‹ DantonChapitre 195 sur 208 · TS · texte numérisé non relu

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de salut public ou du comité de sûreté générale qu'il ne critiquât amèrement, quand il ne l'attaquait pas avec son énergie accoutumée, énergie qui, d'hostile qu'elle était naguère aux aristocrates, leur était devenue pour ainsi dire favorable, puisqu'elle était dirigée contre un gouvernement que l'aristocratie battait en brèche de toutes les manières.

(Mémoires de Charlotte Robespierre, édités parLaponneraye, Paris, 1840,)

L'heure est venue de donner les esquisses que les contemporains de Danton ont faites du Montagnard.

Danton avait toujours de l'abandon et souv ent de la bonhomie. Sa figure, féroce a la tribune, était hors de là calme et quelquefois riante. Ses principes étaient incendiaires, ses discours violents, jusqu'à la fureur; mais il avait dans la vie privée un caractère facile, une morale très relâchée et le propos cynique. 11 aimait le plaisir et méprisait la vie. Il avait de l'àme, son éloquence était volcanique, en tout il était taillé pour être un tribun populaire. C'était le Mirabeau de cette époque.

S'il eut fallu choisir entre lui et Robespierre , j'aurais préféré Danton. Quand il fut menacé, je me sentis en outre attiré vers lui par ce penchant qui m'a toujours entraîné vers le faible ou l'opprimé. Je remarquais qu'il était très refroidi, il n'était plus aussi assidu aux séances, et M y parlait beaucoup moins. On eut dit qu'il se détachait peu à peu de la politique, comme un malade abjure le monde en voyant approcher la mort. Je lui dis un jour : « Ton insouciance m'étonne, je ne conçois rien à ton apathie. Tu ne vois donc pas que Robespierre conspire ta perte? Ne feras-tu rien pour le prévenir"? » — « Si je croyais, me répliqua-t-il avec un mouvement de lèvres qui chez lui exprimait à la fois le dédain et la colère, qu'il en eut seulement la pensée, je lui mangerais les entrailles. »

(Mémoires sur la Convention, par Thibeaudcau, chap. V.)

N'est-il pas regrettable qu'avec ce penchant qui entraînait toujours Tliibaudeau vers l'opprimé, n'ait pas osé souffler mot à la fameuse séance du 1" avril? L'entraînement, en conscience, n'était pas irrésistible.

Le plus remarquable de cette liste de proscripteurs, successivement proscrits par Robespierre, fut Danton, bien supérieur à son rival qu'il méprisa trop. C'était un tribun grossier sans doute et incapable d'imposer à la multitude, de la détourner du mal, ou de la mener au bien par la persuasion et le respect ; mais il flattait ses passions avec un vrai talent et une voix de stentor : jouant d'autant mieux ce rôle secondaire, qu'il était susceptible d'émotions, smird aux remords et indifférent aux opinions. Notre connaissance s'était faite, dès les premières semaines de la Révolution, au district des Cordeliers, où j'avais été attiré. Après le 6 octobre, il reçut de l'argent de M. de Monlmorin, qu'il fit en conséquence assassiner au 2 septembre (le ministre qui avait eu l'imprudence de faire savoir à Danton que le reçu de

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