‹ DantonChapitre 157 sur 208 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

a déjà été formellement exprimée, il n'a que faire de se répéter. Pour nous le Danton de 94 n'a pas dégénéré de celui de 92; en des circonstances différentes son attitude est tout autre, mais son principe politique est le même. Il va se taire, et c'est justement ce qui prouve qu'il est sans ambition, sans parti, de telle sorte que nos lecteurs pourront se dire : on ne le vit jamais plus éloquent, plus énergique, plus terrible que quand la patrie était en plus grand danger; le péril est-il passé, il semble que Danton disparaisse. Il était né pour le salut de la France ; au moment où il mourut la France avait triomphé de ses ennemis, sa mission était remplie.

Mais plutôt que de chercher dans son passé politique la logique de cette abstention volontaire du grand tribun, on a préféré extraire des Peltiers de l'époque une calomnie adroitement aiguisée, et cela avec d'autant plus d'empressement qu'elle concordait avec le portrait vigoureux et pittoresque qu'on avait esquissé du colosse. Il semble qu'on ne puisse représenter au vrai un Danton, sans le faire excentrique en tout; le siècle raffole des extrêmes. Que pour complaire au goût du moment, pour donner un échantillon de son talent de fantaisiste on dénature un grand caractère, on fasse mentir à son passé un grand citoyen qui n'a jamais dévié de ses principes, voilà ce qui est condamnable au premier chef.

Mais nous avons encore quelques discours à citer, je veux dire des preuves à fournir, poursuivons notre tâche; pour le lecteur intelligent l'histoire a le pas sur la chronique.

Club des Jacobins.

Il s'agissait de l'accusation portée contre Camille Desmoulins pour son vieux Cordelier. A ce propos la discussion s'était envenimée au point que le temps se perdait en invectives réciproques.

Danton. — Toujours des entraves, toujours des incidents et des question* particulières quand il s'agit d'une affaire générale et qui intéresse la chose publique. Collot a présenté la question sous son véritable point de vue. Pourquoi a-t-on interverti l'ordre qui régnait dans cette discussion? Les patriotes doivent-ils se servir des mains du patriotisme pour tourmenter

les patriotes? Tu te plains, Hébert, mais rappelle-toi les principes: Que lu aies tort, que tu aies raison, c'est ce que le temps fera connaître au public. Mais occupons-nous de l'objet pour lequel nous sommes assemblés aujourd'hui, éclairons le peuple, et laissons à la guillotine de l'opinion quelque chose à faire; sacrifions nos débats particuliers, et ne voyons que la chose publique. Les patriotes doivent savoir niveler leurs sentiments, équilibrer leurs opinions pour écraser d'abord leurs ennemis. N'en doutez pas, citoyens, ils sont cachés derrière le rideau, profitent de nos mouvements, et font agir les ressorts du patriotisme en sens contraire de la révolution. Subordonnons nos haines particulières à l'intérêt général, et n'accordons aux aristocrates que la priorité du poignard.

Évidemment la pensée qui domine dans ce discours est celle-ci : vous êtes tons républicains, donc votre principe et votre but sont les mêmes. Nous différons sur les moyens pratiques, mais ces différences d'opinions doivent-elles nous rendre ennemis les uns des autres? Unissons-nous dans notre principe, car nous ne vaincrons que par l'unité. Est-ce là ce qu'on appelle incliner au modérantisme?

En parlant de Danton h cette époque à peu près, Vilate s'exprime ainsi :

Lacroix et Lcgendre, à leur retour des départements, avaient été obligés d'attendre dans les anti-chambres du comité de salât public. Ce retard ne devait guère s'accorder avec leurs idées d'égalité.

Danton, né paresseux avait négligé d'entrer dans le gouvernement des affaires, il avait fait des absences... Il se croyait fort comme Hercule... 11 ne tarda pas à s'apercevoir de ses fautes, de ses négligences. Danton osa se plaindre à la Convention du despotisme des comités sur elle-même. 11 est temps, disait-il, que la Convention reprenne l'attitude imposante qu'elle tient du peuple, et qu'elle n'aurait pas dû perdre devant quelques-uns de ses membres : je ne fais ici qu'émettre la préface de mon opinion politique. Les Cordeliers s'étaient portés aux Jacobins. Camille Desmoulins jeta dans le public son vieux Cardelier : le parti fut bientôt formé ; il ne laissait pas que d'être redoutable par son adresse à réclamer vivement contre les mesures de terreur et de despotisme, sous lesquelles toute la France consternée gémissait dans un morne silence.

Camille Desmoulins est attaqué aux Jacobins. On tourmente, on vexe sa famille. Danton prononce le mot d'ultra-révolutionnaire. Robespierre toujours observateur inquiet sur la direction des événements, affecte tout à la fois de défendre Danton et d'improuver ses opinions. Il précipite Desmoulins, en prenant superbement envers lui les dehors de la pitié

(Vilate, p. 25.)

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