CHAPITRE M
membres de cette société, que sur le champ ils aient à se rendre à leur poste ; ainsi je prie quelqu'un de me remplacer au fauteuil. Beaucoup de voix. — « Danton, Danton. » — Ce dernier monte au fauteuil.
{Journal des débats de la société des amis de la Constitution, n' 185.)
Mais à mesure aussi que sa réputation grandissait aux Jacobins, le club dés Cordeliers qui de plus en plus s'absorbait dans celui des Amis de la Constitution, perdait de son influence. Ce fut, je le répète, un malheur pour la révolution ; les oppositions ont besoin de se faire contrepoids pour ne point devenir oppressives. L'esprit public ne se fortifie que dans la lutte ; sitôt qu'elle devient inutile, le parti dominant se fait roi ; c'en est fait de la République.
Au reste, cette prépondérance de Danton sur Robespierre à cette époque, n'était due à aucune intrigue de sa part; on peut affirmer, toujours preuves en mains, qu'il n'essaya jamais de dominer qui que ce soit, et cela moins peut-être par modestie ou par esprit d'égalité que par le sentiment intime de sa force, et surtout parce qu'il se souciait peu de sa glorification personnelle. C'est cette insouciance du soi que plus tard on a confondu ou feint de confondre avec l'insouciance de la chose publique. Nous aurons lieu de remarquer bientôt que jamais il ne prit la parole que pour des questions de principes; les personnalités lui répugnaient; aussi parut-il indolent dans un temps où l'on n'entendait guère que cela à la Convention. Mais revenons à Robespierre.
On avait donné à ce dernier dans une séance des Jacobins, des marques d'improbation.
Danton. — M. Robespierre n'a jamais exercé ici que le despotisme de la raison, ce n'est donc pas l'amour de la patrie, mais une basse jalousie, mais toutes les passions les plus nuisibles qui excitent contre lui ses adversaires avec tant de violence. Eh bien, messieurs, il nous importe à tous de confondre complètement ceux qui vous proposent des arrêts aussi attentatoires à la majesté du peuple. {Applaudissements.)
Je ne suis pas un agitateur, et j'observe depuis longtemps un bien pénible silence. Je démasquerai ceux qui se vantent tant d'avoir servi la chose publique; je contribuerai autant que je pourrai au triomphe de la liberté- Mais il sera peut-être un temps, qui n'est pas éloigné, où il faudra tonner contre ceux qui attaquent depuis trois mois une vertu consacrée par toute la Révolution, une vertu que ses ennemis d'autrefois avaient bien traitée d'en-
têtement et d'âpreté, mais que jamais. ils n'avaient calomniée comme ceux d'aujourd'hui.
(Journal des débats de la société, n* 193.)
La note qui suit extraite du Moniteur, n'est bonne à relever que parce qu'elle constate ce que nous avons avancé en tête de ce chapitre, que Danton n'a jamais abandonné ou négligé sa charge de substitut.
Le conseil général de la commune a accordé le 30 de ce mois , à M. Dcsraousseaux un congé de trois semaines... Les fonctions du ministère public restent pendant ce temps, concentrées entre MM. Manuel et Danton. (Moniteur du 13 mai 9Î.)
Et quelques jours plus tard, Manuel termine ainsi une adresse au peuple :
Il est encore faux que M. Danton, mon collègue, ait donné sa démission. Nous sommes tous les deux à notre poste.
(.Wonïf«*rdu17mai92.)
Quoi qu'il en soit, la note, tout en témoignant de l'activité du sous-substitut, n'en fait pas moins foi des bruits que l'on répandait à voix basse, et qui devaient prendre plus tard toutes les proportions d'un motif légitime d'accusation capitale. Il n'y a pas en politique d'insinuation méprisable, c'est ce que Danton n'a jamais voulu croire; c'est l'erreur qui devait lui coûter la vie.
Cependant le moment de la lutte suprême entre la Monarchie et la Révolution approchait. Il semble que l'espace qui sépare le massacre du Champ-de-Mars de l'invasion des Tuileries, juillet 91 de juin 92, n'ait été qu'un temps de préparatifs, pendant lequel les ennemis rassemblaient leurs forces respectives pour un dernier combat, un combat à mort. Quelques escarmouches, et c'est tout; plutôt des menaces d'attaque que des attaques proprement dites.
Mais c'est dans l'intérieur des camps qu'il faut pénétrer, si Ton veut connaître au juste l'état des deux armées. Les royalistes étaient divisés en deux partis bien distincts : les Constitutionnels et les Absolutistes; les uns tout dévoués à Lafayette, les autres pleins de défiance et de dédain. Les Révolutionnaires, au contraire étaient encore unis dans une même pensée, un