‹ DantonChapitre 76 sur 208 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

pour tel dans son canton, pour réprimer l'esprit de dubitation qu'ont souvent les hommes barbouillés delà science de la justice.

En un mot, après avoir pesé ces vérités, attachez-vous surtout a celle-ci : le peuple a le droit de vous dire: tel homme est ennemi du nouvel ordre des choses, il a signé une pétition contre les sociétés populaires, il a adressé à l'ancien pouvoir exécutif des pétitions flagorneuses; il a sacrifié nos intérêts à la cour, je ne puis lui accorder ma confiance. Beaucoup de juges, en effet, qui n'étaient pas très experts en mouvements politiques, ne prévoyaient pas la révolution et la république naissante; ils correspondaient avec le pouvoir exécutif, ils lui envoyaient une. foule de pièces qui prouvaient leur incivisme : et, par une fatalité bien singulière, ces pièces envoyées à M. Joly, ministre de la tyrannie, ont tombé entre les mains du ministre du peuple. C'est alors que je me suis convaincu plus que jamais de la nécessité d'exclure cette classe d'hommes des tribunaux; en un mot, il n'y a aucun inconvénient grave, puisque le peuple pourra réélire tous les hommes de loi qui sont dignes de sa confiance. (On applaudit.)

(Moniteur du 23 septembre 93.)

La Convention déclare que les juges pourront être indistinctement choisis parmi tous les citoyens.

N'oublions pas que Danton avait été avocat, et qu'il parlait de l'ignorance des magistrats en homme qui les avait connus de près; qu'il était, par conséquent, compétent dans la question. Mais peu préoccupé de considérations personnelles et ramenant tout débat au point de vue de la dignité humaine : l'homme, se dit-il, a été doué de raison par la nature ; or, l'instinctif bon sens qu'il a en lui, suffit pour l'éclairer; tout homme sain d'esprit est donc apte à émettre en toute question judiciaire, un jugement équitable.

C'est sans doute après ce discours que le Journal des Révolutions de Paris écrivait :

Des hommes, mais en très petit nombre se sont déjà montrés à nous tels, à plusieurs égards, que nous désirions tous nos députés à la Convention nationale. Danton a fourni ses preuves dans plus d'une occasion. {Révolution de Paris, n' 165.)

Nous n'avons fait cette citation que pour montrer le fonds qu'il faut faire sur les opinions de Prudhomme; on se rappelle, en effet, que dans son numéro précédant, il avait conseillé à Danton de rester au ministère : lui faisant entendre que chacun a sa spécialité, que les succès de tribune n'étaient pas son

partage. Et puis laissez-vous influencer par les jugements des journalistes : ce monde est plein de gens qui font les dieux et disent au génie : tu n'iras pas plus loin. D'ailleurs comment après septembre se méprendre a ce point? Soyons bien convaincus, au reste, que ce n'est jamais l'intelligence qui manque a de tels critiques, mais la bonne foi; c'est pourquoi c'est temps perdu de les réfuter.

La citation que nous allons faire, prouve que si Danton fonctionne encore au conseil comme ministre, du moins il ne s'en cacbc pas; sa démission était acceptée, mais il n'était pas remplacé.

Le 23 septembre, on proposait la destitution du général Montesquiou, accusé de complicité avec Lafayette.

Danton. - 11 est bon que la Convention sache que le conseil partage son opinion sur .Montesquiou. Sa destitution est écrite dans les registres du conseil, et elle lui sera envoyée si l'on avait pu envoyer sur-le-champ à sa place le citoyen Anselme, connu par ses talents et son civisme. (On applaudit.) Mais il est temps de prononcer la destitution de Montesquiou. 11 faut nous montrer terribles; c'est du caractère qu'il faut pour soutenir la liberté. (On applaudit.)

[Moniteur du 25 septembre 92.)

Le lendemain, sur la proposition de Danton, la Convention décrète que les citoyens Dubois de Crancé, Lacombe Saint- Michel et Gasparin se transporteront à l'armée du Midi et mettront le décret à exécution selon leur prudence et selon les circonstances. (Moniteur du 25 septembre 92.)

Avant d'aborder cette fameuse séance du 25 septembre, après laquelle il était si facile de prévoir tous les malheurs qui allaient naître des dissensions intestines, qu'on nous permette de rappeler l'état des esprits.

Danton avait été trop supérieur à ses collègues pendant ses six semaines de gestion ministérielle, pour ne pas éveiller l'envie secrète des hommes mêmes de son parti. Les Girondins surtout ne pouvaient lui pardonner de les avoir dépassés du premier bond de toute la supériorité du génie de l'action sur le talent de la parole,* de toute la supériorité du politique consommé sur le rhéteur. On se rappelle encore que, dès la première séance, Danton avait pris les devants, en promettant

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