CHAPITRE II
statue est mal faite, il peut la briser. A moi les sections ! je vous invoque au nom de la loi ! reprenez vos droits. Vous avez nommé Lafayelte et ses adhérents ; vous avez installé votre directoire pour épier les sourdes menées de la municipalité, et vous avez choisi les membres de cette dernière pour veiller aux droits des citoyens, qu'altendez-vous pour lui demander compte de leur conduite? Ils vous trompent depuis le commencement de la révolution, ils vous chargent de fers, et vous le supportez ! Allez, vils esclaves ! tous vos arrêtés particuliers, ensevelis dans la poussière de vos bureaux, n'ont aucune valeur, puisque la convocation générale des citoyens n'a jamais eu lieu, et que vous êtes encore à manifester votre indignation secrète sur toutes les vexations arbitraires que vous avez éprouvées de Lafayette, du directoire du département el de Bailly qui conduit la municipalité, comme le roi , la reine et les ministres le mènent, par le nez.
Après cette sortie vigoureuse, Fréron fait l'annonce suivante :
La municipalité, sur la dénonciation du patriote Danton, a été hier, mandée à la barre du département, pour lui rendre compte de sa conduite illégale, et de sa forfaiture.
(Fréron, V Orateur du peuple, n' 57, 5* vol.)
Trois numéros après celui qu'on vient de lire, le même journal ajoutait :
La municipalité, mandée avant-hier au soir au département, pour y rendre compte de sa conduite, a reçu l'injonction positive de ne point faire poursuivre, par l'accusateur public, IcclubdcsCordeliers, ni l'Orateur du peuple, attendu qu'il n'y avait pas lieu à accusation.
Il y a quelques mois la municipalité faisait lancer des décrets de prise de corps contre Danton, et ces décrets restaient sans effet. Aujourd'hui l'administrateur du département somme la municipalité d'avoir à se rendre à ses injonctions, et Bailly est forcé d'obéir. De quel côté passe le pouvoir révolutionnaire? du côté de Danton. Qui en est le véritable représentant? Danton lui-même.
Jusqu'ici nous n'avons eu encore des discours de Danton, tant exalté déjà comme orateur, que des résumés de districts ou de gazettes. Désormais nous allons pouvoir l'apprécier par nous-mêmes, car un nouveau journal vient de paraître, le Journal des Débats des amis de la Constitution, qui va nous donner les discours à peu près tels qu'ils ont été prononcés ; nous allons juger le politique.
DANTON (i79l).
Il était question de la nouvelle législature, mille propositions insidieuses étaient propagées dans le public à l'effet de la tromper. Cette fois il était question de former deux chambres comme en Angleterre , et cette idée était patronée par l'homme réputé le plus fort en politique.
Dans la séance du 19 juin 1791, la société des amis de la constitution avait entendu M. Salle dénoncer à la tribune un écrit fait par Syeiès dans lequel on proposait l'acceptation de deux chambres dans la législature ; le prêtre qui depuis longtemps avait abandonné la société, y était venu dans l'espoir de faire signer sa pétition par les sociétaires. Une longue discussion s'entama à ce sujet ; la suite fut remise au lendemain.
Le 20 Danton prit la parole :
Je ne parle pas sur le fond de la discussion ; mais je vous observe que chez un peuple qui devient vraiment grand, il ne doit plus être question d'égards pour de prétendus grands hommes.
On a dénoncé un écrit que Syeiès mettait en avant, et qu'il mettait en avant d'une manière si insidieuse qu'il semblait même avoir la conscience du peu d'assentiment qu'aurait cette démarche.
M. l'abbé Syeiès ne devait pas douter que cet objet venant à notre connaissance serait discuté dans cette société; il eut peut-être été de son devoir de consulter l'opinion de l'assemblée sur sa démarche avant de la risquer; mais nous sommes accoutumés à ne pas voir M. Sieyès. Je demande donc qu'on suive la discussion qui est à l'ordre du jour, et je vous prierai, M. le président, de vouloir bien m'inscrire pour la parole à mon rang.
Plusieurs autres membres , entr'autres Buzat et Barrère sont entendus, enfin Danton reprend la parole :
Depuis longtemps ma vie appartient aux poignards des ennemis de la liberté sous quelque masque qu'ils se présentent ; je ne les redoute pas davantage que je n'ai craint les armes du Châtelet.
Le prêtre Sieyes qui a défendu la dîme, le prêtre Sieyes qui ne voulait pas que les biens du clergé fussent déclarés nationaux, le prêtre Sieyes qui a fait un projet de loi pour modérer la liberté de la presse, n'est pas le seul auteur de la déclaration qu'on vous a fait connaître. 11 y a un an qu'un homme sur lequel je m'expliquerai aussi hardiment, M. de Lafayette établit des conférences avec ceux qu'il regardait comme les plus exaltés du parti populaire. Je fus admis à ces conseils, et là M. de Lafayette déploya la même opinion qui est répandue dans cet écrit. 11 me faisait observer alors que moi qui avais déployé toute mon ardeur pour la cause de la liberté, j'étais banni des places par une espèce d'ostracisme des sections, tandis que M. Bailly avait été réélu,