CHAPITRE IV
dès ce jour, le calme et le profond dédain du supplicié de germinal; le calme, car il avait pour lui la conscience de tout ce qu'il avait voulu faire pour ses insulteurs; le dédain, car il les dominait de toute la hauteur qui sépare l'ingratitude du sacrifice.
La France put bientôt s'assurer que le ministre avait, en effet, tenu sa promesse; dans la nuit du 17 au 48 des juges et des jurés étaient nommés pour prendre connaissance des crimes du 10, et pour prononcer. {Moniteur du 20 août 92.)
On a pu lire dans l'appel de madame Roland que Danton, devenu ministre, laissait fonctionner la machine administrative sans s'en mêler; bien plus occupé à jouir des avantages d'une telle position qu'à s'en rendre digne. Voici en quels termes le Moniteur dément cette assertion dans la séance du 20 :
Le ministre de la justice annonce que depuis le 10 il a expédié cent quatrevingt-trois décrets ; que les retards d'un jour ou de deux que peuvent éprouver ceux qui sont les plus volumineux, ne proviennent que des lenteurs inévitables du tirage.
(Moniteur du 22 août 92.) ►
Ce qui importe surtout, c'est de savoir quelle part Danton a prise dans les massacres de septembre ; disons-le sans plus de préambule : il s'efforça de les prévenir ; si la déclaration publique qu'il vient de faire ne suffit pas pour en convaincre, qu'on lise ce qui suit.
Et d'abord rappelons-nous bien ce que démontre péremptoirement l'histoire. Au 10 août, la cour avait été défaite, mais non pas vaincue. Les dispersés de la veille s'étaient groupés dès le lendemain ; ils auraient pu recommencer le combat. S'ils ne le firent pas, du moins prirent-ils leurs dispositions, il semble que le mot d'ordre en ait été donné par toute la France. A partir de ce moment, tous les écrits du temps en font foi, on vit un grand nombre de provinciaux venir se réfugier à Paris. Était-ce crainte de l'ennemi qui s'avançait, était-ce pour grossir le parti de la cour? on pouvait s'arrêter à Tune ou à l'autre conjecture. Mais comme l'ennemi le plus près est toujours celui qui préoccupe davantage, les Parisiens se disaient, ces provinciaux viennent se joindre aux partisans du roi, ils s'introdui-
sent dans la place pour nous trahir plus sûrement au moment de l'invasion des troupes alliées.
Il faut bien avouer que les événements extérieurs venaient singulièrement corroborer cette appréhension de la capitale. Le 18, c'était Lafayette qui désertait lâchement le champ de bataille en désignant a la vengeance de ses soldats les vainqueurs du 10 août, « factieux payés parles ennemis, brigands avides de pilia^e. » Et notez bien que ce môme Lafayette traduit à la barre de l'Assemblée nationale quelques jours auparavant comme contre-révolutionnaire, avait été absous à la majorité des suffrages; donc, se disaient les patriotes, il compte, au sein même de la législative, des partisans qui, comme lui, nous exècrent et veulent nous égorger.
Le 22, c'est la Vendée qui se lève; huit cents paysans s'emparent de Chàtillon aux cris de : vive le roi, mort aux Parisiens.
C'est Gohier qui lit son rapport sur les papiers trouvés dans l'armoire de fer au 10 août. La réalité des complots royalistes est dévoilée au point de ne plus laisser aucun doute; on y lisait : « Nous avons voulu avancer la punition des Jacobins, nous en ferons justice ; l'exemple sera terrible. »
Le 23, c'est Clairfait, le général autrichien qui prend Longwy; ce sont, dit-on, les royalistes qui ont livré la place.
Un autre jour c'était le roi, le seul otage que possédassent les révolutionnaires contre les vengeances des alliés, c'était le roi qu'on voulait enlever de sa prison du Temple. Le bruit était faux peut-cire, mais non pas sans fondement.
Le 24, c'est le général Lucker soupçonné d'être le complice de Lafayette, qu'il faut remplacer par Kellermann, commandant de l'armée du centre. Toute confiance était ébranlée.
Dans ce désarroi quelles mesures commande le pouvoir exécutif? il décrète une organisation plus complète de la garde nationale, la formation des bataillons de fédérés, la création d'un camp sous les murs de Paris.
Au bruit de la reddition de Longwy, la commission extraordinaire avait affiché la proclamation suivante :
Citoyens,
La place de Longwy vient d'être rendue ou livrée, les ennemis s'avancent. Peut-être se flattenl-ils de trouver partout des lâches ou des traîtres : ils se