'il soit nommé une commission de cinq membres qui entendront les accusés et les accusateurs.

{Moniteur du 26 décembre 93.)

Tenons note de ce que Danton vient de dire sur Levasseur; car Levasseur a fait aussi des mémoires, et, sans plus de preuves que les autres, il a appuyé certaines accusations. Ce ne sont guère que les parties qui se sont faites juges de Danton.

Convention nationale.

Une députation des soldats qui ont combattu contre les Vendéens se présente à la tribune; un d'eux raconte les hauts faits de ses compagnons d'armes. Merlin de Thionville demande pour ce brave le grade d'adjudant-général. Un député fait remarquer que ce décret devrait être précédé d'un rapport du comité de salut public.

Danton. — Je ne pense pas qu'il soit hors des pouvoirs de la convention d'accorder la faveur que Merlin réclame ; mais je pense qu'il est de la sagesse de ne faire aucune promotion militaire sans avoir entendu le comité de salut public ; et quoique je sois persuadé que le militaire qui est devant vous mérite les éloges qu'il vient de recevoir, ce qui serait bon aujourd'hui donnerait lieu demain à une imitation moins heureuse; de là naîtraient les abus. Ainsi, je demande le renvoi au comité de salut public, qui certainement partagera les sentiments que nous venons d'éprouver pour un digne défenseur de la république.

(Moniteur du 30 décembre 93.)

302 DANTON (l793).

Voilà encore un exemple de plus que Danton était toujours maître de son enthousiasme , et ne laissait jamais un pouvoir empiéter sur l'autre. C'est sans doute le poste le plus utile à garder, mais c'est le plus difficile assurément; car on a pour ennemis tous ceux qu'on réfrène; aussi allons -nous bientôt entendre tous les partis crier haro.

Convention nationale.

Bourdon de l'Oise demande qu'il soit enjoint à la municipalité de Paris de faire des recherches sur les volontaires qui résident dans cette ville, au lieu d'aller aux frontières.

Danton. — Il y a à Paris des citoyens qui viennent pour des objets qui intéressent leurs communes, et qu'il serait dangereux d'en écarter : il faut pren- • dre un juste milieu. Je demande que tout citoyen envoyé à Paris par ses concitoyens, pour un objet quelconque, soit obligé de se faire enregistrer au comité de sûreté générale, qui en rendra compte à rassemblée toutes les décades. En adoptant cette mesure, vous ne priverez point le peuple de faire ses réclamations à la convention nationale.

Celte proposition est adoptée.

( Moniteur du 30 décembre 93.)

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