CHAPITRE IX
Convention nationale.
A propos des propriétaires qui demandaient des indemnités pour les pertes qu'ils avaient éprouvées dans la guerre de la Vendée :
Danton. — Pour distribuer avec sagesse et avec justice les secours que vous avez décrétés, il faut d'abord poser deux bases incontestables : la première c'est qu'il ne faut pas qu'un riche propriétaire prétende une indemnité proportionnée aux pertes qu'il aura faite; la seconde, c'est que les services rendus à la patrie doivent seuls déterminer la mesure des indemnités que la République accordera à ses défenseurs. Je demande donc que les bases que je viens de poser soient reconnues, et qu'un homme propriétaire qui n'aura pas pris les armes pour défendre la République, ne puisse prétendre à aucune indemnité ; accordez des indemnités en raison des services, et non en raison des propriétés.
Le principe de la proposition est décrété.
[Moniteur du 5 mars 94.)
Convention nationale.
Levasseur demande qu'on défende aux particuliers de venir faire à la barre des dénonciations contre les représentants ; il faut les renvoyer, dit-il, aux comités de salut public.
Danton. — La proposition de Levasseur pourrait entraîner des conséquences qui violeraient la liberté d'exprimer sa pensée sur tous les mandataires du peuple. Chaque citoyen doit pouvoir dire publiquement son opinion sur les législateurs et tous les fonctionnaires publics. C'est entre nous qu'il faut éviter les débats ridicules, mais du reste liberté toute entière. Je demande la question préalable sur l'article additionnel , et le renvoi de la rédaction du décret au comité de salut public.
La proposition est décrétée.
(Moniteur du 15 mars 94.)
A-t-il modifié ses principes depuis la déclaration faite dans un arrêté du club des Cordeliers en 1789? Il n'y a qu'à rapprocher les deux citations pour prononcer avec connaissance de cause.
Convention nationale.
Après la lecture d'une pétition, un orateur de section chante
quelques couplets d'une chanson patriotique dont il est l'auteur.
Danton l'interrompt.— La salle et la barre de la Convention sont destinées à recevoir l'émission solennelle et sérieuse du vœu des citoyens ; nul ne peut se permettre de les changer en tréteaux. Je porte dans mon caractère une bonne portion de gaieté française, et je la conserverai, je l'espère. Je pense, par exemple, que nous devons donner le bal à nos ennemis, mais qu'ici nous devons froidement et avec dignité et calme, nous entretenir des grands intérêts de la patrie, les discuter, sonner la charge contre tous les tyrans, indiquer et frapper les traîtres, et battre la générale contre tous les imposteurs. Je rends justice au civisme des pétitionnaires, mais je demande que dorénavant on n'entende plus à la barre que la raison en prose.
Celte proposition est adoptée (Moniteur du 17 mars.)
Ce n'est pas la première fois qu'il s'élevait contre ces bagatelles patriotiques. Nouveaux mécontents, nouveaux ennemis.
Club des Jacobins.
Danton. — J'observe que l'intérêt national dictant seul les délibérations de la société, il faut non seulement statuer le plus promptement possible sur les membres purs qui doivent la composer, mais surtout recevoir d'abord ceux qui, étant chargés de fonctions importantes, ont plus besoin que d'autres de se nourrir des séances de la société, afin d'en alimenter l'esprit public et d'augmenter leurs propres lumières. Je pense au reste qu'on doit être plus sévère à l'égard des députés suppléants que pour les autres, attendu que les suppléants sont tous de la nomination des Brissotins. {Moniteur du 21 mars.)
Donnons une sérieuse attention à ce discours , c'est un dernier appel à l'union de tous.
On avait demandé que Bouchotte fut traduit en jugement.
Danton. — La représentation nationale appuyée de la force du peuple, déjouera tous les complots. Celui qui devait ces jours derniers perdre la liberté, est déjà presqu'en totalité anéanti. Le peuple et la Convention veulent que tous les coupables soient punis de mort. Mais la Convention doit prendre une marche digne d'elle. Prenez garde qu'en marchant par saccade on ne confonde le vrai patriote avec ceux qui s'étaient couverts du masque du patriotisme pour assassiner le peuple. Le décret dont on vient de lire la rédaction n'est rien ; il s'agit de dire au comité de salut public : examinez le complot dans toutes ses ramifications; scrutez la conduite de tous les fonctionnaires publics; voyez si leur mollesse ou leur négligence a concouru,