CHAPITRE II
même cas, il est clair que la revue secrète qui fut faite chez Roland avant de livrer les pièces à l'inspection des commissaires, fut utile à plusieurs hommes du moment.
(Mémoires de Lafayette, t. II, p. 434.)
Il n'y a ici qu'un mot à répondre, lisez les Mémoires de madame Roland, et vous vous convaincrez qu'elle et son parti étaient ennemie de Danton, et que, s'ils eussent trouvé de telles pièces, les Girondins détenteurs de l'armoire, ne les auraient pas anihilées ou laissé égarer, et qu'au 31 mai, de telles quittances eussent commandé le silence à Danton, et que, Danton se taisant, je me trompe, Danton prenant parti pour le fédéralisme, car il ne lui était pas permis de se taire, la Gironde était sauvée.
Que conclure de tout cela? Qu'aucune des accusations de Lafayette ne peut se soutenir, que le bon sens le plus simple suffit pour les réfuter, et que le secret de tant d'animosité ne doit pas être cherché ailleurs que dans la dénonciation faite par Danton aux Jacobins en juin 1791. Plus loin, aidé du mémoire des fils, nous achèverons de couler à fond cette insoutenable imputation.
Le lendemain, quelques amisde Lafayette espéraient peut-être que Danton reculerait ou modifierait ce qu'il avait dit la veille, la dénonciation, fut rappelée au club des Jacobins.
Un député de Brest demande que Lafayette donne une explication fraternelle, franche et loyale des interpellations qu'on lui a faites à la tribune des Jacobins.
M... — Je demande que M. Danton soit tenu de mettre par écrit ses questions.
M. Danton. — Je répondrai à la personne qui semble interpréter les sentiments de Lafayette, que je suis tout prêt à répéter verbalement dans cette société toutes les interpellations, et même à les mettre par écrit, afin qu'elles restent et serv ent de monument à la postérité.
M. Dubois de Crancé. — Il serait, je crois, à propos que M Danton se retirât avec six commissaires pour rédiger la lettre à écrire à M. Lafayette.
M. Danton. — Je suis loin de retirer la proposition que j'ai faite à l'instant, mais je ne puis pas souscrire à ce que propose M. le président. J'ai fait toutes les avances vis-à-vis de M. de Lafayette, je l'ai sommé avec franchise et loyauté de s'expliquer ici, il n'a semblé ne répondre à tout ce que je lui ai dit que par ces mots : J'ai sauvé, la patrie, montons au capitole. Je répète donc que si M. Lafayette veut s'expliquer ici, je suis prêt à recom-
DANTON (l79l).
mencer ici mon interpellation verbale, et que, s'il le demande lui-même, je suis prêt à la mettre par écrit.
(Journal des débats des amis de la Constitution, n* 14.)
Nous lisons au n° 122 du même journal, séance du 2 janvier 1792 a que M. Lafayette n'ayant pas fait de réponse précise, Desmoulins offre à la société mille exemplaires de son numéro de ce temps-là, qui lui restent encore, pour les distribuer dans le département de la Moselle. Cette offre est accueillie avec applaudissements et on en arrête la mention au procès- verbal. »
Nous n'avons pas à nous occuper ici du plus ou moins de complicité de Lafayette avec la cour, nous ne faisons pas un livre d'histoire générale, et nous nous sommes engagé à ne pas répondre par des récriminations.
Lafayette dans son même ouvrage, paru longtemps après la révolution, revient encore, mais dans les mêmes termes à peu près, sur cette fameuse interpellation du Cordelier :
Dans l'intervalle de 89 au 50 juin 91, il y eut, à des distances éloignées, quelques propositions de rapprochement entre Lafayette et les Jacobins... Lafayette profite une autre fois de l'influence que Montmorin venait d'acquérir sur Danton pour engager celui-ci à ramener les chefs jacobins, avec qui il était intimement lié, à des idées d'union et d'ordre public. {Mémoires de Lafayette, t. IV, page 16.)
Jusqu'ici les faits ont assez démontré que l'influence du ministre sur le président des Cordeliers, ne fut guère puissante, et que l'intermédiaire du général ne lui a pas été d'une grande utilité. Mais on peut remarquer, en parcourant les Mémoires, que Lafayette se fait singulièrement illusion sur son importance : Si ses vues politiques n'ont jamais dépassé la tête de son cheval de parade, sa vanité reculait singulièrement cet étroit horizon.
Au reste le commandant de la milice parisienne n'est pas le seul qui ait avancé cette accusation de vénalité, mais c'est lui qui en a parlé avec le plus de détails et de preuves. Nous lisons, par exemple dans les Mémoires d'un ministre du temps :
Danton avait reçu plus de cent mille écus pour proposer ou appuyer différentes motions au club des Jacobins.
{Mémoires particuliers de Bertrand de Molleville, 1. 1, page 347.)