CHAPITRE II
du représentant. Voici ce qu'en juin 91 on lisait dans un journal.
M. Danton a dénoncé dans la tribune des Jacobins M. Gouy-d'Arci, comme déserteur de l'Assemblée nationale, et qui cependant venait dans la société ; je demande, a-t-il dit , qu'il se justifie de cette forfaiture, et qu'il dise par quel contraste il ose venir ici, après avoir quitté son poste de représentant delà nation. M. Gouy est monté à la tribune avec un air persiffleur ; il a balbutié longuement pour justifier l'improbation que lui et ses collègues, les députés des colonies, avaient pensé devoir donner au décret sur les gens de couleurs. Ces mots, nos esclaves , ma conscience, nos propriétés étaient son refrain répété à satiété.
La société, après les plus vifs débats, a arrêté unanimement que l'entrée à ses séances demeurerait interdite à M. Gouy et aux autres députés des colonies qui en étaient membres, jusqu'à ce que, par un retour sur eux-mêmes, ils eussent repris leurs fonctions de représentants du peuple à l'Assemblée nationale.
(Fréron, Y Orateur du peuple, n* 3", 6* vol.)
A partir de l'arrêté des Cordeliers, la question gouvernementale, avons-nous dit, était nettement posée : Royauté ou république. A dater de ce moment aussi Paris se partage en deux camps : la réaction et la révolution, l'absolutisme et la liberté. De juillet 91 au 10 août 92 on assiste aux luttes des deux partis; c'est à qui exterminera l'autre. La cour la première donna l'exemple de la violence, la première elle enseigna aux peuples que sa dernière raison, c'était la force brutale; que le droit sans la force, c'est un fourreau sans épée.
Nommer juillet 91, c'est rappeler le massacre du Champ-de- Mars. On sait les faits : un attroupement se forme, il demande qu'on en finisse avec la monarchie. La loi martiale est proclamée: Bailly arrive avec la force armée, Lafayette est là pour commander le feu; le rassemblement résiste aux sommations, il est dispersé à coups de fusil.
Voyons la part que Danton a prise au mouvement. Le 15 juillet, M. La Clos venait de demander aux Jacobins qu'on fit une pétition signée par tous les citoyens sans distinction, pour décider sur le sort de la royauté.
M. Biauzal fit remarquer que la motion du préopinant tombait d'elle-même puisqu'à l'Assemblée nationale, Robespierre avait fait remarquer que puisqu'il existait un décret national qui déclarait le roi inviolable, Louis XYI ne pouvait pas être mis en cause.
Danton. — Et moi aussi j'aime la paix; mais non la paix de l'esclavage. Je suis bien éloigné d'inculper les intentions du préopinant , mais il doit penser, ce me semble, qu'il est impossible d'allier l'amour de la paix avec la faculté d'émettre son opinion. Qu'est-ce que le droit de pétition, sinon le droit d'exprimer sa pensée. Que devons-nous aux décrets, l'obéissance et le respect, mais rien ne peut ôter le droit de montrer dans des pétitions les sentiments qu'on a pour tel ou tel décret.
Je passe au fait que nous assure M. Biauzat, que l'Assemblée nationale a déclaré le roi inviolable. Mais elle l'a fait en des termes obscurs et entortillés qui décèlent toujours la turpitude de ceux qui s'en serv ent. Or, si l'intention est manifeste et la lettre obscure, n'est-ce pas le cas de refaire une pétition. Car je déclare que si l'intention est manifeste pour nous qui avons vu les manœuvres, elle ne l'est pas également pour les citoyens des départements qui n'ont pas vu les jeux des ressorts. Si nous avons de l'énergie, montronslà. Les aristocrates de l'Assemblée nationale ont déclaré positivement, qu'ils ne voulaient pas de la Constitution, puisqu'ils ont protesté contre elle. L'Assemblée nationale, il est vrai, a conspué cet acte ridicule, mais elle n'a pas sévi contre ses auteurs, elle ne lésa pas trouvés coupables pour avoir exprimé leur pensée, elle ne les a pas expulsés de son sein. Pourquoi serait-on tenté de nous trouver coupables pour oser exprimer notre sentiment d'une manière franche et énergique.
Que ceux qui ne se sentent pas le courage de lever le front de l'homme libre, se dispensent de signer notre pétition. N'avons-nous pas besoin d'un scrutin épuratoire? Et bien, le voilà tout trouvé.
(On applaudit.)
(Journal des débats de la société des amis de la Constitution , n" 27 . )
Danton mettait habilement le droit du côté des pétitionnaires, la démonstration était péremptoire : des députés ont demandé qu'on brisât les tables de la Constitution, et pour ce méfait leurs collègues ne les ont pas chassés de leur sein, ils respectaient le droit qu'a chacun d'exprimer son opinion; le peuple aujourd'hui veut user du droit d'improuver les actes du gouvernement, pourquoi l'en empêcherait-on?
On sait le résultat de la protestation :
Legendre, Danton, Sergent, Camille Desmoulins et une foule d'autres, attendent dans la retraite leur tour d'être traduits au tribunal. {Révolutions de Paris, n* 107.)
Dans ce premier engagement c'est la cour qui l'emporte ; c'est à coups de fusil que Lafayette répond aux interpellations qui lui avaient été adressées aux Jacobins. Des écrivains ont affirmé qu'on avait beaucoup exagéré le nombre des morts; nous