‹ DantonChapitre 73 sur 208 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

constances ne manqueront pas pour en requérir le développement. Cette nouvelle étude ne sera ni la moins intéressante ni la moins instructive de notre travail.

Dans les derniers jours qui précédèrent l'ouverture de la Convention, les départements n'étaient pas encore remis de la stupeur causée par le récit exagéré des massacres; plusieurs même des députés de province croyaient ne plus retourner chez eux, ils se considéraient comme des victimes destinées à de nouveaux égorgements. La députation de Paris, nommée sous l'influence de la Commune, leur paraissait toute composée des chefs des exécutions; avant même de s'assembler, ils s'étaient dit entre eux: voila nos ennemis, c'est contre eux que nous devons nous unir. Et pour premières hostilités, ils ne manquaient aucune occasion de prévenir l'opinion publique contre les représentants de Paris. Danton ne fut pas épargné.

On fit courir le bruit qu'il avait dessein de cumuler les deux fonctions de ministre et de député, c'est à dire d'exercer à la fois le pouvoir législatif et l'exécutif. C'était malignement préparer l'accusation d'aspirer à la dictature qu'on devait avant peu lui intenter.

Un article du Patriote français va nous en convaincre.

Deux ministres sont nommés à la Convention, MM. Roland et Danton. La Convention aura donc d'abord deux nouveaux ministres à nommer: des calomniateurs ont répandu le bruit qu'ils seraient tout à la fois ministres et députés. Ces hommes ignorent que MM. Roland et Danton connaissent et ont résolu d'observer le principe qu'on ne peut cumuler deux places administrative et législative, ils s'empresseront sans doute de donner le bon exemple de leur démission à la première séance de la Convention. {Ibid,. n'1136.)

Une lettre de Camille Desmoulins va nous prouver que jamais Danton n'avait eu cette idée.

Mon cher père, je vous envoie mes derniers écrits qui vont probablement me déloger de la chancellerie, en me faisant passer à la Convention nationale. Il y a apparence que plusieurs départements me nommeront et surtout Danton, et il n'hésitera pas un moment à quitter le ministère pour être représentant du peuple. Vous pensez bien que je suivrai un exemple que je lui aurais donné, si j'étais à sa place.

(Extrait de la correspondance de Camille Desmoulins, tonie II* des œuvres. Paris, F.brard, 1838.)

Voici en quels termes dès la première séance le ministre de la justice présentait sa démission, et quels engagements il prenait comme député.

Avant d'exprimer mon opinion sur le premier acte que doit faire l'Assemblée nationale, qu'il me soit permis de résigner dans son sein les fonctions qui m'avaient été déléguées pas l'Assemblée législative. Je les ai reçues au bruit du canon dont les citoyens de la capitale foudroyèrent le despotisme. Maintenant que la jonction des armées est faite, que la jonction des représentants du peuple est opérée, je ne dois plus reconnaître mes fonctions premières; je ne suis plus qu'un mandataire du peuple, et c'est en cette qualité que je vais parler. On vous a proposé des serments ; il faut, en effet, qu'en entrant dans la vaste carrière que vous avez à parcourir, vous appreniez au peuple , par une déclaration solennelle , quels sont les sentiments et les principes qui présideront à vos travaux.

11 ne peut exister de constitution que celle qui sera textuellement, nominativement acceptée par la majorité des assemblées primaires. Voilà ce que vous devez déclarer au peuple. Les vains fantômes de dictature, les idées extravagantes du triumvirat, toutes ces absurdités inventées pour effrayer le peuple disparaissent alors, puisque rien ne sera constitutionnel que ce qui aura été accepté par le peuple. Après cette déclaration vous en devez faire une autre qui n'est pas moins importante pour la liberté et pour la tranquillité publique. Jusqu'ici on a agité le peuple parce qu'il fallait lui donner l'éveil contre les tyrans. Maintenant il faut que les lois soient aussi terribles contre ceux qui y porteraient atteinte, que le peuple l'a été en foudroyant la tyrannie; il faut qu'elles punissent tous les coupables pour que le peuple n'ait plus rien à désirer. (On applaudit.) On a paru croire, d'excellents citoyens ont pu présumer que des amis ardents de la liberté pouvaient nuire à l'ordre social en exagérant les principes; eh bien, abjurons ici toute exagération ; déclarons que toutes les propriétés territoriales, individuelles et industrielles seront éternellement maintenues. (Il s élève des applaudissements unanimes.) Souvenons-nous ensuite que nous avons tout à revoir, tout a recréer ; que la déclaration des droits elle-même n'est pas sans tache, et qu'elle doit passer à la révision d'un peuple vraiment libre. {Moniteur du 22 septembre 1 792.)

Les deux amis de la liberté font à ce sujet cette réflexion :

11 n'est pas inutile de remarquer ici l'astucieuse adresse de ces deux propositions, dont l'une caressait l'amour-propre de la multitude, et l'autre captait les suffrages des propriétaires. Combien de maux a produits cette tactique infernale, si souvent employée dans le cours de la révolution.

(Histoire delà révolution de France, par deux amis de la liberté, tome IX, troisième partie, première époque.)

On pouvait faire assurément une appréciation plus juste, et

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