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CHAPITRE IV

population qui restait dans Paris, il fallait que le peuple sût bien que s'il y avait des coupables, ils ne seraient pas jugés par des hommes dévoués ou vendus à la cour , comme il était arrivé tant de fois: n'était-ce pas le seul moyen encore de lui ôter la pensée de se faire juge lui-même? Danton à cette fin, envoie le 30 une lettre au président de l'Assemblée ainsi conçue :

Monsieur le président, je ne sais quel est le motif des retards que Ton met dans l'envoi de l'expédition des deux décrets importants sur la suppression des commissaires du roi et le mode de leur remplacement. Car il est bien essentiel pour raffermissement du règne de la liberté et de l'égalité d'offrir au peuple dans ses agents du pouvoir exécutif près des tribunaux, des citoyens investis de toute sa confiance.

Pour la deuxième fois je m'adresse à l'Assemblée nationale et je la prie de donner des ordres pour que les expéditions de ces décrets me soient remises sans délai.

Je dois à l'amour du bien public qui m'anime ; je dois à l'opinion du peuple français que je m'étudierai toujours à fixer par mon zèle à faire exécuter les lois, de faire connaître qu'il n'a pas dépendu de moi, jusqu'à ce jour, d'assurer l'exécution de celles relatives à la suppression et à la réélection des ci-devant commissaires du roi près des tribunaux. Danton.

{Moniteur du 1" septembre 92.)

Ne semble-t-il pas qu'il pressente ce qui va arriver? qu'il veuille prévenir le mouvement?

En même temps se répand la nouvelle que Montmorin, l'exministre du roi, vient d'être acquitté par ses juges. L'indignation publique est à son comble : » On élargit les contre-révolutionnaires, on va faire ouvrir les prisons, nous sommes trahis. » Cette fois le danger était imminent. Eh bien, c'est encore Danton qui s'offre pour l'affronter, dût sa mémoire être à jamais sacrifiée, il ordonne, comme ministre de la justice, la révision du procès. Et pour un moment encore la population éperdue, calme sa fureur, suspend sa vengeance. Et l'on a fait un crime à Danton de ce rappel de jugement! on n'a pas voulu comprendre que cet ordre n'était donné que pour sauver tous les autres détenus d'une exécution populaire immédiate ! on ne s'est pas dit que, pour éviter l'explosion, il fallait ouvrir des soupiraux au volcan !

Mais les événements allaient se précipiter plus pressants

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encore; mille forces, que nous n'avons pas mission d'analyser ici, poussant en sens contraire, il n'allait plus être possible de résister.

Le 2 septembre on lisait sur tous les murs de la capitale la proclamation suivante, émanée de la Commune :

Citoyens,

L'ennemi est aux portes de Paris; Verdun qui l'arrête ne peut tenir que huit jours. Les citoyens qui le défendent ont juré de mourir plutôt que de se rendre ; c'est vous dire qu'ils vous font un rempart de leurs corps. Il est de votre devoir de voler à leur secours. Citoyens, marchez à l'instant sous vos drapeaux; allons nous réunir au Champ-de-Mars; qu'une armée de 60,000 hommes se forme a l'instant. Allons expirer sous les coups de l'ennemi ou l'exterminer sous les nôtres.

Et c'est encore sur la proposition de Danton que l'Assemblée qu'il veut relever dans l'opinion publique pour faire contrepoids à la Commune, décrète peine de mort contre quiconque, possédant une arme, refusera de marcher.

Cependant un courrier extraordinaire annonce qu'on vient d'entendre le canon. Vergniaud s'écrie à la tribune :

Combien seraient dangereuses en ce moment les terreurs paniques que des émissaires de la contre-révolution voudraient inspirer au peuple.

Donc pour paralyser l'élan, certains gens semaient le désespoir. Crime de la contre-révolution qui voulait sauver la royauté aux dépens de l'honneur de la France!

Deux membres du corps municipal sont introduits à la barre, ils annoncent que le conseil général a arrêté que le tocsin serait sonné à l'instant dans Paris; que le canon d'alarme serait tiré, et que tous les citoyens patriotes de Paris et des départements circonvoisins étaient invités à se rendre au Champ-de-Mars pour marcher à l'ennemi.

L'épée est tirée, Danton fait un dernier effort, donne un dernier élan, pour qu'elle ne soit dirigée que contre les poitrines autrichiennes :

11 est satisfaisant, messieurs, pour les ministres du peuple libre, d'avoir à lui annoncer que la patrie va être sauvée. Tout s'émeut, tout s'ébranle, tout brûle de combattre. Vous savez que Verdun n'est point encore au pouvoir de nos ennemis. .

Vous savez que la garnison a promis d'immoler le premier qui proposerait de se rendre. Une partie du peuple va se porter aux frontières, une

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