CHAPITRE II
laisser violer l'asile qu'il avait choisi parmi eux. C'est Brissot, grand admirateur de Danton en 1791, qui va nous l'apprendre.
Observations sur les lettres qu'on va lire.
Nous imprimons ces lettres pour montrer de quel œil on voit au dehors la persécution suscitée à Paris contre les patriotes. Nous aimons à croire que lorsque les amis de la Constitution d'Arcis-sur-Aube promettent de périr plutôt que de laisser violer l'asile de M. Danton, ils entendent parler d'une persécution qui serait injuste, et surtout illégale. Car ce n'est pas là le langage que doivent tenir de vrais amis de l'ordre, lorsqu'il s'agit de mettre à exécution des décrets rendus par les tribunaux. 11 n'est pas de Jacobins, je le crois, qui ne se soumet à la loi, et qui n'obéit à ses officiers.
Brissot.
A l'auteur du Patriote français.
Monsieur , les amis de la Constitution d'Arcis-sur-Aube vous envoyent deux lettres, l'une des amis de la Constitution de Bar-sur-Aube, à M. Danton, administrateur du département de Paris, l'autre des amis de la Constitution de Bar-sur-Aube, lesquelles vous voudrez bien insérer dans votre prochain numéro.
A M. Danton, administrateur du département de Paris. Monsieur,
Dans un temps où l'on persécute nos patriotes, nous pensions bien que vous seriez une des victimes; on nous avait même alarmés par des bruits funestes. Mais des nouvelles plus certaines ont rassuré les bons citoyens sur votre sort. Nous apprenons avec une joie sincère que l'illustre patriote Danton a échappé aux ressentiments des véritables factieux ; qu'il est à Arcis au milieu de ses amis, et sous leur sauvegarde. Si nous pouvions avoir des doutes sur le patriotisme des Arcisiens, nous l'inviterions à venir chercher un asile au milieu des Bar-sur-Aubois ; mais nous sommes persuadés qu'à l'exemple de Marseille, toutes les villes patriotes se disputeront l'honneur de le posséder et de le défendre.
Signé : La Perrière, président de la société.
A MM. les amis de la Constitution de Bar-sur-Aube.
Frères et amis, vous croyez le patriote Danton en sûreté au milieu de nous ; nous nous félicitons de ce que vous pensez ainsi : nous vous comptons au nombre des véritables amis de la patrie et des nôtres.
Nous vous prions aussi d'apprendre, à qui voudra l'entendre, que nous
DANTON (l79l)
sommes intimement convaincus qu'il faudrait écraser le ban et l'arrière ban d'Àrcis pour violer son asile.
Les amis de la Constitution d'Arcis sur-Aube , constamment unis aux Jacobins.
Signé : Sentex, président.
Royer, fils, secrétaire.
(Le Patriote français, par Brissot, n* 733.»
11 n'y avait pas que les Arcisiens qui pensassent ainsi ; les députés de la fédération du 14 juillet avaient étendu jusqu'à Marseille la renommée de l'énergique tribun des Cordeliers.
On lit aux Jacobins une adresse au peuple français envoyée par le club patriotique de Marseille, en voici un extrait : « Voûte sacrée des Jacobins, pourrez-vous retentir de plus de vérités que Robespierre et Danton ne vous en ont fait entendre. Prolongez-en les sons dans tous les clubs de l'empire. Nos voûtes retentiront comme les vôtres et répéteront leurs noms Répondez-nous de la vie, des jours de Robespierre et de Danton, que vos corps leur servent de remparts... Les Marseillais, à la moindrelueur du danger, voleront auprès de vous, pour vous servir de leurs bras; et, suivis des excellents patriotes des départements, ils iront dans la capitale arracher le masque aux hypocrites, et placer la vérité sur le fauteuil national entre Robespierre et Danton. »
(Journal des débals de la société des amis de fa Constitution, n* 32.)
C'est ici peut-être le lieu de parler d'une brochure qui parut à Arcis au moment où Danton s'y était réfugié; elle était écrite par un compatriote, un homme fort connu depuis. Elle répond à presque toutes les accusations précédentes.
Au numéro 46 de son 7 e volume du journal YOrateur du peuple, on lisait l'article qui suit :
Il faudrait un Danton pour démasquer et faire trembler les traîtres. Ce véritable ami du peuple qui, sans afficher la prétention de faire le bien, l'a constamment exercé au milieu des piqûres continuelles de ces insectes venimeux, dont la diffamatiou est dans toutes les bouches, comme elle est dans tous les cœurs. Où l'équité pèse, doute, examine, ces gens affirment et condamnent. Vils dénigreurs à gages ! C'est son silence qui vous irrite, autant que l'impossibilité où vous êtes, de fonder votre méchanceté. Mettez à l'enchère votre fiel et vos fureurs, continuez à lancer vos diatribes virulentes , trempez tant qu'il vous plaira dans l'eau du Phlégéton , le stylet dont vous le frappez; votre moral une fois connu , votre haine vaut mieux pour lui que votre amitié. Peut-on se croire outragé de ceux que l'on a flétris de l'éoormité du mépris? Peut-on se croire outragé quand l'abus eflréné de la calomnie est devenu, pour ainsi dire, le suicide de la calomnie? Il peut dire avec Rous-