‹ DantonChapitre 53 sur 208 · KM · texte numérisé non relu

KM

DANTON (t79i)

Mais continuons notre examen. « Quand Danton sut que la chute de la tyrannie était bien préparée et inévitable, il revint à Paris. » Que les mesures de la part des révolutionnaires aient été bien préparées, personne n'y avait plus contribué que Danton, il n'avait donc pas besoin qu'on le lui apprît. Mais que la chute du tyran fut inévitable, voila ce qui s'appelle juger après coup; chose la plus aisée du monde. Camille que nous voyons au milieu de sa famille si inquiet pendant la nuit du 9, n'en jugeait pas ainsi; c'est, sans doute, qu'on n'est jamais sûr avant le combat, même le fusil en main, comme il l'avait; même avec du courage, comme il en avait montré tant de fois. Si Saint-Just eût dit aux Marseillais que le plus grand danger n'était pas dans le combat mais dans les préparatifs de la bataille, ils eussent répondu avec vérité : le danger était pour tous, pour ceux qui avaient préparé la lutte du 10 août comme pour ceux qui l'ont soutenue, pour le général comme pour le soldat, pour Danton comme pour nous. Or, c'est justement aux préparatifs qui datent de longtemps , qu'il est irrécusable que concourut le président de la section du Théâtre-Français (les Cordeliers), l'énergique tribun des Jacobins. Chute inévitable, dit Saint-Just ; le rapporteur en juge bien à son aise; il oublie qu'elle coûta de part et d'autre dix-huit cents hommes, et que le lendemain de la victoire on pouvait se dire : la royauté survit encore très dangereuse, puisque de tous ses défenseurs elle n'a perdu que les Suisses, puisqu'elle peut encore compter sur ses gentilshommes qui se sont prudemment enfuis des Tuileries par la galerie du Louvre, sur ses serviteurs, sur une partie de la garde nationale, enfin sur les royalistes constitutionnels.

Un seul mot pour en finir. Le courage était si réellement la qualité incontestable de Danton, que personne de ses ennemis politiques, dans les centaines de livres et de brochures qui ont trait à la journée du 10 août, n'a songé à le lui contester; si le 31 mars 94 le rapporteur croit devoir le faire devant la Convention, c'est qu'il la voit terrifiée au seul penser qu'un geste, qu'un mot du détenu peut soulever toute la population, et que . c'en est fait d'eux s'il se met en défense; or, le seul moyen de les rassurer, c'était de contester ce courage même; le seul moyen de n'en pas faire l'épreuve c'était de commander un vote

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