‹ DantonChapitre 65 sur 208 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Danton fait massacrer 8,000 individus dans les prisons. (Ibid., p. 514.) (Extrait passimde l'Histoire de la révolution du 10 août 1792, par Peltier, 2V0l. Londres, 1795.)

Le danger est passé, madame Roland a la voix assurée, elle racontera tout à son aise.

On avait imaginé comme l'une des premières mesures à prendre par le conseil, l'envoi dans les déparlements de commissaires chargés d'éclairer sur les événements du 10 août, et surtout d'exciter les esprits aux préparatifs de défense , à la levée rapide de recrues nécessaires à nos armées contre les ennemis sur nos frontières, etc. Dès qu'il fut question de leur choix, en même temps que de la proposition de leur envoi, Roland demanda jusqu'au lendemain pour réfléchir aux sujets qu'il pouvait indiquer : je me charge de tout, s'écria Danton; la commune de Paris nous fournira d'excellents patriotes; la majorité paresseuse du conseil lui confia le soin de les indiquer, et le lendemain il arriva au conseil avec les commissions toutes dressées; il ne s'agissait plus que de les remplir des noms qu'il présente et de les signer. On examine peu, on ne discute point et l'on signe. Voilà donc un essaim d'hommes peu connus, intrigants de sections et braillards de club, patriotes par exaltation et plus encore par intérêt, sans autre existence, pour la plupart, que celle qu'ils prenaient ou espéraient acquérir dans les agitations publiques, mais très dévoués à Danton leur protecteur, et facilement épris de ses mœurs et de sa doctrine licencieuse; les voilà représentants du conseil exécutif dans les départements de la France

Cette opération m'a toujours semblé l'un des plus grands coups de parti pour Danton, et la plus humiliante école pour le conseil

Que faisait alors Danton? Je ne l'ai su que plusieurs jours après; mais c'est bon à dire ici pour rapprocher les faits. Il était à la mairie, dans le comité dit de surveillance, d'où sortait l'ordre des arrestations si multipliées depuis quelques jours ; il venait d'y embrasser Marat, après la parade d'une feinte brouilleric de vingt-quatre heures. 11 monle chez Pétion, le prend en particulier , lui dit , dans son langage toujours relevé d'expressions énergiques; « — Savez-vous de quoi ils se sont avisés? Est-ce qu'ils n'ont pas lancé un mandat d'arrêt contre Roland? — Qui cela? demande Pétion. — Eh! cet enragé de comité. J'ai pris le mandai; tenez, le voilà; nous ne pouvons laisser agir ainsi. Diable! contre un membre du conseil! — Pétion prend le mandat, le lit le lui rend en souriant, et dit : — Laissez faire, ce sera d'un bon effet. — D'un bon effet! répliqua Danton qui examinait curieusement le maire ; oh ! je ne souffrirai pas cela ; je vais les mettre à la raison ; et le mandat ne fut pas mis à exécution. » Mais qui est-ce qui ne se dit pas que les deux cents hommes devaient avoir été envoyés chez le ministre de l'intérieur, par les auteurs du mandat ? — Qui est-ce qui ne soupçonne point que l'inutilité de leur tentative apportant du retard à l'exécution du projet, pour faire balancer ceux qui l'avaient conçu? Qui est-ce qui ne voit pas dans la démarche de Danton auprès du maire, celle d'un conjuré qui veut

pressentir l'effet du coup, ou se faire honneur de l'avoir paré, lorsqu'il se trouve manqué d'ailleurs, ou rendu douteux par d'involontaires délais?

Grandpré qui, par sa place, est tenu de rendre compte au ministre de l'intérieur de l'état des prisons, avait trouvé leurs tristes habitants dans le plus grand effroi dans la matinée du 2 septembre; il avait fait beaucoup de démarches pour faciliter la sortie de plusieurs de ceux-ci, et il avait réussi pour un assez bon nombre; mais les bruits qui s'étaient répandus tenaient ceux qui restaient dans la plus grande perplexité. Ce citoyen estimable; de retour à l'hôtel , attend les ministres à l'issue du conseil : Danton paraît le premier, il l'approche, lui parle de ce qu'il a vu, retrace les démarches, les réquisitions faites à la force armée par le ministre de l'intérieur, le peu d'égard qu'on semble y avoir, les alarmes des détenus, et les soins que lui, ministre de la justice, devait prendre pour eux Danton importuné de la représentation malencontreuse, s'écrie avec sa voix beuglante et un geste approprié à l'expression : Je met... bien des prisonniers, qu'ils deviennent ce qu'ils pourront ; et il passa son chemin avec humeur. C'était dans la seconde antichambre, en présence de vingt personnes, qui frémirent d'entendre un si rude ministre de la justice. Danton jouit de ses crimes, après avoir successivement atteint les divers degrés d'influence, et persécuté, fait proscrire la probité qui lui déclarait la guerre, le mérite dont il redoutait l'ascendant; il règne....

Danton fut celui qui s'efforça le plus de présenter l'opposition de Roland à ces événements comme le fruit d'une imagination ardente, et de la terreur dont il était gratuitement frappé. Ce trait m'a toujours paru fort significatif

{Appel à l'impartiale postérité, par la citoyenne Roland ; in-8* en 2 parties. Chez Louvet. — Extrait de la 1" partie, p. S9-70.)

Si ce qui précède n'a pas convaincu, qu'on lise ce qui suit et tous les doutes seront levés.

Le sang fumait encore, la terreur glaçait quiconque s'était compromis de près ou de loin pour la cour; les constitutionnels eux-mêmes n'étaient pas assurés qu'on ne leur ferait pas un crime capital de la timidité de leurs opinions politiques; les enrôlés étaient partis pour Verdun ou travaillaient au camp ; l'Assemblée nationale était muette de stupeur, ou si quelqu'ora^ teur osait prendre la parole, c'était en des termes si réservés qu'en vérité mieux eût valu se taire, car lesilence est éloquent; le but des exécuteurs était atteint, cette fois la contre- révolution était anéantie à l'intérieur, elle ne devait plus se relever. La commune régnait.

Mais répétons le mot de Danton, il avait dit au dernier jour aux massacreurs de Versailles : « Celui qui vous remercie, ce

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