CHAPITRE XII
espace très étroit et très resserré, au moment où l'on apporta le décret dont on parle; conséquemment ce n'est pas nous qui l'avions apporté. Il est également faux de dire que Vouland ou moi ayons voulu influencer le président ou les jurés ; car aucun de nous ne leur parla, et nous ne vîmes même pas Fabricius.
Dubem. — Fabricius était le chien courant de Danton.
Vouland. — Je déclare aussi que je n'ai pas porté ce décret dont il est question. Dans la nuit qui précéda le jour où il fut rendu , on apporta au comité de sûreté générale une déclaration du nommé Laflotte qui parut intéressante, et faite pour jeter de la lumière dans la procédure. Les comités me chargèrent de la porter au tribunal, j'y fus avec Amar; je la remis à Hcrmann qui me dit que les jurés s'étaient assemblés et qu'il ne pouvait pas entrer dans leur chambre. Je lui remis la pièce et je ne le vis plus. Je n'ai rien que la dénégation à opposer à un homme qui a souffert-une longue détention dont il accuse le comité mal à propos.
Amar. — Tallien vient de me faire observer que j'ai commis une erreur. J'étais au comité des procès-verbaux, lorsqu'on vint y expédier le décret. Il est vrai que je le portai au tribunal, mais il est faux que je menaçai les juges.
Garnier de Saintes. — C'est le comble de la scélératesse que de produire des lettres anonymes contre des représentants du peuple qui ont bien mérité de la patrie et qui la sauveront encore; car la Convention ne craint ni les dangers ni la mort.
La Convention décrète, après avoir examiné chacune de ces accusations, qu'elles doivent être réputées calomnieuses.
{Moniteur du 1 septembre 1794.)
Dans un volume intitulé : Les crimes des sept membres des anciens comités de salut public et de sûreté générale , Laurent Lecointre revient plus en détail sur cette affaire.
On y trouve d'abord en réponse à l'accusation faite à Fouquier- Tinville, copie textuelle de la lettre, disparue depuis, que le procureur adressait à la Convention , lors du jugement de Danton.
15 germinal.
Un orage horrible gronde depuis l'instant que la séance est commencée : des voix effroyables réclament la comparution et l'audition des députés : Simon, Gossuin, Legendre, Fréron, Panis, Lindol, Collon, Merlin deDouay, Courtois, Laignelat, Robert Lindet, Robin, Goupillon de Montaigu, Lecointre de Versailles, Brival et Merlin de Thionville.
Les accusés en appelaient au peuple entier du refus qui serait fait de citer ces
témoins. Il est impossible de vous tracer l'état d'agitation des esprits ; malgré la fermeté du tribunal, il est instant que vous veaillez bien nous indiquer notre règle de conduite ; et le seul moyen serait un décret à ce que nous prévoyons.
Signé: Folquibu.
On lit encore dans le livre de Lecointre les détails suivants qui se rapportent à la 14° accusation.
Bourdon de l'Oise , après la déclaration du dénonciateur ajoutait :
Remarquez que les preuves que l'on vous apporte sont toutes de Fouquier- Tin ville, ou bien des lettres anonymes.
Lecointre. — J'observe que la preuve la plus complète de l'influence coupable des meneurs des deux comités sur le tribunal révolutionnaire , est consignée dans la pièce suivante. Cette pièce n'était point signée lorsque je l ai citée à la tribune ; mais Fabricius ayant appris le reproche qui m'en avait été fait, est venu le lendemain chez moi pour la signer. Voici, dit-il, ce qui se pratiquait avant la mort du tyran (Robespierre). Le tribunal étant divisé en quatre sections de jurés, qui devaient être tirés au sort, cet ordre était changé pour telle affaire que Fouquier dirigeait à son gré, d'après les ordres qu'il recevait des comités , avec lesquels il communiquait tous les soirs. Les jurés tous les matins se rendaient au cabinet de l'accusateur public avec les juges de service ; et là il était question de l'affaire du jour; on leur désignait les personnes qu'on appelait coupables, et en sortant on leur a entendu dire souvent : feu de file, ce qui voulait dire, la mort. Toutes les nuits Fouquier se rendait au comité de salut public, et il se passait très peu de jours que des membres du comité de sûreté générale ne vinssent au parquet, où ils s'enfermaient avec Fouquier. Vers les commencements de germinal, les greffiers furent exclus de la chambre du conseil, où leur présence était indispensable. Lors de l'affaire de Danton il y eut un tirage de jurés pour composer la section qui devait juger cette affaire. Ce tirage fut fait par Fleuriot et Fouquier, dans la chambre du conseil, en présence de plusieurs juges.... Le lendemain du jugement, l'accusateur public demanda au greffier une liste de tous les jurés. Lorsqu'il eut cette liste, il marqua en marge plusieurs noms avec un F., ce qui voulait dire faible; et sur l'observation que lui fit le greffier que, dans la section de la veille il en avait marqué un d'un F. , il répondit que c'était un raisonneur; qu'on ne voulait point de gens qui raisonnassent ; et qu'il fallait que cela marche; que c'était l'intention du comité du salut public.
Signé: Paris, dit Fabricius.
Suivent, dans le Mémoire de Lecointre, deux lettres qui ne sont pas reïalives à l'affaire Danton, mais qui montrent la manière dont Vadier imposait à Fouquier la volonté du comité, et qui, sous ce rapport, confirment