CHAPITRE PREMIER
leine) épousa en secondes noces, en 1770, Jean Récordain; elle mourut à Arcis au mois d'octobre 1813.
Georges-Jacques Danton, le conventionnel, se maria deux fois. En juin 1787, il épousa Antoinette-Gabrielle Charpentier, qui mourut le 10 février 1793. Vers le mois de juin de cette même année, il épousa eu secondes noces mademoiselle Sophie Gély. Celle-ci, après la mort de Danton, se remaria avec M. Dupin, conseiller à la cour des comptes; elle vivait encore en 1844 ; elle n'osait avouer, dit-on, son premier mariage. Tant pis pour elle.
Danton ne laissa que deux fils issus de sa première femme; l'aîné naquit le 18 juin 1790; l'autre, le 2 février 1792. Nous lisons dans la correspondance de Camille Desmoulins (tome II): « J'ai nommé mon fils Horace-Camille Desmoulins. Il est allé aussitôt en nourrice à l'Ile-Adam (Seine et Oise) avec le petit Danton. » Sa seconde femme était enceinte au moment de sa mort.
Après la catastrophe du 5 avril 1794, les pauvres orphelins déshérités de la fortune de leur père, furent recueillis par M. François-Jérôme Charpentier leur grand-père maternel et leur tuteur. Celui-ci mourut en 1804, son fils François-Victor Charpentier n'abandonna pas les deux enfants. Mais il mourut aussi en 1810, ce fut alors la bonne grand'mère, madame Récordain, qui prit avec elle ses petits-fils et les aima, comme autrefois elle avait aimé son Georges.
Les deux fils de Danton avaient été ramenés à Arcis en 1805 par leur tuteur Victor Charpentier. Ils ne devaient plus quitter cette ville. Ils s'y sont fait estimer comme industriels; en 1832, ils étaient à la tête d'une filature de coton qu'ils avaient fondée. L'un d'eux est mort il a douze ans, l'autre en 1858.
Si nous avions à nous occuper d'une de ces nullités hors ligne qui n'ont jamais eu d'esprit que celui que leur ont prêté ou vendu les Proyarts de l'histoire, nous pourrions, comme tant d'autres, deviser fort agréablement sur l'enfance du fameux Danton. La notice de M. Béon aidant, nous montrerions le poupard en jaquette, barbotant dans l'Aube; nous raconterions la fluxion de poitrine qu'il y gagna à 12 ans. Puis on verrait le mutin dans sa pension de Troyes, suivant à regret les cours
des Oratoriens, et déjà surnommé Y antisupérieur. Nous nous garderions bien de manquer le récit de son escapade de 1775, lors du sacre de Louis XVI. Il veut savoir comment on fait les rois. En conséquence, il emprunte à ses camarades l'argent du voyage, saute par dessus les murs de la pension, fait ses 28 lieues à pied, et le voilà dans la cathédrale. Il paraît qu'à seize ans il réfléchissait déjà, car, dit la chronique, la grandeur du spectacle ne l'éblouit point du tout ; à son retour à l'école il en a même beaucoup ri. L'espiègle avait regardé dans les coulisses.
Peut-être, en cherchant bien, trouverions-nous des anas délicieusement affilés ; on devinerait le montagnard dans le collégien; et, brodant sur le texte, Plutarque arriverait fort à propos avec ses apophthegmes, et la nourrice de Danton s'écrierait, en fondant en larmes, comme autrefois Philippe : mon fils, Troyes ne peut te contenir! Mais nous n'avons pas l'art des amplifications argentifères, et nous croyons pouvoir assurer que les cinq dernières années de la vie du républicain fourniront assez de faits intéressants pour compenser largement cette lacune.
Un moraliste a dit : l'éducation civilise les vices de nature, mais ne les corrige pas. D'où il suit que, si nous voulons connaître les goûts et l'affectionnivité de Danton (pour nous servir de l'expression des phrénologistes), peu importe que nous anticipions sur le temps : ce qu'il était à trente ans, il l'avait été à quinze : le cœur ne change pas.
Or, voici ce que M. Menuel-Seurat neveu de Danton, nous écrivait à ce propos :
Ce serait, monsieur, un grand bonheur pour moi de pouvoir vous donner les renseignements que vous désirez sur mon oncle Danton ; mais je ne sais rien de bien positif sur ce grand homme que ce que j'ai conservé de mes souvenirs d'enfance. J'avais huit ans lorsqu'il me fit venir chez lui ; il me plaça dans un collège d'où il m'envoyait souvent chercher et particulièrement lorsqu'il recevait ses amis à dîner. Ce qui ne s'effacera jamais de ma mémoire, ce sont les bontés qu'il avait pour moi, sa tendresse pour sa mère et la mienne ; j'ai vu des larmes de félicité tomber de ses yeux lorsqu'il les pressait sur son cœur ! Telle était pourtant la sensibilté de cette âme que l'on dit avoir été celle d'un tigre ! Les impressions du jeune Sge sont tellement fortes, que je vois encore dans ma pensée toutes les grandes figures de