CHAPITRE il
guère que des individus, la première ne met jamais en avant que les principes, et quels principes! « Aucun individu dans l'État ne doit raisonnablement posséder assez de richesses pour pouvoir corrompre. » Il n'y a pas seulement dans ces paroles une révolution politique, une substitution de gouvernants, mais une révolution sociale. C'est une étude que nous serons bien obligé de faire un jour, si de plus habiles ne nous préviennent.
Ce n'était pas seulement au milieu des siens que Danton faisait adopter ces considérants, mais encore aux Jacobins.
On vient d'apprendre que le roi a été arrêté dans sa fuite. Plusieurs questions s'agitent à ce propos; quelques-uns prétendent que par le fait Louis XVI a abdiqué la royauté. Un membre de la société prétend le contraire.
M. Danton. — L'individu déclaré roi des Français après avoir juré de maintenir la constitution s'est enfui, et j'entends dire qu'il n'est pas déchu de sa couronne. Mais cet individu, déclaré roi des Français, a signé un écrit par lequel il déclare qu'il va chercher les moyens de détruire la constitution. L'Assemblée nationale doit déployer toute la force publique pour pourvoir à sa sûreté. Il faut ensuite qu'elle présente son écrit ; s'il l'avoue, certes, il est criminel à moins qu'on ne le répute imbécile. Ce serait un spectacle horrible à présenter à l'univers, si ayant la faculté de trouver ou un roi criminel, ou un roi imbécile, nous ne choisissions pas ce dernier parti.
L'individu royal ne peut plus être roi ! dès qu'il est imbécile, et ce n'est pas un régent qu'il faut, c'est un conseil à l'interdiction, ce conseil ne peut être pris dans le corps législatif. 11 faut que les départements s'assemblent, que chacun d'eux nomme un électeur qui nomme ensuite les dix. ou douze membres qui devront composer ce conseil et qui seront changés comme les membres de la législature, tous les deux ans.
(Journal des débats delà société des amis delà Constitution, n* 15.)
Rappelons-nous bien cette citation; un jour viendra que Danton sera traduit au tribunal révolutionnaire, et le rapporteur dira en s'adressant à Danton (par forme oratoire, sentend) : « Mirabeau te saisit, tu t'écartas dès lors des principes sévères, et Von n'entendit plus parler de toi jusqu'au massacre du Champ-de-Mars. » Or, le lecteur sait que nous ne sommes encore qu'à la veille de cette affreuse affaire. Entendait-on parler de Danton?
La question de royauté ou de république une fois soulevée, ne
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devait plus tomber. Un autre jour à la même tribune, Danton la traitait en ces termes :
Je réfuterai d une manière succincte le discours de M. Antoine. Il a dit que le préopinant s'était trompé en avançant que la Constitution n'avait pas pourvu à la garde de la royauté et qu elle avait décrété la régence. Mais M. Antoine n'a pas songé que le roi n'était pas jugé, or, dans la circonstance ce n'est pas un régent, c'est un séquestre à la royauté vacante qu'il nous faut. Il a dit encore que l'on semblait trop se méfier de l'Assemblée nationale; mais ne doit-on pas avoir quelque crainte? 11 est scandaleux, selon moi, que le roi n'ait pas été interrogé en public ; il l'est encore que l'on nomme des commissaires qui vont attendre dans l'antichambre de la royauté, qui ne sont pas reçus parce qu'on est au bain. Le discours du préopinant est d'un homme véritablement libre; il est à désirer qu'il communique son énergie aux quatre-vingt-trois départements. Il peut y avoir quelques erreurs de détail, mais la masse en est tellement bonne que vous ne pouvez que vous honorer en en ordonnant l'impression.
(Journal des débats de la société des amis delà Constitution, n* 30.)
Dans une autre séance, Danton s'étend encore sur le même sujet, mais le journal ne donne malheureusement que l'analyse de son discours; l'orateur faisait sentir l'extravagance du système de l'inviolabilité absolue. {Journal des débats de la société des amis de la Constitution, n° 26.)
En conscience, ne sommes-nous pas en droit d'avancer que Danton sème toujours, un an à l'avance, les germes qui ne tarderont pas d'éclore dans ce terrain si profondément labouré de la politique révolutionnaire? Mais il s'exprime en termes si simples, avec si peu d'apprêts oratoires, qu'à peine le lecteur superficiel s'en aperçoit-il. Il n'est élevé, il n'est saisissant que par la hauteur des principes qu'il expose ; son énergie ne vient que de l'ardeur de sa foi, il entraîne tout son auditoire parce qu'il est lui-même emporté par la force de sa conviction, et disons-le, parce qu'il parle la langue de tout le monde. C'est le caractère de son éloquence.
La citation qui suit n'acquiert de l'importance que par le reproche qu'on fit plus tard à Danton, de s'absenter de l'Assemblée nationale pour passer le temps dans les débauches et la paresse. Jusqu'ici on ne peut dire qu'il ne s'occupe pas de la chose publique, nous reviendrons plus tard sur ce reproche.
Voyons du moins comme il entendait, en principe, les devoirs