CHAPITRE XII
a frémi d'indignation, en voyant que ces conspirateurs osaient braver les organes de la loi qu'eux-mêmes avaient nommas. (On applaudit.) {Moniteur du 7 avril 94.)
Le Moniteur rend ainsi compte du procès. Jamais il n'avait été plus servile ; il en fait lui-même l'aveu à Robespierre dans une lettre trouvée plus tard dans les papiers de ce dernier.
Le 16 germinal (8 avril), à huit heures du soir, le Palais-Royal a été environné ; on dit que plusieurs complices des derniers conjurés ont été arrêtés.
On est encore étonné de l'audace qu'ont montrée tous les conspirateurs que la loi vient de frapper. Pendant le cours de la procédure, ils paraissaient compter sur un soulèvement du peuple, pour lequel l'argent devait être distribué, ainsi que sur un mouvement que leurs complices fomentaient dans les prisons.
Lorsque leurs espérances furent tout à coup déçues par la déclaration de la conviction du jury, on ne fut pas peu surpris de les entendre réclamer à grands cris la parole, et offrir à leurs juges une justification tardive, que la loi ne permettait plus de recevoir, eux qui jusqu'alors ne leur avaient répondu que par des outrages elles plus grossières invectives.
Forcés, après leur jugement, de simuler une assurance qu'une sorte d'espoir dans la force de leur parti leur avait d'abord inspirée, ils ont montré moins de courage que d'audace. Leurs sarcasmes, leurs rires ironiques et forcés, exprimaient leur mépris pour le peuple, qu'ils avaient feint de servir, et pour la représentation nationale contre laquelle ils avaient conspiré.
Ils parurent se plaindre de ce qu'aucune preuve écrite n'eut été produite dans la procédure, comme s'il fallait que des conspirations fussent tramées par des actes notariés, pour que la justice nationale eut le droit de punir.
Les cris unanimes de vive la République, qui se sont fait entendre au moment de l'exécution, ont prouvé que la conviction du grand jury national, l'arrêt de mort que prononce la volonté du peuple contre tous les conspirateurs, est indépendant de ces astucieuses et vaines chicanes.
Au reste, s'il est vrai de dire que cette conviction morale est plus lente à se propager sur une grande multitude d'hommes , que celle qui résulte d'un fait simple et positif, nous n'avons plus à craindre que cette difficulté, arrête un seul patriote de la France dans le jugement qu'il doit porter sur ces conjurés. Des témoignages irrécusables , des preuves matérielles vont être publiés sur cette affaire. Déjà la société des Jacobins, toujours ardente à concourir à l'instruction publique, vient de consacrer ses séances à l'audition des dépositions qui u ont pu être faite au tribunal que pendant le cours de l'instruction préliminaire.
Garnier de Saintes, Arthur et plusieurs autres membres ont déposé les faits les plus graves et les plus positifs sur Danton, Lacroix, etc., etc. Des
preuves authentiques , les rapprochements les plus frappants se trouvent accumulés dans ces dépositions que nous nous empresserons de faire connaître.
L'cx-général Dillon et Thouret, ex-constituant, doivent être mis incessamment en jugement. La veuve de Camille Desmoulins a été conduite à Sainte-Pélagie. {Moniteur du 8 avril 94.)
Il fallait rassurer la Convention ; Vadier et Couthon se chargèrent de la tâche à tour de rôle ; l'Assemblée était, elle aussi, dominée par les comités.
Vadier, président du comité de sûreté générale. -Au moment où la justice et la probité sont à Tordre du jour, j'éprouve le besoin d'épancher mon cœur dans le sein de mes vertueux collègues et du peuple qui m'entend. Hier, j'ai été témoin, sans être vu, des débats scandaleux qui ont eu lieu au tribunal révolutionnaire. J'y ai vu les conspirateurs conspirer en face de la justice; j'y ai entendu les propos les plus atroces; j'ai entendu dire à ces criminels : Rien n'est plus glorieux que de conspirer contre un gouvernement qui conspire. Danton dit que ses ennemis, les comités de salut public et de sûreté générale, et la Convention elle-même seraient déchirés par morceaux dans peu de jours. Quoi ! Danton, le seul homme que j'aie craint pour la liberté, dont les formes robustes, l'éloquence colossale et la ligure hideuse effrayaient l'image de la liberté, accuse la Convention! Quoiqu'il en dise, la Convention est composée en presque totalité d'hommes vertueux. J'ai vu, citoyens, les conspirateurs lancer des boulettes aux juges et aux jurés, et les insulter avec une audace qu'on a peine à croire.
Dans ce même moment Dillon et Simon notre collègue , conspirent dans leur prison. Ils avaient organisé une cohorte de scélérats qui devaient sortir du Luxembourg avec un mol d'ordre , s'emparer des avenues du comité de salut public et de sûreté générale, tomber sur les membres qui les composent, et les immoler à leur fureur. Et ces hommes respirent encore ! Mais le peuple est là pour soutenir l'énergie de la Convention, et l'aider à déjouer tous les complots ; il ne souffrira pas que la liberté soit anéantie. Quant à moi, je vous déclare que si je connaissais un traître parmi les membres qui composent ces deux comités, j'aurais le courage, quoique la vieillesse ail glacé mon énergie, de le poignarder de ma main, et toute arme me serait bonne. (Les plus vifs applaudissements se font entendre dans la saUe et dans les tribunes.) Soyez tranquilles, citoyens, pour la Convention, pour le peuple, pour la liberté. Montrons-nous tous tels que nous sommes. Que chaque membre de la Convention rende compte au peuple de sa vie politique et privée. (On applaudit à plusieurs reprises.) Que chacun de nous présente au peuple l'état de sa fortune. (Les applaudissements recommencent.)
L'Assemblée entière demande à aller aux voix sur cette proposition.
Coutbon. — Oui, citoyens , rendons tous un compte moral de notre con-