‹ DantonChapitre 203 sur 208 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

n'aurai jamais le bonheur de trouver les preuves, et pourtant tu es innocent!

M. Farjon revient : « Bravo, j'ai votre affaire ; une plume, de l'encre, asseyez-vous dans mon cabinet et copiez. Il me laisse seul; je n'osais espérer encore. Je lis : Pétition à l'Assemblée nationale pour les avocats au conseil du roi, par M. de Mirbeclt. Février 1791. Paris, imprimerie de N. H. Nyon, rue Mignon Saint- André-des- Arts. Brochure in-S°, 19 pages. J'étais ébloui. Je dévorais des yeux, je comprenais à peine.

On m'avait appris déjà que les avocats aux conseils du roi, répondait à ce que nous appelons aujourd'hui avocats en cassation, ou bien avocats au conseil d'État.

Je sus en outre par la brochure que le ressort des avocats aux conseils embrassait tout l'empire français; qu'ils étaient au nombre de 73. Ce qui ne laissait pas de donner de l'importance aux titulaires, mais cela ne suffisait pas; ce n'était pas encore précisément là mon affaire.

Mais il était écrit que pour récompense de ma foi je devais trouver ; j'eus ce bonheur : lisez ce qui suit, c'était la réponse textuelle à mes demandes; les avocats postulants disaient à l'Assemblée constituante, dans la précieuse brochure :

« Il est un point fixe, une vérité mathématique, prouvée par tous les con- « trats modernes, c'est que le titre nud de chaque office valait, avant la « Révolution, 60,000 livres, sans la clientclle et les recouvrements.

« Ceux qui ont été vendus 70, 80, 90, 100,000 livres et au-delà n'ont été n portés à ce prix que d'après l'estimation delà clientclle, qui en augmentait « la valeur en raison de son importance et des recouvrements à faire aux « profits des acquéreurs, en sorte que la valeur réelle, intrinsèque et la plus « modérée, que l'on peut prendre pour base de l'évaluation de chaque office, m est de 60,000 livres.

« A l'égard de l'indemnité vous la réglerez , Messieurs , suivant votre « équité. »

Lafayette a donc menti. Et voilà pourquoi en 91 il- n'a pas dénoncé la vénalité de Danton, quand celui-ci le mettait au défi; voilà pourquoi l'infâme calomniateur a attendu vingt-cinq à trente ans pour le faire; il croyait qu'on ne pourrait plus remonter aux sources, il avait compté sans la justice providentielle.

Comprend-on maintenant pourquoi c'est justement en 91 que Danton achète du bien à Arcis? .Un avocat qui achète une telle

charge avec l'argent de la dot de sa femme, vous paraît-il un misérable qui n'a pas seulement de quoi manger, comme l'a prétendu la citoyenne Roland?

Et voulez-vous savoir où se trouvait incluse cette brochure? Dans un ouvrage qui n'avait pas du tout trait au sujet en question, intitulé : Jugements du tribunal de cassation. Un conseiller en avait fait don à la bibliothèque, et, sans doute pour ne pas perdre la brochure, il l'avait fait relier en tête du premier volume des Jugements. Ainsi il faut justement que j'aie rencontré une personne l'ayant lue par hasard et se la rappelant, un magistrat sentant toute l'importance de mes recherches, partageant sans doute mes craintes, en un mot, un homme de cœur et d'intelligence! Ne vous disais-je pas bien qu'un homme comme Danton ne se vend pas? Comment avez-vous trouvé l'attraction? demandait-on à Newton. En y pensant toujours, mdn problème n'a pas autant d'importance, sans doute, mais sa solution sauve l'honneur d'un homme, et cela suffisait pour que je m'en occupasse depuis six mois. Je l'ai trouvée.

Après ces détails essentiels pour que chacun puisse remonter à la source de nos documents, passons au manuscrit des fils du grand conventionnel.

Ils se demandent d'abord avec quel argent il a acheté sa charge d'avocat aux conseils.

1° Avec Fargent provenant de son patrimoine;

2° Avec ses économies depuis 7 ans d'exercice de sa charge d'avocat au Parlement;

3° Avec une dot probable.

Si vous dites : ce sont là des suppositions, je réponds : et vos négations n'en sont-elles pas ?

Mais nous n'avons pas à nous occuper de cela. Danton est en 4789 avocat aux conseils du roi, cette charge vaut, terme moyen, quatre-vingt mille francs; par une loi de février 1791, la nation rembourse ces charges, donc le voilà bien possesseur de 80,000 francs. Voyons maintenant ce qu'il achètera.

1° Le 24 mars 1791, il achète la ferme appelée Nuisement, dans le canton de Chavanges, à 7 lieues d'Arcis, ci. 48,200 liv.

2° Le 11 avril 1791, une pièce de pré contenant un arpent, quatre denrées, situé au Villieu, ci . . 1,575 »

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