CHAPITRE IV
autre va creuser des retranchements, et la troisième avec des piques, défendra l'intérieur de nos villes. Paris va seconder ces grands efforts. Les commissaires de la Commune vont proclamer, d'une manière solennelle, l'invitation aux citoyens de s'armer et de marcher pour la défense de la patrie. C'est en ce moment, messieurs, que vous pouviez déclarer que la capitale a bien mérité de, la France entière. C'est en ce moment que l'Assemblée nationale va devenir un véritable comité de guerre. Nous demandons que vous concouriez avec nous à diriger de mouvement sublime du peuple, en nommant des commissaires qui nous seconderont dans ces grandes mesures. Nous demandons que quiconque refusera de servir de sa personne, ou de remettre ses armes, sera puni de mort.
Nous demandons qu'il soit fait une instruction aux citoyens pour diriger leurs mouvements. Nous demandons qu'il soit envoyé des courriers dans tous les départements pour avertir des décrets que vous aurez rendus. — Le tocsin qu'on va sonner n'est point un sîgnal d'alarme, c'est la charge sur les ennemis de la patrie. (On applaudit.) Pour les vaincre, messieurs, il nous faut de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace, et la France est sauvée. (Les applaudissements recommencent.)
{Moniteur ûu 4 septembre 92.)
Et Lacroix convertit en motion des différentes propositions.
Hélas! au moment même où Danton lançait ces paroles de flamme qui rejaillissaient dans tout Paris comme autant d'étincelles électriques, à ce moment solennel s'exécutaient les massacres des prisons.
Suspendons ici notre récit dont le reste appartient à l'histoire générale; détournons les yeux d'un spectacle déplorable , portons nos regards en arrière. Nous défions qu'il nous soit prouvé, le Moniteur en main, que nous ayons caché quelqu'un des actes ministériels ou privés du ministre de la justice; que nous ayons amoindri, transposé, passé une syllabe de ses discours; et nous le demandons : est-il un seul de ses actes, une seule de ses paroles qui puisse être interprétée dans le sens favorable aux exécutions. Deux mesures principales s'y rapportent : l'arrestation des suspects et la révision du jugement de Montmorin acquitté, mais il faudrait être de la plus insigne mauvaise foi pour nier qu'elles aient été prises dans le but unique de donner à la foule confiance en ses magistrats : l'arrestation disait aux volontaires : vous pouvez partir, vos enfants sont en sécurité, nous tenons les coupables; la révision disait à la foule restée dans Paris : ces coupables seront jugés cette fois par des juges
patriotes, c'est Danton qui vous le jure au nom du pouvoir exécutif.
Malheureusement un seul n'a pu être plus puissant que tous; personne, ni l'assemblée, ni la municipalité, ni la garde nationale ne vint au secours du ministre de la justice, tous étaient glacés de frayeur; la machine était lancée avec trop de force pour qu'un homme pût l'arrêter; Danton la laissa passer. Il le devait, car sa tâche n'était pas finie, car on n'était pas en temps ordinaire, car il n'y avait pas seulement quelques centaines d'individus à sauvegarder, mais il y avait la patrie, la France tout entière, la cause de la liberté à sauver. Le ministre de la justice, se devait aussi à la révolution. Or, que serait-il advenu si, pour ne pas paraître complice d'atrocités, Danton eût donné sa démission? L'équilibre apparent entre l'assemblée et la commune eût été rompu ; la première était infailliblement écrasée dans l'effroyable cataclysme, la seconde entraînée par l'impulsion même qu'elle avait imprimée à la machine, et celle-ci, déraillée et folle, ne se fût arrêtée qu'enrayée parles monceaux de cadavres. Mais Danton restant impassible, l'œil fixé sur le champ de carnage, les égorgeurs durent enfin s'arrêter, car la justice était là, toujours veillant, toujours armée, et demain, qui sait sur qui son glaive frappera? Danton restant à son poste, la législative n'était plus qu'un pouvoir suspendu, demain la loi reprendra ses droits.
Voilà ce qu'il fallait comprendre, ce que lui seul a compris, puisque l'histoire atteste que seul on le vit debout et dans l'attitude de l'énergie, quand tous ses collègues étaient attérés et tremblants. Mais la calomnie, qui n'a pas osé, elle, se montrer au moment du péril, lève sournoisement la tête quand il n'y a plus rien à craindre; je l'ai vu debout, dit-elle, donc il commandait. Oui, sans doute, il était là, mais c'était pour sauver ceux qui devaient être ses accusateurs. Onze cents victimes ont péri dans la sanglante catastrophe, qui sait ce qu'il en eut tombé, si les égorgeurs ne se fussent pas crus surveillés, s'ils eussent pu soupçonner qu'ils étaient les maîtres?
Est-ce bien sérieusement qu'on a dit qu'il devait prendre un drapeau , et déclarer infâme quiconque menaçait les prisons ? Prendre un drapeau, c'était descendre en pleine rue, se remettre