‹ DantonChapitre 25 sur 208 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

11 pensait encore qu'il laisserait bientôt les Amis de la Constitution. Je lui répondis que le peuple, d'un seul mouvement balayerait ses ennemis quand il le voudrait.

Dans une de ces conférences où l'on croyait attiédir les patriotes, on médisait : ne serait-il point possible que vers la fin de la constitution, sans rappeler le système de M. Mounier, on représentât quelque chose d'équivalent, on a bien cherché cet équivalent, on l'a bien fait mûrir, on a décrié les sociétés amies de la constitution, et on a reproduit enfin cet équivalent sous les auspices d'une réputation factice et à l'aide de quelques hommes qui ont eu l'infamie expresse de se servir de fausses signatures.

Et c'est ce même homme tant prôné qui, déserteur de cette société, est l'auteur de ce projet dans un temps de régénération où tout homme qui cherche à morceler un établissement utile à la liberté est un traître. Ils espèrent rester nobles en dépit de l'horreur que la noblesse inspire à toute la France. Ils veulent les deux chambres

Mais non. 11 y aura toujours unité de lieu, de temps et d'action et la pièce restera. Mais quoique votre ennemi soit plus qu'à demi battu puisque sa trame est découverte, ne vous endormez pas dans une fausse sécurité. Songez que vous avez à faire au prêtre Syeiès.

(Journal des débals des amis de la Constitution, séante aux Jacobins de Paris, n* 13.)

Cette première citation suffirait pour nous donner une idée exacte de l'éloquence qu'on pourrait appeler dantonnienne. Pas de phraséologie, pas d'ergotisme, pas de subtilités; le bon sens pour fonds et la simplicité pour forme. Une proposition est faite au peuple. Par qui? Par un prêtre qui a essayé déjà de le tromper dans telles et telles circonstances. Par qui encore? Par un général d'armée qui a voulu me gagner moi-même à sa cause. Donc vous devez, donc je dois me tenir sur mes gardes. Et maintenant si je considère la question en elle-même; que produiront nécessairement deux chambres? la division dans l'État. Or, comme il est d'axiome politique que pour être fort l'État doit être un, tout ce qui rompt cette unité tend à l'affaiblir; donc vos deux chambres sont un piège tendu à la révolution ; mais la trahison est découverte, le grand drame révolutionnaire le continuera : « Il y aura toujours unité de lieu, de temps et d'action et la pièce restera. »

Qu'a-t-on dit de plus en de très gros volumes? qu'est-ce que l'expérience a démontré depuis ? Voilà Danton à la tribune des Jacobins le 20 juin 91, voilà ce qu'il sera plus tard à la Convention. Cette éloquence lui appartient, lui seul en a eu le secret.

Dantok. i

Peut-être est-ce la véritable éloquence révolutionnaire. On ne peut nier du moins qu'elle ait sa valeur. Nous aurons lieu d'y revenir.

Le 18 avril, à propos du départ du roi pour Saint-Cloud, Lafayette avait prétendu que la cour ne demandait pas mieux qu'on l'empêchât de sortir de Paris afin de faire croire qu'elle y était retenue prisonnière. Danton, assurait le général, était de connivence avec elle, mais deux mois après le monarque se chargea lui-même de démentir l'assertion du général. En effet, le 21 juin il s'était réellement enfui, à une heure de la nuit, avec la reine, ses deux enfants et sa sœur. Lafayette chargé de surveiller la famille, était accusé, à tort ou à raison, d'avoir favorisé l'évasion. Camille nous apprend ce qui se passa en cette circonstance aux Jacobins.

Après Robespierre Danton monte à la tribune. A la nouvelle annoncée par le président que le maire, le commandant général et les ministres allaient arriver, il avait dit : « M. le président, si les traîtres se présentent, je demande à parler. Je consens qu'on dresse deux échafauds ; je consens de périr sur l'un, si je ne lui prouve en face que leur tête doit rouler aux pieds de la nation, contre laquelle elle n'a cessé de conspirer. » L'arrivée de Lafayette lui donnait la parole, il se tourne vers lui : « Je vais parler, dit-il, comme si j'étais devant le tribunal de Dieu même, et je me félicite de mourir ici, M. Lafayette, pour lui dire devant vous ce que je lui dirais en présence de celui qui lit dans les cœurs. J'ai eu des conférences secrètes avec M. Lafayette, et l'écrit signé Syeiès et Lafayette qui vient de paraître ces jours derniers , cette torche de discorde qui semble ne pas avoir été jetée par hasard , dans ces circonstances, au milieu des 83 départements, m'oblige de rappeler ces conférences. Que M. Lafayette nie que dans une de ces conférences, après avoir cherché à attiédir mon patriotisme, en m'observant que moi, qui avais montré tant d'ardeur pour la liberté, je n'avais eu que 45 voix, et que j'avais été ensuite banni de la commune par 43 sections, tandis que M. Bailh réunissait 12,000 suffrages. Que M. Lafayette nie qu'après m'avoir préparé par cette réflexion à entrer dans ses vues, il ne me les ait laissé entrevoir clairement en ajoutant : Sans reproduire le système deMounier, dont le nom est trop décrié pour employer le même terme de deux chambres, ne serait-il pas possible d'amener quelque chose d'équivalent? Vous voyez, messieurs, que cela s'accorde merveilleusement avec le système que vient de produire le prêtre Syeiès, avec la transaction en projet et les mezzo-termine que vient de vous dénoncer M. Robespierre.

« Que M. Lafayette m'explique pourquoi le 28 février il faisait traîner enchaînés soixante citoyens , uniquement coupables d'avoir regardé Vincennes comme une seconde Bastille, d'avoir détaché quelques moellons de

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