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CHAPITRE IV

trompent; nos armées s'indignent de cet échec, et leur courage s'en irrite. Citoyens, vous partagez leur indignation : la patrie vous appelle : partez.

L'Assemblée nationale de son côté requérait le département de Paris et les départements voisins de fournir à l'instant 30,000 hommes armés et équipés. [Moniteur du 29 août.)

C?mbon fait remarquer que si les Parisiens veulent la liberté et l'égalité, il est temps de montrer qu'ils savent les défendre comme ils ont su les conquérir, qu'enfin Paris doit fournir à lui seul le contingent et cela avant la fin de la semaine. {Moniteur du 31 août.)

Ainsi au moment où tous, ennemis à l'extérieur, ennemis à l'intérieur, attendent le moment de tomber sur les patriotes; l'Assemblée dit a ceux-ci : «#30,000 d'entre vous dégarniront Paris pour marcher à l'ennemi; 20 autres mille sortiront des murailles et formeront le camp. »

Se rend-on bien compte de cette situation? n'entendez-vous pas les enrôlés dire les uns aux autres : partir! nous partirons puisque la patrie le veut, mais, législateurs, ne comprenezvous pas que c'est nous mettre entre deux feux, qu'abandonner Paris, c'est le laisser à la merci de ceux qui conjurent notre ruine, celle de nos femmes, celle de nos enfants? Partir? nous le ferons, mais auparavant, il nous faut la certitude que ce n'est pas un piège tendu par vous, que nous pouvons marcher en toute sûreté.

C'est alors que Danton, le seul qui nous semble avoir bien compris tout le danger de la situation, monte à la tribune :

Citoyens, dit-il, le pouvoir exécutif provisoire m'a chargé d'entretenir l'Assemblée nationale des mesures qu'il a prises pour le salut de l'empire. Je motiverai ces mesures en ministre du peuple, en ministre révolutionnaire. L'ennemi menace le royaume mais l'ennemi n'a pris que Longwy. Si les commissaires de l'Assemblée n'avaient pas contrarié par erreur les opérations du pouvoir exécutif, déjà l'armée remise à Kellermann se serait concertée avec celle de Dumouriez. Vous voyez que nos dangers sont exagérés Il faut que l'armée se montre digne de la nation. C'est par une convulsion que nous avons renversé le despotisme ; c'est par une grande convulsion nationale que nous ferons rétrograder les despotes. Jusqu'ici nous n'avons fait que la guerre simulée de Lafayette, il faut faire une guerre plus terrible. Il est temps de dire au peuple qu'il doit se précipiter en masse sur les ennemis. Telle est notre situation que tout ce qui peut matériellement

servir à notre salut doit y concourir. Le pouvoir exécutif va nommer des commissaires pour aller exercer dans les départements l'influence de l'opinion. Il a pensé que vous deviez en nommer aussi pour les accompagner, afin que la réunion des représentants des deux pouvoirs produise un effet plus salutaire et plus prompt. Nous vous proposons de déclarer que chaque municipalité sera autorisé à prendre l'élite des hommes bien équipés qu'elle possède. On a jusqu'à ce moment fermé les portes de la capitale et on a eu raison ; il était important de se saisir des traîtres ; mais, y en eût-il 30,000 à arrêter, il faut qu'ils soient arrêtés demain , et que demain Paris communique avec la France entière. Nous demandons que vous nous autorisiez à faire faire des visites domiciliaires. 11 doit y avoir dans Paris 80,000 fusils en état. Eh bien! il faut que ceux qui sont armés volent aux frontières. Comment les peuples qui ont conquis la liberté l'ont-ils conservée? Ils ont volé à l'ennemi, ils ne l'ont point attendu. Que- dirait la France, si Paris dans la stupeur attendait l'arrivée des ennemis? Le peuple français a voulu être libre; il le sera. Bientôt des forces nomflreuses seront rendues ici. On mettra à la disposition des municipalités tout ce qui sera nécessaire, en prenant l'engagement d'indemniser les possesseurs. Tout appartient à la patrie, quand la patrie est en danger. (On applaudit.) (Moniteur du 31 août 92.)

Nous le demandons en conscience, prendre une résolution qui devait mettre sous le coup de la loi tous les suspects de l'intérieur, n'était-ce pas, dans ce moment d'hésitation, de défiance générale, rendre la confiance aux enrôlés? n'était-ce pas, par conséquent, prendre la seule mesure qui pût rendre au pays ses défenseurs, qui pût sauver la France? Elle était arbitraire, soit, mais la circonstance n'était-elle pas exceptionnelle? Et dût-elle entraîner des injustices partielles, fallait-il sacrifier le salut du pays a la liberté de quelques individus?

Au même moment Roland, le ministre de l'intérieur, écrivait aux départements :

Il faut que le peuple sache qu'indépendamment de la perte de la liberté, il aurait pour expectative les plus cruelles vengeances, s'il mollit devant les hommes atroces qui les méditent depuis si longtemps. (Moniteur du 29 août 92.)

Donc jusqu'ici le conseil exécutif est bien d'accord : arrestation des coupables et pas de faiblesse.

Mais ce n'était pas tout encore, il ne suffisait pas, en effet, de décréter l'arrestation des suspects, il fallait rassurer la

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