‹ DantonChapitre 66 sur 208 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

n'est pas le ministre de la justice; c'est le ministre de la révolution. » C'était, pour qui sait comprendre, c'était répondre : bonne ou mauvaise, votre œuvre est achevée, c'est à la justice à reprendre son cours. Ainsi fit-il, lui, son ministre; et tandis que tous tremblaient encore, il se lève et le premier vient se placer en travers de la toute puissante municipalité, résiste aux décrets du comité de surveillance, revendique les droits de la France contre ceux de Paris, les droits de l'assemblée contre ceux de la commune, les droits de la légalité contre ceux de la politique.

Cest vraiment un bonheur pour l'historien quand se présente une circonstance bien nette, bien accentuée, qui ne laisse plus d'issue a l'interprétation perfide, qui ne permet plus le doute à l'homme de bonne foi. Ce sont justement ces caractères que revêt l'affaire Duport dont nous allons nous occuper. Les pièces qui nous ont été confiées par la famille de Danton, toutes officielles, vont éclairer toute obscurité; elles nous montreront Danton suivant toujours la même ligne de conduite, logique avec son caractère, ses principes, son tempérament et son grand cœur; elles prouveront que nous ne nous sommes point trompé, que nous n'avons point créé un Danton de fantaisie, surfait un héros de drame, tordu les textes, tourné les difficultés; car toute pièce officielle est un fait et tout fait a sa signification rigoureuse. Il y a plus, à défaut d'autres preuves, l'affaire qui va suivre, prouve péremptoirement que Danton n'a pu signer la fameuse adresse du comité de surveillance aux départements, car c'est la protestation la plus formelle que jamais ministre ait pu y apporter; à ce titre encore, elle mérite notre attention.

Duport avait été membre de la constituante; ses rapports avec la cour étaient connus du public; se continuaient-ils ï C'était possible, quoique rien ne transpirât plus au dehors. Depuis quelques mois, en effet, l'ex-constituant semblait être rentré volontairement dans l'obscurité, vivant tantôt à Paris, tantôt à sa campagne; un certificat signé de son adjudant-major déclare que « M. Adrien Duport, grenadier de la section du Marais a toujours fait son service personnel et nommément les journées des 9 et 10 août dernier, ayant passé la nuit du 9 à la

caserne et le 10 s'étant transporté avec son bataillon à la prison de la Force où il avait demeuré jusqu'à onze heures du soir. » Quoi qu'il en soit, Duport pouvait passer pour ce qu'on appelait alors un réactionnaire.

La municipalité de Paris ne l'avait pas oublié. Elle l'avait fait chercher au moment des visites domiciliaires ; on ne l'avait pas trouvé. En conséquence, car elle ne voulait pas qu'il lui échappât, le 28 août, se doutant que l'aristocrate s'était réfugié à sa campagne, elle :

Autorise M. Milet, maire de Bazoches, à arrêter partout où il le trouvera, et à traduire devant elle M. AdrienDuport, auteur d'un journal intitulé I7nrf/cdteur, et à apposer les scellés sur ses papiers.

Le 4 septembre, en vertu de cette lettre de la commune de Paris, le maire de Bazoches requiert les officiers municipaux, le procureur de sa commune, les officiers de la garde nationale et se transporte au château du Buignon, résidence du prévenu. Chemin faisant, ils rencontrent Duport accompagné de sa femme et d'un ami, lui communiquent leur ordre, l'arrêtent malgré ses protestations, pendant qu'une partie des assistants court au château apposer les scellés (pièce déposée au greffe du tribunal de Melun).

Remarquons bien que l'arrestation s'effectuait le 4 et que l'ordre émanait de la commune de Paris.

Danton l'apprend, il lit dans cet ordre toute une série de conséquences funestes, il y voit une preuve des empiétements que la Commune prétend prendre sur l'exécutif et sur le législatif, il est évident qu'elle veut se substituer à tout autre pouvoir: c'en est fait s'il cède, la France est bouleversée; et profitant de l'anarchie l'ennemi triomphe. Il sait en outre qu'en une telle crise, le transfert du prisonnier à Paris équivaut à un arrêt de mort; peut-être même Duport eut-il été massacré en route: le 7, il écrit en toute hâte au commissaire du pouvoir exécutif près le tribunal du district de Nemours :

Des motifs importants à l'ordre public, exigent monsieur, que votre tribunal fasse retenir le sieur Duport dans les prisons où il est actuellement détenu, qu'il ne le laisse pas arriver à Paris jusqu'à nouvel ordre. Je vous prie de veiller à l'exécution de mes intentions, ainsi qu'à la sûreté de ce prisonnier.

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