‹ DantonChapitre 68 sur 208 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

4* Que la détention de M. Adrien Duport n'a pour base aucun des actes ci-dessus mentionnés ;

5* Que la détention n'a pas été précédée, ni même suivie d'aucune dénonciation et enfin qu'elle résulte du certificat ci-dessus énoncé que M. Adrien Duport ne peut être suspect d'avoir participé aux événements du 10 août dernier, ayant fait le dit jour un service personnel de garde national à rhôlel de la Force jusqu'à 11 heures du soir ;

Déclare illégale l'arrestation de M. Adrien Duport, et ordonne qu'il sera, à l'instant élargi.

Voilà donc dans ses plus minutieux détails, cette fameuse affaire. Qui ne voit clairement qu'il n'y a dans tout cela qu'un conflit de pouvoirs? qu'au fond, l'individu n'y est pour rien ou très peu de chose? Que la même lutte se fut entamée a propos de n'importe qui? La vraie question à décider pour Danton, c'était de savoir à qui appartenait la puissance executive? Aux ministres nommés par l'Assemblée, ou bien au comité de surveillance? Or , nous le demandons à quiconque n'est pas ignorant des circonstances dans lesquelles s'éleva le débat, peut-on ne pas savoir gré à Danton d'avoir pris cette initiative de résistance qui reconstituait les pouvoirs légaux, qui protestaient implicitement contre ce qui venait de se passer, qui rétablissait l'unité dans le gouvernement, et par l'unité la concentration des forces, et qui par la force sauvait le pays et la révolution.

Et Danton agissant ainsi, n'est-il pas toujours le même, ne tient-il pas son engagement du 11 août : « Dans tous les temps, et surtout dans les délits particuliers, où commence l'action de la justice, là doivent cesser les vengeances populaires. » Ne sent-on pas que du même coup il fait rentrer la Commune dans le cercle de ses attributions, qu'il affranchit la Législative du joug municipal, qu'il rend force à la loi, qu'il rétablit la chose publique dans son état normal, c'est à dire qu'il continue la tâche difficile qu'il s'était imposée avant les jours de massacre; et qu'il la poursuit aux dépens de sa réputation présente , au péril de sa vie : car s'il n'eût pas été le plus fort croyez-bien qu'il aurait payé de sa tête l'audace d'oser résister au comité de surveillance.

Et maintenant voulez-vous savoir le gré que ses contemporains lui ont su de ce nouvel acte de dévouement? Que dis-je,

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ses contemporains, la postérité même? Vous lirez encore aujourd'hui dans les histoires réputées les plus révolutionnaires, que si Danton sauva Duport, c'est que probablement celui-ci l'avait employé dans ses intrigues de cour, lui avait donné de l'argent de la part de ses maîtres ; que par conséquent le ministre de la justice de 92, devait craindre avant tout que Duport ne parlât, ne révélât, ne fit sa confession générale. Ainsi dévouez-vous à la chose publique, sacrifiez-vous, et un jour viendra où tel écrivain qui se dira de votre parti politique, qui par conséquent n'en ébranlera que plus profondément l'opinion populaire, il arrivera, dis-je, que cet écrivain jouera votre honneur sur une probabilité! Mais si Danton craint les aveux de Duport, comment n'a-t-il pas craint davantage encore ceux du ministre même du roi, ceux de Montmorin? Comment a-t-il fait réincarcérer le ministre qu'on venait d'élargir? Comment ne s'est-il pas dit: si je le fais périr, il m'entraînera dans sa chute. Si Danton avait redouté les aveux de Duport, il n'avait qu'à le laisser venir, qu'a annoncer officiellement son arrivée, et croyez bien qu'au 7 septembre l'ex-constituant ne serait pas entré même dans Paris; on égorgeait encore. Ainsi pesez bien la justice humaine. Danton sauve Duport, donc, écrit l'historien moderne, il a peur que Duport ne parle. Danton en appelle de l'acquittement de Montmorin, donc, affirment les royalistes, qu'il voulait le faire égorger de peur qu'il ne révélât sa complicité. Ainsi quoique vous fassiez, n'espérez pas échapper; car ce n'est pas impunément qu'on s'élève au dessus des cœurs vulgaires, des communes intelligences.

Deux mois plus tard Marat écrivait :

A propos de contre-révolutionnaires, qu'est devenu Duport dont Danton a empêché la translation à Paris? L'a- t-on oublié a dessein pour le relâcher à la première occasion ; c'est un traître très bon à confronter avec Louis Ctpet. {Journal de la République, n* 43.)

Il est bien certain que Marat, qu'on croit toujours extravagant parce qu'on ne le comprend pas toujours, ne faisait pas une réclamation dénuée de fondement. Il y avait dans l'affaire de Duport deux choses à considérer : la forme et le fonds. Dans la forme il y avait eu illégalité, puisqu'encore une fois le comité

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