CHAPITRE V
Au milieu de l'engouement que faisaient éclater les représentants du
peuple, Danton a été jusqu'à proposer de décréter que la patrie n'était plus en danger. C'était le vrai moyen de la mettre en péril, en enchaînant l'ardeur des citoyens qui volent aux frontières, et en permettant à ceux qui sont sous la tente de rentrer dans leurs foyers. Hé quoi ! Danton avait donc oublié que les Prussiens souillent encore les terres delà liberté, que les Autrichiens réduisent Lille en cendres, que nos places de guerre ot nos corps d'armée ont encore des machinateurs à leur tête.
(Journal de la République, par Marat, l'Ami du peuple du samedi 6 octobre 1792. Séance du 4 octobre.)
On sait qu'après la fameuse victoire, Dumouriez était venu à Paris recueillir les applaudissements dûs à son triomphe, mais aussi pour tâter les partis, pour s'assurer de ce qu'il pourrait faire en faveur d'un monarque quelconque pourvu que le soliveau fût constitutionnel et qu'il le payât bien. On a beaucoup parlé de ses rapports diplomatiques et secrets avec le ministre de la justice avant et après Valmy ; on a cité des anecdotes fort intéressantes à ce sujet. Ne les ayant trouvé nulle part, nous ne pouvons en confirmer l'exactitude. Nous croyons au reste que l'histoire sérieuse n'en a que faire. Les pièces officielles suffisent pour démontrer que si Danton n'avait qu'une faible confiance dans le républicanisme du général, il reconnaissait néanmoins ses talents, pressentait que la France en aurait encore besoin, savait fort bien qu'il ne monarchiserait pas des recrues parisiennes, que sous ce rapport il n'était pas à craindre, et les événements ont démontré qu'il ne se trompait pas. Danton le diplomate, le rusé politique suivit donc assidûment Dumouriez à son arrivée à Paris. D'ailleurs, le vainqueur de Valmy était la créature des Girondins, et qui sait si, par son entremise, toute défiance ne cesserait pas entre les partis qui menaçaient de compromettre la République par leur désunion.
Voilà les secrets des assiduités de Danton auprès du vainqueur; il veut, avec l'aide du général, battre les ennemis du dehors, réconcilier les ennemis de l'intérieur. Cette révélation ressort du rapprochement de ses discours à la tribune avec les circonstances qui les inspirent.
Quoique toujours présent à la Convention, Danton n'en assistait pas moins, le soir, aux séances des Jacobins; nous lisons, .
DANTON (i792)
au numéro 281 des débats de la société, que le 10 octobre il en avait été nommé président. Il occupait cette fonction quand Dumouriez vint à Paris, recueillir des bravos ; le 14, le général entre dans la salle, Santerre l'accompagnait; Dumouriez embrasse Robespierre : tout le monde applaudit.
Danton paraît ; il monte au fauteuil, et reçoit des applaudissements.
Une société populaire demande la réduction des traitements de certains* fonctionnaires publics et l'augmentation des honoraires de quelques autres.
Chabot — Je demande la question préalable sur le renvoi, je sais que dans le comité de constitution se trouvent Danton, Barrère et Condorcet; l'adresse dont il s'agit sera aussi bien dans les mains de nos trois amis que si on la mettait à la disposition du comité tout entier.
Danton observe qu'il ne doute pas que la société forme un comité auxiliaire de constitution : cette idée est accueillie par de vifs applaudissements : cependant la société arrête l'envoi de l'adresse au comité de la Convention.
Laveaux. — Rien de plus utile que ce comité auxiliaire dont vient de parler Danton ; il éclairera la Convention qui, à bien des égards, a besoin de lumières.
, La société arrête qu'elle formera incessamment un comité dont les membres feront un travail sur la Constitution et le présenteront à la société.
Dumouriez avait demandé la parole et prononcé un discours très chaud de patriotisme et qu'il terminait ainsi :
Citoyens, frères et amis, d'ici à la fin du mois, j'espère mener soixante mille hommes pour attaquer les rois et sauver les peuples de la tyrannie. ( Vifs applaudissements.)
Danton, président. — Lorsque Lafayelte, lorsque ce vil eunuque de la révolution prit la fuite, vous servîtes déjà bien la république en ne désespérant pas de son salut ; vous ralliâtes nos frères : vous avez depuis conservé avec habileté cette station qui a ruiné l'ennemi, et vous avez bien mérité de votre patrie. Une plus, belle carrière encore vous est ouverte : que la pique du peuple brise le sceptre des rois, et que les couronnes tombent devant ce bonnet rouge dont la société vous a honoré ; revenez ensuite vivre parmi nous, et votre nom figurera dans les plus belles pages de notre histoire. (Applaudissements.)
(Journal des débats de la société, n* 283.)
Il n'y a là rien de compromettant pour le principe, rien que de très digne pour la société. Nous croyons que si assiduités il