CHAPITRE XII
que si quelque bon citoyen peut développer les circonstances affreuses qui dérivent des principes de cette conspiration, s'il peut vous faire part des détails importants qui n'ont pas été connus jusqu'à présent, qu'il monte à la tribune et qu'il fasse connaître toute la profonde scélératesse des conspirateurs, qui voulaient nous entraîner dans le précipice où seuls ils ont tombé.
C'est de cette manière que nous porterons, des coups terribles ; c'est ainsi que nous écraserons les ennemis de la liberté.... Épouvantons l'aristocratie, de manière, non seulement qu'elle ne puisse plus nous attaquer, mais qu'elle n'ose pas même essayer de nous tromper. D'un autre côté, protégeons l'innocence, et ravissons à la tyrannie l'affreux espoir de détruire les patriotes. {De vifs applaudissements se font entendre.)
La proposition de Robespierre est adoptée.
Arthur. — J'ai été appelé pour déposer au tribunal révolutionnaire des •faits importants à la charge des conjurés. Le jury s'étant trouvé suffisamment instruit, je n'ai pu être entendu. D'après la motion de Robespierre, je viens déposer dans votre sein ce que je devais dire devant le tribunal. En 1790, Danton fut porté par le district des Cordeliers à la place de notable de la commune de Paris ; il fut rejeté par l'aristocratie ; mais Mirabeau, qui influençait l'assemblée, le fit nommer au département. Depuis cette époque Danton ne fit plus parler de lui, mais il reparut sur la scène politique à la mort de son protecteur. Cette conduite prouve qu'il ne parlait en public que pour obtenir des places. Danton fut nommé commissaire dans la Belgique: à son retour il fit un éloge pompeux de Dumouriez, que l'on savait être venu à Paris pour sauver Capet. Il proposa de faire dans Paris une insurrection pour sauver la Belgique, et alors la Belgique était évacuée. Il avait formé le projet de faire assassiner les citoyens de Paris par les aristocrates. Il vint à la mairie et dit au maire : Il faut qu'il y ait une insurrection; j'ai de l'argent à ma disposition, j'en donnerai, s'il le faut ; il est indispensable que le peuple marche et que la Convention soit purgée.
Il est évident que Danton voulait fournir à Dumouriez un prétexte pour marcher sur Paris. Si l'on avait touché aux membres de la Convention, Dumouriez aurait dit à ses soldats : Je vous conjure, au nom de tous les départements, de marcher et de punir la ville de Paris qui a violé la représentation nationale. L'insurrection n'a pas eu lieu et Dumouriez a été obligé de dire aux soldats, que c'était au nom du roi qu'il marchait sur Paris. Les soldats ont reconnu le piége, et nous avons été sauvés. L'argent que Danton possédait fut offert à Santerre, mais il ne fut pas distribué assez promptement pour faire naître un mouvement.
Le 10 mars, Défleux et le commandant des Marseillais voulurent faire une insurrection, ils allèrent à la Commune où se trouvaient alors une foule de citoyens. On annonça qu'il était question de tirer le canon d'alarme, de sonner le tocsin. La Commune montra beaucoup de fermeté, elle déclara qu'il y aurait peine de mort contre ceux qui voudraient tirer le canon d'alarme, sonner le tocsin, fermer les barrières, etc. Une députation arriva en même temps, et la fermeté qu'elle déploya lui en imposa tellement que
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Fournier l'Américain n'osa pas lire la pétition dans laquelle il devait demander une insurrection.
L'orateur termine en disant qu'ayant rencontré le nommé Duplain, au moment où Danton venait de partir pour Arcis-sur-Aube, Duplain lui dit que Danton était de très mauvaise humeur, qu'il regardait les mesures que Ton prenait comme contre-révolutionnaires, qu'en conduisant Marie-Antoinette à l'échafaud, on détruisait l'espoir de traiter avec les puissances étrangères; (pie Custines avait été jugé trop légèrement, et que celte conduite envers nos meilleurs généraux, nous mettrait dans l'impossibilité de vaincre.
Levasscur rappelle l'audace avec laquelle Lacroix vint rendre compte à la Convention de la conduite qu'il avait tenue dans la Belgique, et de l'effronterie avec laquelle il soutint qu'il n'avait commis aucune dilapidation. Il instruit la société que le district de Béthune écrivit lors de l'évacuation de la Belgique, qu'il avait arrêté deux voitures chargées de caisses remplies d'effets, et que les voituriers qui n'avaient pas de passeports, avaient déclaré que ces caisses appartenaient à Danton et à Lacroix.
Ces deux individus ayant eu connaissance de cette pièce, il se la tirent remettre par un commis du comité de correspondance, et le comité de salut public n'en fut point instruit. Ils vinrent ensuite à la Convention se plaindre de ce que le district de Béthune avait arrêté leurs malles, et, par ce stratagème trompeur ils obligèrent ce district à relâcher les voitures.
Un autre citoyen annonce que dans le temps de la nomination de Lafayetle à la place de commandant de la garde nationale parisienne, Danton déclara que cette nomination n'était que provisoire, et qu'il faudrait bientôt nommer le ci-devant duc d'Orléans.
Vadier.— Je demande la parole pour Taire connaître un fait relatif à un individu, qui avait paru jusqu'ici patriote. M'étant trouvé dernièrement dans l'anti-salle du tribunal révolutionnaire, je vis Dufoumy avec lequel je m'entretins de l'affaire de Danton et des conjurés. Dufoumy me dit qu'il n'avait aucune preuve à alléguer contre la conduite passée de Danton. J'ai été étrangement surpris de voir Dufourny douter des crimes de Danton, après son fameux voyage à Londres, après tous les faits consignés dans le rapport de Saint-Just. Je déclare que depuis longtemps j'observais Dufourny et que je ne savais que penser de son assiduité opiniâtre au comité de sûreté générale.
Robespierre. — La journée du 31 mai a sans contredit s.auvé la patrie ; c'est pour cela que Danton voulut se venger d'Henriot qui avait écarté les dangers qui environnaient la Convention; c'est pour cela que Danton, Hérault, Lacroix voulurent le faire arrêter, afin de faire tourner l'insurrection contre le peuple.
{Moniteur du 9 avril 94.)
C'était la première fois qu'on faisait appeler les témoins après condamnation du prévenu.
Voici encore une dénonciation fort précieuse, car elle révèle