CHAPITRE II
réfuter ces calomnies, qu'en y opposant les actes de patriotisme de Danton; il semblait lui-même nous en avoir intimé l'ordre.
Veut-on, par exemple, savoir ce qu'on a dit à propos de cette fonction nouvelle? qu'il la devait à l'influence de Mirabeau qui l'y poussait.
L'influence de Mirabeau en 1791 ! alors qu'il avait fait donner au roi le droit de paralyser tous les décrets de l'assemblée nationale, c'est à dire le droit d'entraver dans sa marche la révolution dès les premiers pas ; alors qu'il avait essayé d'investir le chef du pouvoir exécutif du droit de déclarer la guerre et de faire la paix, c'est à dire de livrer pieds et poings liés la France à l'étranger! L'influence de Mirabeau! Il est mort deux mois après cette élection de Danton, à temps encore pour sa gloire d'orateur, trop tard pour l'honneur qu'on lui attribue d'avoir concouru plus puissamment que personne à l'affranchissemement du peuple.
Nous connaissons déjà quelques-uns des principes politiques de Danton, rapprochez-les de ceux de Mirabeau, et dites si ces deux hommes pouvaient s'entendre. Ces antipathies de principes parlent plus haut que toutes les insinuations. Et l'audacieuse proclamation de ses idées subversives, voilà ce qu'avec raison, le président du club des Cordeliers appelait des actes, des actes qui devaient répondre à tout, et qui y répondent en effet.
À propos de je ne sais plus quelle promotion de Mirabeau , Desmoulins écrivait :
Le voilà enfin parvenu au comble de ses vœux! Le voilà successeur constitutionnel de Bretcuil et de Saint-Priest ; il a déjà oublié que c'est à l'éponge des Jacobins, que c'est à Danton qu'il doit, d'avoir été élu du département, puis du directoire.
{Révolutions de France et de Brabant, n* 67.)
Mirabeau promu à une fonction quelconque par l'influence de Danton ! Pauvre Camille, son enthousiasme devait toujours le faire extravaguer. En février 91, Mirabeau et Danton étaient deux puissances opposées, mais l'une s'affaissait dans la tombe du passé qu'elle entraînait à sa suite; l'autre surgissant vigoureuse et fière de porter dans ses flancs l'avenir de l'humanité.
C'est à peu près à cette époque que nous apercevons, pour la
DANTON (l79l).
première fois, Danton aux Jacobins. On comprend que quand il devait prendre la parole, les Cordeliers l'y suivissent ; quelques-uns finirent par y rester. Ainsi s'opéra insensiblement la fusion dans laquelle les Amis de la constitution parvinrent à absorber le club des Droits de l'homme. Nous croyons que ce fut un malheur pour la liberté.
M. Bonne-Carrère, en lisant le procès-verbal de la séance des Jacobins du 31 mars a passé sous silence le rapport de sa nomination comme plénipotentiaire à Liège. A l'instant M. Colot d'Herbois s'est trouvé prêt pour suppléer à cette fausse modestie, eta lu l'addition qu'il se proposait de faire au procèsverbal. C'était un pompeux éloge de Bonne-Carrère, rêvé je ne sais où. Le fier Danton est monté à la tribune, et a relancé avec sa voix stenlorale, le louangeur. D'après sa verte semonce, M. Bonne-Carrère ne doit plus être regardé comme un ami de la liberté, parce qu'il est entré dans le camp ennemi , le pouvoir exécutif, et son éloge ne convient plus qu'à des esclaves. Grands murmures, grande colère de M. d'Herbois ; le tout s'est terminé par une mention pure et simple dans le procès-verbal de la communication faite aux Amis de la constitution.