‹ DantonChapitre 18 sur 208 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

lieu en juillet 91. Que faisait donc Saint-Just à cette époque? Il a bien mauvaise mémoire, s'il n'a pas mauvaise foi.

On pressentait qu'au besoin le tribun se montrerait homme d'action ; aussi pour réparer en quelque sorte l'échec qu'il avait éprouvé comme municipal, les Cordeliers lui confièrent-ils un grade important dans la garde nationale; voici en quels termes l'Ami du peuple raconte ce fait :

Le bataillon des Cordeliers est depuis plusieurs jours en grande fermentalion au sujet du renouvellement detque les officiers.

Lors de leur nomination, ils ont fait le serment solennel de se démettre de leurs grades au bout de Tannée pour redevenir simples soldats ; c'est un hommage public qu'ils rendaient aux pouvoirs qu'ils tenaient de leurs concitoyens, et à l égalité qui doit faire la base de tout gouvernement libre. Serment qui aurait dû être sacré pour de bons citoyens, des hommes d'honneur, et qui ne l'a point été pour le sieur Vilette, commandant de ce bataillon, le sieur Lerouge, capitaine des chasseurs, et plusieurs autres officiers du corps, qui prétendent rester en place, au mépris de leur engagement solennel, au mépris de l'exemple que leur ont donné les officiers de plusieurs bataillons. Dans une assemblée du bataillon, tenue le 14 de ce mois, il a été arrêté à la majorité que l'on procéderait à une nouvelle nomination. Elle a eu lieu, et Danton a été nommé à la place du sieur Vilette.

(Marat, Y Ami du peuple, n* 290 du mercredi 24 novembre 1790.)

Fréron ajoute :

L'ancien et digne président du vigoureux et patriotique district des Cordeliers, M. Danton vient d'être nommé commandant de ce bataillon, à la majorité des voix : M. de Lafayette doit le recevoir. Cela sera curieux. (Tréron, Y Orateur du Peuple, n» 24, 3' vol. )

En juin 91, un autre article du même journal confirme cette nomination par le fait suivant, c'est une dénonciation à Y Orateur du peuple d'un sieur Coutra, caporal dans le bataillon des Cordeliers.

C'est ce Coutra qui, à la nomination du patriote Danton à la place de commandant de bataillon, fut quêter des signatures pour orner la protestation faite contre la nomination du patriote Danton. (Ibidem, n* 27 du 6* vol.)

Nommer Danton déjà maître de l'opinion populaire, commandant d'un bataillon de la w garde nationale, c'était introduire

DANTON (i790)

l'ennemi dans la place. Nous ne nous étonnons guère de la résistance deLafayette. Ses amis ne l'abandonnaient pas encore.

Parmi ces amis, Camille Desmoulins lui était le plus dévoué; nous lui devons cette justice de dire qu'il contribua puissamment, comme écrivain, à grandir l'influence de Danton. Ils étaient tous deux intimément liés. Quand M. Manuel-Seurat ne nous l'aurait pas assuré, nous retrouverions la preuve de cette intimité dans ce passage d'un discours que prononça plus tard Camille à la tribune des Jacobins :

Une fatalité bien marquée a voulu que de soixante personnes qui ont signé mon contrat de mariage (29 décembre 1790) il ne me reste plus que deux amis Robespierre et Danton. Tous les autres sont émigrés ou guillotinés. (Moniteur du 18 décembre 1793.)

C'est le 14 décembre 93 que Desmoulins parlait ainsi. Mais n'anticipons point sur les événements.

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