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CHAPITRE III

Cette fois nous sommes un peu plus heureux; nous avons presque tout le discours.

Danton. — Messieurs, le régiment des gardes françaises s'est couvert d'une gloire immortelle; si nous n'eussions pas mis à la tête des gardes nationales un courtisan des premiers jours de la révolution. J'ai combattu de toutes mes forces le projet perfide de la dissolution des gardes françaises, et je crois a cet égard pouvoir invoquer le suffrage de beaucoup de citoyens qui m'entendent ; malgré le désir que nous avons de les voir récompenser, nous ne devons cependant pas dans l'enthousiasme oublier les principes. Quel est le résultat de ce qu'on vous propose? c'est de donner une garde particulière à l'Assemblée nationale. Quels furent les gardes françaises? Ils gardèrent la nation entière et la gardèrent bien, et parce que le pouvoir exécutif a su gagner un décret qui lui assure des gardes, tandis qu'il ne devait avoir que des valets, parce que le pouvoir exécutif a su acheter ce décret dans la décrépitude du corps constituant, devons-nous, nous Français, hommes libres, qui devons plutôt penser au salut public qu'à aucun avantage particulier, devons-nous adopter de pareilles mesures? Je suis surpris que cette société s'égare au point de désirer une garde particulière pour l'Assemblée nationale, il viendra un temps où les baïonnettes n'éblouiront point les yeux des citoyens; car, messieurs, en parcourant 1 Angleterre, on ne voit des baïonnettes que dans les lieux qu'habite le pouvoir exécutif de ce pays. Voilà ce que peut la liberté, c'est que tout citoyen puisse commander sans armes au nom de la loi, voilà le terme de la liberté. L'Assemblée nationale ne peut pas avoir une garde particulière, il ne doit entrer dans l'Assemblée nationale aucun corps armé, excepté dans les circonstances de nécessité. Mais , messieurs, il faut nous renfermer dans la proposition de M. Hyon, il faut que les citoyens fassent une insurrection en faveur des gardes françaises, il faut qu'ils soient rappelés au centre des bataillons, leur vœu et le nôtre sera rempli, ils appartiendront à la nation entière, ce qui vaut mieux que d'appartenir à ses représentants.

(Journal des débats de la société des amis de la Constitution, n* 141.)

On a pu remarquer déjà sa présence d'esprit dans les débats personnels où les amours-propres étaient en jeu ; comme il sait ménager les susceptibilités, et tourner au profit des principes les discussions qui menaçaient de dégénérer en querelles.

Plusieurs personnes entrent avec des piques. Le président les prie de déposer ces armes dans le secrétariat conformément au règlement. Il s'agissait de soutenir cette sage mesure sans mécontenter les affiliés. L'orateur champenois va tourner la difficulté.

Danton. — Messieurs, sans doute nous savons qu'il y a beaucoup de Cahiers

de Gervilles qui calomnient la société : sans doute nous voulons observer la loi qui veut que les citoyens, en discutant soit les opinions, soit l'intérêt public, ne soient point armés, mais regardez ces drapeaux, ils sont surmontés de lances, personne n'a contesté qu'ils puissent être ici, je demande qu'en signe d'une alliance indissoluble entre la force armée constituée et la force populaire, c'est adiré entre les citoyens qui portent les baïonnettes et les citoyens qui portent les piques, il y ait une pique ajoutée a chacun de ces drapeaux.

La société adopte cette proposition au milieu des plus vifs applaudissements, et des piques sont placées de chaque côté de M. le président. (Journal des débats de la société', n' 146.)

Ce genre d'habileté est bien précieux dans ces moments d'effervescence qu'on appelle révolution.

On connaît la malheureuse affaire des soldats du régiment suisse de Chàteau-Vieux révoltés à Nancy. Plusieurs souscriptions avaient été faites en leur faveur; a propos de l'une d'elle, Danton paraît avoir eu raison contre Robespierre.

Une députation du bataillon des Feuillants est admise à la tribune, elle vient déposer sur le bureau 1445 livres, produit de la quête faite dans la section des Tuileries, dans laquelle somme la famille royale a contribué pour celle de 110 livres, pour les malheureux soldats du Chàteau-Vieux.

Le président remercie le bataillon.

Danton. — J'ai volontiers confondu mes applaudissements avec ceux que vous avez donnés à l'action patriotique de nos concitoyens, mais il importe à la justice et à l'honneur de l'Assemblée de faire quelques observations sur l'opinion de M. le président.

A la somme apportée il est joint une somme quelconque que l'on dit être la mise d'honneur de la famille royale. Certes, j'aime à voir la famille royale devenir sensible aux maux qu'ont causé les agents du pouvoir exécutif; mais est-ce par une mince aumône que le pouvoir exécutif doit expier ses fautes?

Les dons des citoyens sont les dons de la fraternité. Je dis, est-ce par une aumône que le pouvoir exécutif croit pouvoir récompenser des hommes exposés par lui aux baïonnettes du traître Bouillé.

De quel front la famille royale ose-t-elle faire une telle aumône? Comment oseriez-vous ratifier cette insolence? {Murmures généraux, quelques applaudissements.)

Quoi, messieurs, la nation entière avait proclamé l'innocence des soldats de Château-Vieux, la nation entière réclame justice ; il a fallu conquérir ce décret dans l'Assemblée et sur le pouvoir exécutif, et il a fallu le réclamer longtemps, et nous applaudirions à une aumône de 110 livres!

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