‹ DantonChapitre 62 sur 208 · CHAPITRE IY · texte numérisé non relu

CHAPITRE IY

au niveau de la foule, disparaître dans un océan de trois cents mille hommes; et quand il en eût entraîné 100, 200, 300 mille, il n'aurait plus été là pour les 400 égorgeurs, c'était justement l'espoir de tous ceux qui voulaient être assurés de l'impunité. Mais son génie l'inspira mieux, car il lui suggéra de ne pas quitter les hauteurs du pouvoir pour être aperçu de tous les points de l'insurrection, de guider autant que possible ce qu'il n'était plus permis de retenir; voilà pourquoi le ministre de la justice resta dans son palais, pourquoi comprimant sa répugnance, il put, dans un dernier et sublime effort, tendre une main ferme aux septembriseurs et leur dire : « Ce n'est pas le ministre de la justice, c'est le ministre de la révolution qui vous remercie. » Ne comprend-on pas que ces paroles tant incriminées devaient faire sentir aux égorgeurs que leur tâche était achevée, qu'ils eussent à se retirer, à déposer le couteau pour prendre le fusil.

Une fois encore on nous arrête, et l'on nous dit : Nous voulons bien admettre que le ministre de la justice n'ait pas poussé aux exécutions, mais on ne peut nier qu'il y ait adhéré; il existe une pièce signée de lui, qui sera son éternelle condamnation ; tous les historiens en conviennent.

Bertrand de Molleville est explicite en effet:

S'il restait, dit-il, encore quelques doutes à cet égard, ils seraient complètement éclaircis par l'horrible lettre circulaire que le comité de surveillance de la commune de Paris adressa le 3 septembre à tous les départements du royaume, sous le contre-seing du ministre Danton. {Mémoires, t. IX, page 310.)

Il n'y a qu'un mot à répondre, Bertrand de Molleville a menti.

Nous avons en main la pièce officielle composée de 4 pages in-8°, dont les deux premières seules sont imprimées, nous allons en donner le texte précis.

Frères et amis,

Un affreux complot tramé par la cour pour égorger tous les patriotes de l'empire français, complot dans lequel un grand nombre de membres de l'Assemblé nationale se trouvent compromis, ayant réduit, le 9 du mois dernier, la commune de Paris à la cruelle nécessité de se ressaisir de la puissance du peuple pour sauver la nation, elle n'a rien négligé pour bien mériter

de la pairie : témoignage honorable que vient de lui donner l'Assemblée nationale elle-même. L'eût-on pensé? Dès lors de nouveaux complots non moins atroces se sont tramés dans le silence, ils éclataient au moment même où l'Assemblée nationale oubliant qu'elle venait de déclarer que la commune de Paris avait sauvé la patrie, s'empressait de la destituer pour prix de son brûlant civisme. A cette nouvelle, les clameurs publiques élevées de toutes parts ont fait sentir à l'Assemblée nationale la nécessité urgente de s'unir au peuple, et de rendre à la commune, par le rapport du décret de destitution, les pouvoirs dont 11 l'avait investie.

Fière de jouir de toute la plénitude de la confiance nationale qu'elle s'efforcera toujours de mériter de plus en plus, placée au foyer de toutes lesconspiralions, et déterminée à s'immoler pour le salut public, elle ne se glorifiera d'avoir pleinement rempli ses devoirs que lorsqu'elle aura obtenu votre approbation, objet de tous ses vœux, et dont elle ne sera certaine qu'après que tous les départements auront sanctionné ses mesures, pour sauver la chose publique.

Professant les principes de la plus parfaite égalité, n'ambitionnant d'autres privilèges que celui de se présenter la première à la brèche, elle s'empressera de se remettre au niveau de la commune la moins nombreuse de l'État, dès l'instant que la patrie n'aura plus rien à redouter des nues de satellites féroces, qui s'avancent contre la capitale.

La commune de Paris se hâte d'informer ses frères de tous les départements, qu'une partie des conspirateurs féroces détenus dans les prisons, a été mise à mort par le peuple : actes de justice qui lui ont paru indispensables, pour retenir par la terreur les légions de traîtres cachés dans ses murs, au moment où il allait marcher à l'ennemi ; et sans doute la nation entière, après la longue suitede trahisons, qui l'ont conduite sur les bords de l'abîme, s'empressera d'adopter ce moyen si nécessaire de salut public, et tous les Français s'écrieront comme les Parisiens : nous marchons à l'ennemi ; mais nous ne laisserons pas derrière nous ces brigands, pour égorger nos enfants et nos femmes.

Frères et amis, nous nous attendons qu'une partie d'entre vous va voler à notre secours, et nous aider à repousser les légions innombrables de satellites des despotes conjurés à la perte des Français. Nous allons ensemble sauver la patrie, et nous vous devrons la gloire de l'avoir retirée de l'abîme.

Les administrateurs du comité de salut public; et les administrateursadjoints réunis.

Pierre S. Duplain ; Panis ; Sergent ; Lenfant ; Jolrdeuil;Marat, l'ami du peuple; Deforgues, Leclerc, Duffort, Call>', constitués par la commune, et séant à la mairie

A Paris, ce 3 septembre 1792.

N, B. Nos frères sont invités à remettre cette lettre sous presse , et à la l'aire passer à toutes les municipalités de leur arrondissement.

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