‹ DantonChapitre 6 sur 208 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

le moment est mal choisi pour cette maladroite calomnie; encore si la dame eut parlé des années qui s'écoulèrent de 1780 au jour du mariage, je veux dire de la dotation, nous n'aurions pas eu de preuves du contraire, et l'on n'aurait pas manqué d'ajouter foi à la citoyenne Roland de préférence. En fait de calomnie, nous en verrons bien d'autres, mais, en conscience, celle-ci ne vaut pas la peine que nous nous y arrêtions, nous qui sommes en mesure de prouver combien valaient ces charges.

Mais laissous-là tous ces détails insignifiants d'enfance et de jeunesse ; nous sommes en 1789, les assises révolutionnaires vont s'ouvrir; c'est ici que commence réellement la vie de Danton.

La première fois qu'il nous apparaît, c'est comme président d'un des soixante districts de Paris. A qui, à quoi, devait-il cet honneur, cette préférence sur tant de concurrents, à ce moment où tant d'ambition fermentait dans toutes les têtes? Il n'avait pas lancé devant lui, pour se faire annoncer, quelque brochure politique de circonstance, comme La France libre, Qu'est-ce que le Tiers-État, ou bien Y Offrande à la patrie: Danton n'écrivait pas, n'a jamais écrit. Il ne devait pas non plus cette nomination à l'influence de Mirabeau, comme on le dira plus tard pour une autre fonction, car, puisqu'il ne s'était pas encore fait entendre à une tribune politique, comment le comte aurait-il préjugé du parti qu'il en pouvait tirer? Cela ne prouverait-il pas que l'avocat aux conseils du roi s'était déjà fait connaître dans quelque cause célèbre? Nous n'osons l'affirmer, n'ayant pas de preuve matérielle; mais assurément il avait pour cela le principal, je veux dire l'éloquence. C'est donc qu'à quelque séance électorale préparatoire du mois d'avril 89, on lui aura accordé la parole, et que son coup d'essai fut un coup de maître. Tout cela est probable, mais, encore une fois, rien de certain.

L'histoire ne nous dit rien non plus de la part que Danton a dû prendre directement à la rédaction des cahiers des députés aux États-Généraux, comme président du district des Cordeliers ; nous ne savons pas davantage quel rôle il a rempli dans la grande semaine; mais quand on se rappelle l'influence des réunions électorales sur l'Assemblée des électeurs réunis à

DANTON (t789)

l'hôtel-de-ville, pêle-mêle sans initiative; quand on sait que toutes les grandes décisions décrétées par ceux-ci, étaient impérieusement commandées par les élus du premier degré ; quand on rapproche par la pensée ces mesures révolutionnaires de celles prises trois ans plus tard à l'instigation du terrible conventionnel , force est de reconnaître qu'elles sont soulevées par les mêmes passions, je dirais par le même homme, si je ne savais que la voix de tout tribun n'est que l'écho du peuple qui l'inspire.

Quoi qu'il en soit faisons sur Danton une première remarque que de nombreuses citations vont bientôt confirmer ; pendant que des révolutionnaires d'un génie incontestable, d'une bonne foi évidente, vont lutter à la Constituante, à la municipalité, à la tête de la garde civique pour les droits du Tiers, lui semble déjà pressentir que ces affranchis de fraîche date, ne tarderont pas à se constituer en privilégiés d'un troisième ordre, à vouloir parler en maîtres à leur tour ; c'est pourquoi dès 89 nous allons le voir combattre au nom du plus grand nombre, au nom du peuple, de la populace si l'on veut, contre les envahissements de ce nouveau corps qui plus tard s'appellera bourgeoisie. On l'accusera d'ambition, on lui reprochera de vouloir devancer les plus avancés pour se faire un nom populaire, on l'appellera avec colère démagogue, avec dédain le Mirabeau des halles, on le calomniera même au besoin ; eh bien, dirai-je, je veux admettre pour un moment toutes ces suppositions gratuites, toujours est-il que vous ne pourrez pas faire que, dès 89, Danton n'ait défendu, plus hautement que tout autre, le vrai principe des sociétés modernes, celui qui devait caractériser plus spécialement la Révolution française, celui qui gouverne la France aujourd'hui, je veux dire l'égalité des droits.

La vérité de cette observation ressort de toutes les proclamations émanées du district des Cordeliers qui a mis Danton à sa tête; les arrêtés de cette réunion électorale, qui bientôt s'appellera club et gouvernera à côté du gouvernement, les arrêtés, dis-je, des Cordeliers différeront autant de ceux des autres districts, y compris même celui des Jacobins à ce moment, que la monarchie constitutionnelle diffère de la répu-

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