‹ DantonChapitre 82 sur 208 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

y eut, elles ne furent pas aussi vives qu'on l'a fait entendre. Dans tous les cas, il n'y avait pas entre ces deux grands hommes complicité , ou Danton aurait été bien maladroit d'assigner à son complice un rôle si humble pour l'avenir : « Revenez ensuite vivre parmi nous. » On peut croire que s'il y avait eu complicité, le général n'aurait pas manqué de relever le fait dans ses mémoires où il n'est nullement question d'intrigues diplomatiques entre lui et le ministre de la justice. Pourquoi ce silence? Qu'avait-il à craindre?

Le 15 octobre, Manuel avait fait cette motion que le peuple fût appelé à se prononcer sur la forme républicaine donnée au gouvernement, afin que l'Assemblée pût travailler avec certitude.

Danton. — On semble méconnaître la conséquence du principe que vous avez établi; savoir, que la Constitution serait présentée en masse, en totalité, à l'acceptation du peuple. Si ce principe a été consacré comme le seul conservateur de la liberté ; si seul il peut maintenir l'harmonie et nous préserver de tout jugement précipité et peu réfléchi, pourquoi veut-on s'en écarter aujourd'hui, parce que, dit-on, si vous ne connaissez dès à présent le vœu du peuple, sur la question de la République, vous risquez de faire un long travail sur une base frêle et chimérique; objection spécieuse, mais futile! Songez que la République est déjà sanctionnée par le peuple, par l'armée, par le génie de la liberté qui réprouve tous les rois. (Il s'élève des applaudissements unanimes dans l'Assemblée et dans les tribunes.) Si donc il n'est pas permis de mettre en doute que la France veut être et sera éternellement une République, ne nous occupons plus que de faire une constitution qui soit la conséquence de ce principe; et quand vous l'aurez décrétée, quand par la solennité de vos discussions vous aurez pour ainsi dire décrété l'opinion publique, vous aurez une acceptation rapide, et la concordance de toutes les parties de voire gouvernement en garantira la stabilité. (On applaudit.) Attachons-nous à ce principe que les lois, telles qu'elles soient, doivent être exécutées par provision, comme lois absolues, sous peine d'une anarchie perpétuelle et de la dissolution de la République. C'est d'après ces vérités, les seules conservatrices de l'union avec laquelle nous devons être invincibles, que je demande la question préalable sur la proposition.

La Convention décide qu'il n'y a pas lieu.

(Moniteur du 17 octobre 92.)

La contre-révolution semait à dessein dans le public ces appels au peuple, qui n'auraient pas manqué d amener l'anarchie par la lutte des opinions; elle préparait ainsi l'appel pour

le jugement de Louis XVI ; mais Danton, au nom de Tordre, dévoilait d'avance le radicalisme simulé des anarchistes.

Brissot avait fait cette motion que la Convention approuvât les ordres donnés par le conseil exécutif pour faire évacuer la ville de Genève par les troupes de Berne et de Zurich, en respectant néanmoins la neutralité et l'indépendance du territoire de Genève.

Danton. — Je demande que ces expressions, tri respectant néanmoins la neutralité et l'indépendance du territoire de Genève, soient modifiées de manière que nous ne nous interdisions pas la faculté d'occuper Genève, si cette occupation devient absolument indispensable pour notre sûreté. Certes, quoique Genève soit une république en miniature, je respecte autant son indépendance et ses droits que ceux du peuple le plus puissant; mais elle a rompu elle-même les traités qui garantissaient sa neutralité, et il a été reconnu dans le conseil exécutif qu'il pouvait y avoir des circonstances où nous ne pourrions nous dispenser d'occuper son territoire. (Moniteur du 18 octobre 92.)

Remarquons bien que ce n'est pas dans les grandes discussions seulement (nous devrions dire dans les petites, car ces prétendues grandes séances ne sont jamais distinguées des autres que par de déplorables personnalités), ce n'est pas, dis-je, dans les grandes discussions seulement que Danton prenait la parole, mais aussi dans celles qui avaient trait à des intérêts réputés minimes par les sultans de tribune. Pour le vrai citoyen, il n'y a pas de petit intérêt. Mais que de fois n'est-il pas arrivé à Danton d'élargir tout à coup l'horizon par la hauteur de son point de vue.

Un nouvel incident fut soulevé en octobre; il a donné lieu à de nouvelles accusations contre l'ex-ministre de l'intérieur. Nous ne reculerons pas plus cette fois que toutes les autres, car nous tenons en mains d'incontestables documents qui réfuteront toutes les allégations.

Les Girondins, dépités de ne pouvoir convaincre Danton d'aspirer à la tyrannie, furieux de voir une partie de la Convention ébranlée par le puissant orateur, résolurent de changer leurs batteries , et de s'attaquer à sa probité. En conséquence, à propos d'un projet de décret présenté par Mallarmé, Cambon, ministre des finances, prend la parole, il établit le

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