CHAPITRE XII
duite politique; faisons connaître au peuple ce que nous avons été avant la révolution, et ce que nous sommes devenus ; quelle a été notre profession, quelle a été notre fortune, si nous l'avons augmentée et par quels moyens, ou si nous ne sommes devenus plus riches qu'en vertu. [Vifs applaudissements.) Que chacun de nous fasse imprimer ce compte moral et qu'il dise : c'est la vérité que je vous présente, si je vous trompe seulement d'une syllabe, j'appelle la vengeance nationale sur ma tète. (La salle retentit des plus vifs applaudissements. — Tous les membres se lèvent par un mouvement spontané, et votent par acclamation pour la proposition de Coulhon. |
Il est beau, il est sublime de voir la Convention se lever tout entière pour adopter ma proposition. Cependant comme on pourrait avoir besoin d'une rédaction réfléchie, je demande que vous vous borniez à décréter le principe ; que chaque député présentera, dansje délai d'un mois au plus tard, le compte moral de sa conduite publique et de l'état de sa fortune, et que vous envoyiez ma proposition au comité de salut public, avec ordre de vous en présenter la rédaction dans la séance de demain.
Cette proposition est adoptée au milieu des plus vifs applaudissements.
Vadier. — Je dois ajouter à ce que j'ai déjà dit, pour consoler les patriotes, que le nombre des conjurés est petit ; que le peuple en masse aime la liberté ; que la très grande majorité de la Convention est composée d'hommes intègres. Qu'ils apprenneut ces vérités, ces hommes atroces qui font retentir partout les sifflements de la calomnie. Les complices des conspirateurs disaient hier : aujourd'hui vingt députés vont à l'échafaud. demain autant, après demain encore autant, et bientôt la Convention sera dissoute. Voilà les atrocités que publient les contre-révolutionnaires.
Cambon, dont la probité nous est connue, était devenu, suivant eux, de témoin accusé, et occupait le fauteuil. Périssent les scélérats qui calomnient ainsi la Convention! (Vifs applaudissements.) Périssent les monstres amis de la tyrannie et ennemis de la liberté. La Convention, fidèle au peuple qu'elle représente, écrasera tous les contre-révolutionnaires. (Les applaudissements recommencent.) Citoyens, soyons unis, nous sauverons la liberté, nous sauverons la République. (On applaudit.)
Couthon. — Ce que vous a dit Vadier m'engage à vous entretenir avec un peu plus de détails de la nouvelle conspiration qui s'était formée dans les prisons, par suite de celle dont les chefs ont été livrés à la justice. Simon (du Mont-Blanc), Thouret, l'ex-constituant, et Arthur Dillon dirigeaient un complot ténébreux conçu dans le séjour du crime. Dans la nuit d'hier, les portes des prisons devaient être ouvertes à ces monstres par les soins d'un concierge qu'ils avaient gagné. Tous les prisonniers et leurs complices du dehors devaient se réunir sous le commandement de Dillon, et se porter d'abord au comité de salut public, dont ils savaient bien que les membres étaient en permanence continuelle, pour égorger, avec le sangfroid du crime, ces membres . Us devaient ensuite délivrer les conjurés, immoler les juges du tribunal révolutionnaire, s'emparer des avenues de la Convention et des Jacobins, massacrer tous les députés et les patriotes les plus ardents, se porter
ensuite au Temple, en extraire l'enfant Capet et le remettre entre les mains de cet infâme Danton, dont le peuple et nous avons été si longtemps dupes, pour que ce fût Danton qui le présentât au peuple, et proclamât la tyrannie qu'il a affecté de combattre avec une hypocrisie si perfide.
Comment s'est-il défendu ce scélérat et ses complices? Ils se sont défendus par des diffamations contre la représentalion nationale, par des injures contre la justice, en traitant le comité de salut public d'autorité lyrannique, et en rappelant, comme lesBuzot, Brissot et Pétion, et toutes les factions qui ont passé, les idées effrayantes de dictature, de décemvirat, etc., etc. Nous, des dictateurs, des décemvirs! Nous qui abhorrons toute puissance qui s'éloigne du principe sacré de la puissance du peuple, nous qui avons juré de poursuivre, d'exterminer jusqu'au dernier ennemi de la Constitution populaire ! Citoyens, la réponse du comité de salut public à ces accusations aussi folles qu'atroces, se trouve dans les sentiments fiers et républicains de tous les membres qui le composent, et dans cette sentence terrible consignée dans la déclaration des droits : Que tout individu qui usurperait la souveraineté du peuple, serait mis à mort à l'instant par les hommes libres. Je demande que la Convention nationale proclame de nouveau dans son sein, en présence du peuple, cette maxime redoutable pour les despotes et consolatrice pour les amis de la liberté et de l'égalité.
(À peine l'orateur avait-il fini, que la Convention nationale tout entière se lève, et fait, au milieu des plus vifs applaudissements des tribunes, la proclamation demandée par Couthon.)
N — Il ne faut pas que les traits de lumière qui viennent de frapper
l'assemblée soient perdus pour les départements. Je demande que les discours de Vadier et de Couthon soient imprimés et insérés dans les bulletins.
Cette proposition est adoptée.
(Moniteur du 7 avril 94.)
Vadier a pris à l'affaire une part plus directe encore, nous verrons bientôt laquelle.
Les rôles sont changés; c'était d'abord Robespierre qui justitiait la condamnation devant l'assemblée, et Couthon aux Jacobins; après l'exécution ce fut le contraire; ainsi le mot d'ordre fut donné partout.
Séance des Jacobins.
Robespierre. — Puisque l'on convient qu'il s'est passé un événement intéressant pour la liberté, que les opérations sublimes de la Convention viennent encore de sauver la patrie, si elle persévère dans ses opérations, si elle continue de distinguer l'innocence d'avec l'aristocratie, si enfin elle se montre aussi soigneuse de protéger l'une que de frapper l'autre; puisque l'on convient de tous ces faits, je demande que la conjuration soit à l'ordre du jour,