‹ DantonChapitre 166 sur 208 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Voilà donc la cause entendue ; toutes les pièces du procès ont été produites; nous connaissons tous les actes de la vie de Danton; nous avons pu méditer toutes ses paroles, comparer entre eux les uns et les autres; maintenant donc chacun est apte à prononcer, et, dans son for intérieur, déjà chacun a dû le faire. Nous nous sommes abstenu de juger en dernier ressort; ç'aurait été perdre de vue le but de ce livre. Qu'importe au public notre opinion personnelle; ce qu'il veut, c'est décider par lui-même; le seul devoir qui nous fut imposé dès lors, c'était de ne cacher aucun fait, de ne détourner aucun rapport, de ne tronquer aucune assertion, enfin de n'altérer les textes sur aucune considération. Nous défions la malveillance même d'avoir rien de tel à nous reprocher.

Nous devions faire cette observation avant d'ouvrir au public l'entrée du tribunal devant lequel Danton va être traduit, afin qu'il soit rassuré sur sa compétence, afin qu'il sache bien qu'il ne s'agit pas seulement ici de juger l'accusé de germinal, mais de juger ses juges.

Oui, nous allons assister à un spectacle bien triste, bien propre à faire réfléchir l'homme politique. Danton sera traduit au tribunal révolutionnaire, condamné, exécuté, sans que pas un homme du peuple, pas un patriote, pas un de ses collègues ose se lever et le défendre ! Je me trompe , un seul se lèvera , c'est Legendre; mais bientôt, effrayé de son audace, il se ras-

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siéra timide et demandant grâce, comme pour témoigner plus hautement de l'ingratitude et de la lâcheté de tous.

Pensée décourageante! Disons plutôt : grave enseignement que complète la mort volontaire du tribun et qui nous montre où doit s'arrêter le sacrifice.

Danton fut arrêté dans la nuit du 31 mars en même temps que Camille et Lacroix; on le conduisit dans la prison de Luxembourg. Voici en quels termes Levasseur rend compte de ce coup d'État.

Deux jours après le supplice des llébertistes que Danlou avait si puissamment concouru à déterminer, ce môme Danton fut arrêté pendant la nuit... La Convention fut consternée en apprenant celte nouvelle. Déjà l'on savait que Danton et Robespierre étaient brouillés à jamais, mais on croyait Danton trop fort de ses services et de l'immense majorité de ses collègues pour n'être pas à l'abri des vengeances de son ennemi... On croyait surtout que le comité de salut public comprenait combien Danton et Camille, tant par leur talent que par l'influence de leur patriotisme bien connu, étaient nécessaires au triomphe de la cause de la liberté. Vain espoir ! Les membres influents du comité, Robespierre et Saint-Just, ne savaient point reculer «levant l'application de leurs théories ; combattre une de leurs idées, c'était se déclarer leur ennemi, et avec eux la lutte ne pouvait se terminer que par la mort...

Il y avait de l'audace dans l'attaque dirigée contre Danton ; ce n'était pas là un de ces ennemis vulgaires qu'on renverse sans combat. Averti à l'avance de la haine de Robespierre, s'il avait voulu écouter ses amis et devancer le coup qu'on se préparait à lui porter, il eut sufli d'une de ses véhémentes harangues pour armer en sa faveur la Convention tout entière. Rien certainement ses amis y étaient en grande majorité.

{Mémoires de Levasseur, 3* vol., chap. 3.)

Ici nous regrettons que, pour plus d'authenticité, il ne nous ait été permis de citer aucun historien moderne; nous aurions copié en entier le dix-septième livre de la révolution française, par M. Miehelet. C'est le récit le plus complet, le plus animé, le plus vrai qu'on puisse lire; nous engageons instamment nos lecteurs de ne pas laisser échapper l'occasion de se convaincre de ce que peut un beau génie au service d'un grand cœur. Hélas! pourquoi faut-il qu'en même temps nous les mettions en garde contre de graves erreurs répandues ça et là dans les livres précédents, contre des opinions bien légèrement admises, contre des réflexions qui ne se concilient pas toujours. Pourquoi

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