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CHAPITRE II

A force d'énergie, Danton avait fini par vaincre toutes les résistances ; après un siège de deux ans, il allait en personne prendre possession de la citadelle par une trouée faite dans la municipalité; à partir de ce moment, il va pouvoir combattre corps à corps, porter des coups plus assurés; l'ennemi ne se relèvera pas.

En février 4791, Brissot insérait cette notice dans son journal le Patriote français :

Parmi les nouveaux administrateurs nommés au département de Paris, sont MM. Danton, Ansou et Syeiès. (N*546.)

Dans son numéro 65 des Révolutions de France et de Brabant, Camille annonçait aux patriotes la même nouvelle.

Fréron y ajoutait des détails qu'il est bon de connaître, et donnait la lettre de Danton à l'assemblée qui venait de l'élire.

Quarante-quatre sections , grâce aux manœuvres de Bailly et de Mottié (Lafayette), avaient éloigné M. Danton des fonctions municipales et même du conseil général de la commune; qu'ont-ils gagné à cela? Voilà M. Danton nommé aujourd'hui administrateur du département de Paris, et devenu leur juge ! Ce choix honore infiniment le corps électoral, et est un triomphe pour le patriotisme. Aussi, tandis que cette nouvelle excitait, comme de raison, les murmures et les doléances de la municipalité, les nombreux applaudissements de la société des Jacobins scellaient, pour ainsi dire, une nomination dont les citoyens se promettent les plus heureux effets, pour réprimer l'essor

DANTON (i79t).

despotique des municipaux; il n'y a plus qu'un vœu à former, c'est de voir M. Danton procureur général du département; ses lumières et son énergie rappellent à cette place ; on ne sera pas fâché de suivre les principes qui l'animent dans la nouvelie carrière qu'il doit parcourir. Voici la lettre qu'il a écrite au corps électoral le lendemain de sa nomination ; elle est adressée à M. Cérutti, président.

« Monsieur le président,

« Je vous prie d'annoncer à l'assemblée électorale que j'accepte les fonctions auxquelles elle a cru devoir m'appeler.

« Les suffrages dont m'honorent les véritables amis de la liberté ne peuvent rien ajouter au sentiment de mes devoirs envers la patrie ; la servir est une dette qui se renouvelle chaque jour, et qui s'augmente à mesure qu'on trouve l'occasion de la mieux acquitter.

« J'ignore si je me fais illusion, mais j'ai l'assurance d'avance que je ne tromperai point l'espéranc* de ceux qui ne m'ont pas regardé incapable d'allier aux élans d'un patriotisme bouHlant, sans lequel on ne peut pas concourir ni à la conquête ni à l'affermissement de la liberté, l'esprit de modération nécessaire pour goûter les fruits de notre heureuse révolution.

■ Jaloux d'avoir toujours pour ennemis les dernières partisans du despotisme abattu , je n'aspire point à réduire au silence la calomnie ; je n'ai d'autre ambition que de pouvoir ajouter à l'estime des citoyens qui m'ont rendu justice, celle des hommes bien intentionnés que de fausses préventions ne peuvent pas induire pour toujours en erreur.

« Mais quels que doivent être le flux et le reflux de l'opinion sur ma vie publique, comme je suis convaincu qu'il importe à l'intérêt général que la surveillance des fonctionnaires du peuple soit sans bornes, et son exercice sans danger, même pour ceux qui se permettraient des inculpations aussi fausses que graves, ferme dans mes principes et dans ma conduite, je prends rengagement de n'opposer à mes détracteurs que mes actions elles-mêmes, et de ne me venger qu'en signalant de plus en plus mon attachement à la nation, à la loi et au roi, et mon dévouement éternel au maintien de la constitution.

« Signé : Danton. »

(Extrait de Fréron, VOrateur du peuple, n* 45, 4' vol.)

Nous prions le lecteur de ne pas oublier cet engagement; c'est pour n'avoir jamais voulu entretenir le public de détails qui lui fussent personnels, c'est pour n'avoir jamais voulu répondre par des incriminations aux calomnies, que Danton a laissé tout dire sur son compte sans daigner rien relever, et ses ennemis ont profité d'autant plus ardemment de cet avantage qu'ils savaient le pouvoir faire impunément.

On comprendra dès lors aussi que nous n'ayons cherché à

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