‹ DantonChapitre 30 sur 208 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Probablement des motions en faveur de la cour; nous défions qu'on en cite une dans n'importe quel journal.

D'autres encore l'ont répété ; nous ne nions pas que le bruit en ait couru. Mais l'histoire vraie s'arrête-t-elle à des bruits? Pour notre compte nous faisons si peu de cas des individus quels qu'ils soient, loin de les exalter nous aurions tant à cœur de prouver au contraire qu'ils sont menés, entraînés par les partis dont on les croit les chefs, que nous croirions notre foi politique peu atteinte par le plus ou moins de loyauté de tel ou tel porte-drapeau.

Bertrand de Mollevillc affirme, raconte Levasseur, avoir fait remettre de l'argent à Danton ; cependant la seule preuve qu'il ait de la séduction de cet orateur, est l'affirmation d'un agent d'intrigue, qu'il avoue lui-même ne

mériter aucune confiance Pour en finir je dois rappeler que le bruit de .

corruption dont se vante Bertrand de Molleville est parvenu jusqu'à la Convention ; La Montagne, Danton à sa tête, a demandé l'examen des pièces; cet examen a eu lieu , et les accusés ont été reconnus innocents. Certes, il fallait que cette démonstration fut bien évidente pour que les Girondins consentissent à cesser d'attaquer Danton.

(Levasseur, Mémoires, t. IH.ehap VII.)

Aussitôt après l'interpellation du 21 juin, les créatures du général mirent en réquisition tous les moyens propres à se défaire d'un homme aussi dangereux que Danton.

Quelques membres du département (dont Danton, comme on sait, faisait partie) ont eu la stupidité d'aller le dénoncer au comité des recherches de l'Assemblée nationale, comme étant à la tête d'une faction formidable, et comme ayant tenté de s'emparer des hauteurs de Montmartre; c'est de M. Dufournez de Villiers, excellent patriote, que je tiens ce fait, que lui-même il tenait d'un membre du département ; je le défie, à cet égard, de me démentir. La grande preuve, disait Danton, que je n'ai point enrôlé pour Montmartre, c'est que je n'ai point fait recrue parmi les ânes du département. Citoyens on cherche à vous faire prendre le change, sur vos meilleurs, sur vos plus zélés défenseurs !

(Fréron, Y Orateur dupeuple, n* 55 du vol. 6*.)

Il est permis de croire que Lafayelte garda rancune à Danton; c'est ce qui rend encore l'anecdote suivante sinon vraie du moins vraisemblable.

Un ami de Marat adresse à Y Ami du peuple une lettre pour le

DANTON (I79l).

mettre en garde contre ceux qui cherchaient à découvrir sa retraite, afin de le livrer à la police.

Voici le piège qu'ils vont vous tendre... Vous savez que le général voulant se venger des apostrophes attéranles que Danton lui adressa en pleine assemblée des Jacobins le jour de la fuite de la famille royale, a engagé son libclliste Gorsas à publier que Marat avait bien existé au commencement de la révolution, mais qu'il avait disparu lors de la grande expédition faite contre I ui le ftS janvier 1790 , que ce nom-là ne désignait plus qu'un être imaginaire, et qu'il n'était pas douteux que Danton était l'auteur des feuilles de l'Ami du peuple.

(Marat, l'Ami du peuple, n* 514.)

Quos vull perdere Jupiter demeutat.

Le pauvre Lafayette on perdait la tétc.

Cependant Danton ne s'en tint pas à une question d'individu; que lui importait Lafayette? Il résolut de profiter de la circonstance pour porter à la royauté le coup qui devait l'achever un an plus tard. Pendant que les patriotes, qu'on appellera bientôt les Girondins, tenaient encore secret leur vœu le plus cher, le district des Cordeliers résumait en ces termes ce qu'il y avait à faire :

Nous voilà donc au même état où nous étions lors de la prise de la Bastille : libres et sans roi. Reste à voir s'il est avantageux d'en nommer un autre.

La société des amis des droits de l'homme pense qu'une nation doit tout faire, ou par elle, ou par les officiers amovibles et de son choix ; elle pense qu'aucun individu dans l'État ne doit raisonnablement posséder assez de richesses, assez de prérogatives pour pouvoir corrompre les agents de l'administration politique : elle pense qu'il ne doit exister aucun emploi dans l'État qui ne soit accessible à tous les membres de l'État ; elle pense enfin que plus un emploi est important, plus sa durée doit être courte et passagère. Pénétrée delà vérité, de la grandeur de ces principes, elle ne peut donc plus se dissimuler que la royauté, que la royauté héréditaire surtout est incompatible avec la liberté. Telle est son opinion, elle en est comptable à tous les Français.

(Fréron, VOrateur dupeuple, n* 47, vol. 6V)

Ce serait un travail intéressant que de montrer en quoi les Cordeliers différaient des Jacobins quant aux principes politiques, en quoi Danton différait de Robespierre. Le peu d'arrêtés que nous transcrivons ici en donnent une idée. La société des droits de l'homme nous semble bien plus avancée que celle des amis de la Constitution; tandis que celle-ci ne se préoccupe

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