‹ DantonChapitre 17 sur 208 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

obéir aux ordres impérieux, des automates, qui voulaient perpétuer cet usage servile, reste de l'ancien régime.

J'ai vu pendant quelques jours une multitude de citoyens abusés prendre parti contre Danton; ils le blâmaient hautement d'avoir voulu jouir des droits de l'homme libre ; et les raisons qu'ils en donnaient c'est qu'il faut respecter les usages, et ne pas donner l'exemple de l'insubordination. Juste ciel! si cette funeste maxime eût toujours été suivie, quel peuple eut jamais rompu ses fers, et comment aurions-nous secoué nous-mêmes le joug? Avec ce penchant funeste qu'ont presque tous les hommes à la servitude, que deviendraient les nations, s'il ne se trouvait au milieu d'elles quelques hommes de tête, assez intrépides pour fouler aux pieds les ordres des despotes, lever l'étendard de l'insurrection, attaquer les rempartsdela tyrannie, et monter les premiers à l'assaut?

(Marat, Y A mi du peuple, n* 1 92 . ) »

Quand un fait aussi insignifiant soulève deux partis dans une population, on peut assurer que l'auteur n'est pas un homme insignifiant, qu'il a déjà fait ses preuves; et, en conscience, pouvons-nous avancer que ce soient des preuves de royalisme ou d'orléanisme? Singulière manière de les servir que de les battre en brèche à tout propos. Ne commencez-vous pas à ne plus vous étonner que Danton ne réponde pas à de pareilles, insinuations si hautement démenties par les faits?

A propos du massacre de Nancy , voici l'arrêté que prit le bataillon du district des Cordeliers, arrêté sublime, comparable aux plus beaux monuments que l'antiquité nous ait transmis en ce genre, et qui faisait infiniment d'honneur à M. Danton :

Quelqu'opinion que nous ayons de la valeur de toutes les gardes nationales qui ont eu part à la malheureuse affaire de Nancy, nous ne pouvons manifester d'autre sentiment que celui de la douleur.

C'est la réponse du chancelier de l'Hospilal, à l'éloge qu'on lui demandait de la Saint-Barthélemy : e xcidal iUa dies œw. (Révolutions de France et de Brabant, numéro 4.)

On se rappelle que dans cette malheureuse affaire la garde nationale avait eu à se battre contre le peuple; les vainqueurs proclamaient leur triomphe, en exagéraient les détails en fanfarons ; des députations se promenaient dans Paris, les gardes nationales fayettistes les applaudissaient à outrance, comme pour faire comprendre au peuple de la capitale ce qui l'attendait, s'il bougeait; il était compromettant pour le parti démo-

crate de se prononcer trop ouvertement; la proclamation dont Camille Desmoulins vient de nous donner un extrait, est une preuve nouvelle de l'habileté que Danton savait déployer au besoin; il n'incriminait pas, mais forçait les triomphateurs à se taire.

Malgré quelques succès de détails obtenus en cette année 1790 par la^réaction, tels que le massacre des patriotes à Montauban, l'organisation du club des Feuillans, les vingt-cinq millions de liste civile, les soixante-dix-sept millions de revenus affectés a la dotation du clergé, la réélection de Bailly. L'affaire de Nancy conduite par Bouillé, etc., etc.; somme toute, la cour avait dû souscrire à la condammftion de Favras, à la publication du livre rouge, à l'abolition des lettres de cachet, à la cession faite à l'assemblée du droit de paix ou de guerre, à l'indemnité donnée aux protestants victimes de l'édit de Nantes, et finalement au départ définitif de Necker et à la retraite du ministère; elle avait donc plus perdu de terrain qu'elle n'en avait gagné. Croyez-bien que Danton ne fut pas étranger à ces mesures révolutionnaires. C'est Lafayette qui l'aflirme, son témoignage 'est peu suspect : « Le renvoi de MM. De la Tour du Pin, Saint- Priest, et de leurs collègues, avait été préparé par un comité central des sections dont Danton était le principal membre , sous l'influence des chefs Jacobins. (Mémoires de Lafayette,

t. IV, page 182.) Fréron confirme l'affirmation de Lafayette en ces termes :

Le patriote Danton a exprimé en vrai républicain, le vœu des sections sur le renvoi des ministres, de ces mêmes sections qui ont payé son brûlant patriotisme d'une si honteuse ingratitude, lors de la nomination des membres du conseil municipal. Dans le procès-verbal de cette séance, lu hier, le secrétaire a inséré que cètte pétition de la commune de Paris n'avait pas été entendue, sans une vive émotion de l'assemblée. (Fréron, Y Orateur du peuple, n*38, 3~ vol.)

Ainsi c'est bien reconnu, Danton est assez puissant pour renverser un ministère. Ce qui n'empêchera pas Saint-Just de s'écrier pl us tard dans son acte d'accusation : « Mirabeau te srisit ; tu t'écartas d'abord des principes sévères, et l'on n'entendit plus parler de toi jusqu'au massacre du Champ- de-Mars. » Or, nous sommes à la fin de 90 et l'affaire du Champ-de-Mars eut

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