‹ DantonChapitre 196 sur 208 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

cet argent était brûlé, fut massacré en prison. Note). C'est à l'occasion de ce secret, où j'étais initié, et dont je profitais pour me plaindre des indécences jacobines contre le roi et la reine, qu'il me dit : « Général, je vous connais et vous ne me connaissez pas; je suis plus monarchiste que vous. » Ce fut sans doute pour le service de la cour que le soir du 21 juin il demanda ma tête, moi présent, sachant bien que je ne trahissais pas son ancienne confidence, et qu'il prépara au club la motion d'André, dont j'ignorais alors les rapports intimes avec la cour pour la séparation de l'assemblée. J'ai su depuis, par la personne à qui Madame Élisabeth le confia dans le temps, qu'à l'époque du 10 août, il avait encore reeu une somme considérable pour tourner en faveur du roi l'émeute annoncée; il s'en lava dans le sang des prisonniers qui venaient de défendre le château ; mais il Ht demander par la Commune la translation de la famille royale à la tour du Temple. « Ce sera moi, répondit-il à un ami du roi, qui le sauverai ou qui le tuerai. » J'ignore à quelle corruption il cédait lorsqu'il dénonça à la Convention l'aristocratie du commerce. Engourdi de paresse et de débauches, il se réveilla au tribunal révolutionnaire. Un décret le mit hors des débats, et il subit son sort avec un courage cynique.

(Mémoires de Lafayette, t. 4, p. 329.).

Danton incapable d'imposer à la multitude!

Danton, qui avait sacrifié Brissot à Robespierre, fut dupe de cette impolitique méchanceté. On ne crut point à la clémence dantonienne : le septembriseur fut acculé et altéré comme un sot. Il dut porter à l'échafaud la rage concentrée de sa défaite qui lui fut prédite par plusieurs. (Mercier, le nouveau Paris, t . % p. 4.)

Necker ne paraît pas être de l'opinion de Lafayette sur la puissance d'entraînement du tribun; lequel des deux est meilleur juge? Tout ce qui précède a du répondre.

Robespierre avait eu pour collègue de révolution un homme d'un caractère prononcé, d'une éloquence impétueuse et qui s'était mis en avant des premiers dans toutes les occasions où il fallait entraîner à des mesures décisives les Jacobins, les sections de Paris et la Convention nationale. 11 allait à l'assaut mieux que Robespierre, mais il était commandé par diverses passions et Robespierre n'obéissait qu'à une seule; ainsi l'activité politique de l'un était susceptible de distraction, tandis que l'ambition de l'autre ne dormait jamais. On les vit rarement en opposition dans la Convention nationale ; mais une simple rivalité de réputation était auprès de Robespierre un tort irrémissible Danton, l'homme dont je parle, ne l'ignorait pas, car on cite de lui ce mot : « Tout ira bien tant qu'on dira Robespierre et Danton. Malheur à moi si l'on disait jamais Danton et Robespierre. » Son jour arriva, il fut livré au tribunal révolutionnaire et mis à mort. (Tome 3', section I.)

{Histoire de la Révolution française, par Necker, 4 vol. in-18, 1821 |

DANTON (i794)

La fille de Necker a dit son mot aussi; le mot a fait fortune.

Mais Robespierre devint ambitieux lorsqu'il eut triomphé de son rival en démagogie Danton, le Mirabeau de la populace. Ce dernier était plus spirituel que Robespierre, plus accessible à la pitié ; mais on le soupçonnait avec raison de pouvoir être corrompu par l'argent, et cette faiblesse finit toujours par perdre les démagogues; car le peuple ne peut souffrir ceux qui s'enrichissent ; c'est un genre d'austérité dont rien ne saurait l'engager à se départir.

Danton était un factieux, Robespierre un hypocrite; Danton voulait du plaisir, Robespierre seulement du pouvoir.

(M* de Slael, Considérations sur la Révolution française, tome 2, p. 141.)

Toute la France s'était-elle donc faite populace, qu'à trois reprises Danton la souleva tout entière?

Danton et Robespierre étaient liés par les nœuds d'une amitié apparente : ils estimaient leurs talents. L'histoire, sans doute, les présentera comme rivaux, cherchant à se supplanter. L'ambition est la passion dominante des grands caractères. Mais quels que soient les crimes dont la vérité ou l'imposture la porte à flétrir leur mémoire; toutefois, il faut rejeter cette fabuleuse conspiration, inventée sur leur compte ces jours derniers, de s'être concertés dans le projet de placer sur le trône le fils du dernier des tyrans, avec deux chambres comme en Angleterre.

(Villate ; causes secrètes de la Révolution du 9 thermidor, p. 24.)

Il y a encore une lâcheté plus répugnante à voir que celle du silence, sans doute parce qu'elle est plus en relief; c'est la lâcheté d'un homme qui a osé prendre un moment votre défense, et qui, vous voyant perdu, non seulement vous abandonne, mais cherche à racheter un bon mouvement par un désaveu. Legendre va nous donner ce triste spectacle; il sauva sa vie, mais il flétrit à jamais sa mémoire; et pourtant l'histoire lui devra cette justice de dire qu'il fut un des plus ardents et sincères républicains.

Une lettre de Fouquier-Tinville annonce que Dillon va être mis en accusation; il demande à être autorisé à traduire aussi Simon devant le tribunal.

Legendre. — Je demande le décret d'accusation contre Simon. Une lettre anonyme qui m'a été envoyée ne me laisse point de doute que les coupables qui ont péri sur léchafaud, n'eussent des complices dans la prison du Luxembourg pour exciter un mouvement. J'ai remis au comité de salut public cette lettre, dans laquelle des hommes qui se disaient patriotes , et flattant mon amour-propre et mon ambition, m'invitaient à porter le premier coup à la

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